« Nous
devons être des indignés linguistiques ! »
Le premier Forum mondial sur la langue
française s'est ouvert à Québec lundi 2 juillet et accueillera plus de 1 000
participants autour de l'avenir de la langue française parlée par plus de 200
millions de personnes à travers le monde.
Abdou Diouf, actuellement secrétaire
général de L'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et ancien
homme politique sénégalais, a fait part de son inquiétude quant à la diffusion
et à la protection du français : « Je pourrais vous dire que la langue française se porte
bien, qu'elle est parlée et enseignée sur les cinq continents, que son nombre
de locuteurs est en progression et qu'elle est promise à un brillant avenir,
singulièrement en Afrique » qui représentera environ 80% des 700 millions
de francophones vers 2050, rapporte l'AFP.
Or, la
francophonie ne suffit pas, à elle seule, à maintenir une langue vivante :
il faut la pratiquer et la défendre. Abdou Diouf considère nécessaire de
convier les congressistes à se comporter comme des
« indignés » : « Nous devons être des indignés linguistiques !
Mais entendons-nous bien: nous ne sommes pas là pour lancer une déclaration de
guerre, mettre les langues en concurrence ou en compétition. »
Il s'agit avant tout d'être actif et de faire
vivre un espace culturel. Face au recul actuel de la langue française dans les
institutions internationales au profit d'un anglais toujours expansif, même
dans les médias européens, l'AFP signale que « les discussions au forum de
Québec pourraient déboucher sur d'éventuelles recommandations pour le Sommet
des chefs d'État francophones à Kinshasa (RDC), en octobre, afin de renforcer
la coopération économique, la publication scientifique dans la langue de
Molière et la mobilité entre citoyens des pays ayant le français en partage. »
« Une
langue ne peut survivre à l'enfermement »
« Je
le dis fermement: une langue ne peut survivre à l'enfermement, elle ne circule
jamais mieux qu'avec ses locuteurs. On ne peut vouloir le rayonnement de la
langue française et, dans le même temps, fermer ses frontières à ceux qui
parlent français, qui étudient le français, qui créent en français", a
lancé M. Diouf, devant les premiers ministres canadien et québécois, Stephen
Harper et Jean Charest, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë, rapporte l'AFP.
Tous les
pays ne connaissent pas la même valorisation du français, suivant leurs
évolutions géopolitiques et géoculturelles. Et c'est bien l'un des problèmes du
Québec que pointe là Abdou Diouf : le pays d'accueil du Forum voit la Loi
101 de plus en plus bafouée (la Charte de la langue française, définissant les
droits linguistiques de tous les citoyens du Québec et faisant du français la
langue officielle de la province québécoise). « L'étude publiée le
9 septembre dernier […] rappelle que le français n'est déjà plus la
langue maternelle de la majorité des habitants de l'île de Montréal et ne
sera plus la langue parlée à la maison par la majorité d'ici 20
ans », annonce Jean-François Lisée (Le Blog de Jean-François Lisée).
Le maire
Lebeaume et le premier ministre du Québec, Jean Charest, de souligner leurs
craintes quant à l'appauvrissement de la langue française qui subit « les
assauts » de l'anglais : «J'espère que vous comprenez que
nous sommes inquiets quant à l'avenir de notre langue. […] Vous, les jeunes,
avez une responsabilité énorme sur les épaules, c'est entre vos mains que nous
remettrons bientôt l'avenir du français. », déclare Mr. Lebeaume à la
jeunesse.
Des mesures
semblent déjà prises … : «Pour une question de survie, nous avons
privilégié le magasinage au shopping, le stationnement au parking, le courriel
au e-mail et j'en passe», a illustré Mr. Lebeaume, déplorant à nouveau
les nombreux recours aux anglicismes en France. (via Journal du Québec)
« Les
Français doivent donner l'exemple »
Le maire du
Québec estime que la France a aussi sa part de responsabilité et qu'elle doit
donner l'exemple dans la défense de la langue française face aux anglissicimes
utilisés de manière prépondérante.
« On ne
veut pas se mêler des affaires françaises, mais en même temps, comme Québécois,
on a le droit, a précisé le maire Labeaume, lundi, devant les journalistes.
Moi, a-t-il ajouté, comme maire de Québec, j'ai le droit de leur demander
d'utiliser moins d'anglicismes. C'est peut-être un peu prétentieux, mais on
s'en fout. À un moment donné, il faut le dire. » (via Journal du Québec)
«Stop
Harper ! Stop Charest ! Citoyens, levez-vous !»
Voici la
harangue lancée lors du discours du premier ministre canadien et qui témoigne
d'un mouvement contestataire réel au Québec pour le maintien de valeurs
francophones. Le jeune rappeur du groupe Loco Locass, Biz (Sébastien Fréchette
de son vrai nom), dénonce les politiciens Charest et Harper qui ne feraient pas
grand-chose pour la défense de la la Loi 101 et qui préféreraient défendre la
fierté d'une « cohabitation linguistique » (Harper) entre
francophones et anglophones au Canada. Pour précision la province du Québec
comprend huit millions de francophones.
« Le
français n'a jamais autant reculé depuis l'adoption de la loi 101 que sous son
gouvernement. C'est un gouvernement qui a laissé bafouer la loi 101 sans arrêt
[…]Quand on se promène à Montréal et qu'on ferme les yeux, on peut croire qu'on
n'est pas dans une ville francophone », déplore Sébastien Fréchette, dans le Journal du Québec.
Au vu de
ces mêmes revendications, une centaine de personnes a aussi manifesté dans le
centre-ville de Québec.
Par Ania Vercasson
[Photo : Flickr Tanguy Bertin - source : www.actualitte.com]

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