Schuiten et Peeters, trahit par un texte en français... qui existait en néerlandais
Un phylactère dont le texte a été effacé, parce qu'il était en français, et que la planche dont il était tiré devait être présentée dans une brochure... en flamand. Cela ressemblerait à une histoire belge, que l'on ne ferait pas mieux. La planche, tirée de l'Enfant penchée, attire l'attention depuis hier, et ses auteurs, François Schuiten et Benoît Peeters n'en reviennent pas.
« A la limite, j'aurais compris qu'ils remplacent le texte en français par la version en flamand, qui existe, mais supprimer le texte, c'est extraordinairement choquant », expliquait Schuiten, en commentant la décision du président du Parlement flamand, Jan Peumans. Ce dernier, réfutant toute accusation de censure, expliquait simplement que dans son combat pour que la langue néerlandaise survive face au français, il n'était pas acceptable que cette planche avec une bulle de français perdure.
Benoît Peeters, scénariste de L'enfant perchée, ne cache pas sa « stupéfaction ». Il précise à actualité que cette affaire, « par-delà sa bêtise » est « tristement révélatrice ». Nous diffusons sa réaction dans son intégralité :
Toute cette affaire est plus stupide qu'autre chose, et fait un bruit démesuré. Voilà un "blanc" bien sonore". Elle contribue à donner une triste image de la Belgique, ce qui me désole, tout Français que je sois.Je veux bien croire au malentendu. Mais il faut avouer qu'il y a eu à tout le moins une accumulation de maladresses. Un mépris du droit moral. Et une indéniable censure, en tout cas sur la brochure.Une édition flamande de l'album "L'enfant penchée" existe, vous le savez comme moi. Rien n'était plus facile que de remplacer le texte de la bulle par celui de la traduction, sur l'affiche et dans la brochure.Personnellement, j'ai toujours eu énormément d'amis flamands, de Jan Baetens à Raoul Servais, de Walter Hus à Viviane Vandeninden. Et bien d'autres. Et cela continuera, comme cela continuera pour des milliers d'artistes et d'autres gens.Mais la classe politique de ce petit pays donne un spectacle affligeant. Et ceux qui le qualifient de surréaliste se trompent du tout au tour. Le surréalisme, celui d'André Breton comme celui de Magritte et Delvaux, a toujours su passer les frontières. Ne le rabaissons pas en le comparant, comme trop souvent, aux méandres administratifs ou à des mesquineries comme celle dont nous venons d'être les victimes, François Schuiten et moi-même.
"Utilisation abusive", considère Casterman
En outre, les éditions Casterman viennent également de réagir, en apprenant ce 16 mai, « l'utilisation abusive d'une oeuvre originale de deux de [leurs] auteurs ». N'hésitant pas à évoquer un acte de censure, l'éditeur assure à Schuiten et Peeters de leur plein soutien, et dénonce « le non respect du droit moral dû à l'auteur », qui logiquement le protège de toute mutilation de son oeuvre, dont l'intégrité est alors garantie.
D'autre part, l'éditeur déplore que les responsables de l'exposition n'aient pas fait preuve de plus de respect, pas plus qu'ils n'ont sollicité les titulaires de droits pour cette reproduction.
Voici également la lettre que François Schuiten a adressée à Jan Demullier, porte-parole du président du Parlement, Jan Peumans :
Bonjour Monsieur,Merci d'avoir pris la peine d'expliquer votre position.C'est une triste histoire, car Benoît Peeters et moi-même avons des noms flamands, ma famille, du côté paternel comme maternel, vient de Flandres, j'ai grandi dans une commune flamande à proximité de Bruxelles et par beaucoup de points, je me sens très lié à la culture flamande. La Bande dessinée flamande fait partie de mon histoire. C'est donc d'autant plus regrettable de se trouver devant une situation aussi médiocre qui ne reflète pas la richesse de nos deux communautés dans cette forme d'expression.Je peux comprendre, évidemment, qu'une planche avec un phylactère en Français n'était peut-être pas le meilleur choix pour représenter cette exposition au Parlement flamand. Quand on m'a présenté l'affiche avec l'illustration (qui respectait d'ailleurs la totale intégrité de la planche et indiquait le copyright), j'avais été flatté par ce choix, mais aussi un peu surpris. C'est à la découverte de l'invitation que j'ai été choqué et ai rapidement écrit au commissaire de l'exposition.Ce que je ne comprends pas, c'est qu'il y avait mille et une façons de résoudre ce problème. La plus naturelle aurait été de prendre le texte en Neerlandais, tiré de "Het Schieve Meisje". Les deux versions sont sorties en même temps et sont toujours disponibles dans le commerce. Nous aurions été ravis de vous aider à effectuer ce changement dans des délais très courts.La solution qui a été choisie est choquante parce qu'elle va à l'encontre même du projet d'une exposition de planches originales. Ce qui est beau dans l'art de la Bande dessinée, c'est le rapport entre le texte et l'image. Et l'original noir et blanc révèle ce lien organique qui en fait une écriture unique.On peut aussi regretter que vous n'ayez pas jugé nécessaire de signaler le copyright des auteurs sur le carton d'invitation ainsi que sur le catalogue qui ne mentionne pas non plus l'origine de la couverture. Il me semble qu'il ne s'agit plus là d'un problème linguistique...Ce pays vaut mieux que cette tempête dans un verre d'eau...Très cordialement,François Schuiten
Et puis, cerise sur le gâteau, dont les bouchées commencent à être méchamment amères, Casterman est un éditeur francophone et néerlandophone. Et à ce titre, L'enfant penchée a été publié dans les deux langues. Il aurait été si facile de le vérifier...
Écrit par Cécile Mazin
[Source : www.actualitte.com]

Sem comentários:
Enviar um comentário