quinta-feira, 5 de julho de 2012

Le français : des indignés de la francophonie aux indignés du Québec


 « Nous devons être des indignés linguistiques ! »

Le premier Forum mondial sur la langue française s'est ouvert à Québec lundi 2 juillet et accueillera plus de 1 000 participants autour de l'avenir de la langue française parlée par plus de 200 millions de personnes à travers le monde. 

Abdou Diouf, actuellement secrétaire général de L'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et ancien homme politique sénégalais, a fait part de son inquiétude quant à la diffusion et à la protection du français : « Je pourrais vous dire que la langue française se porte bien, qu'elle est parlée et enseignée sur les cinq continents, que son nombre de locuteurs est en progression et qu'elle est promise à un brillant avenir, singulièrement en Afrique » qui représentera environ 80% des 700 millions de francophones vers 2050, rapporte l'AFP.

Or, la francophonie ne suffit pas, à elle seule, à maintenir une langue vivante : il faut la pratiquer et la défendre. Abdou Diouf considère nécessaire de convier les congressistes à se comporter comme des « indignés » : « Nous devons être des indignés linguistiques ! Mais entendons-nous bien: nous ne sommes pas là pour lancer une déclaration de guerre, mettre les langues en concurrence ou en compétition. »

 Il s'agit avant tout d'être actif et de faire vivre un espace culturel. Face au recul actuel de la langue française dans les institutions internationales au profit d'un anglais toujours expansif, même dans les médias européens, l'AFP signale que « les discussions au forum de Québec pourraient déboucher sur d'éventuelles recommandations pour le Sommet des chefs d'État francophones à Kinshasa (RDC), en octobre, afin de renforcer la coopération économique, la publication scientifique dans la langue de Molière et la mobilité entre citoyens des pays ayant le français en partage. » 

« Une langue ne peut survivre à l'enfermement »

« Je le dis fermement: une langue ne peut survivre à l'enfermement, elle ne circule jamais mieux qu'avec ses locuteurs. On ne peut vouloir le rayonnement de la langue française et, dans le même temps, fermer ses frontières à ceux qui parlent français, qui étudient le français, qui créent en français", a lancé M. Diouf, devant les premiers ministres canadien et québécois, Stephen Harper et Jean Charest, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë, rapporte l'AFP.

Tous les pays ne connaissent pas la même valorisation du français, suivant leurs évolutions géopolitiques et géoculturelles. Et c'est bien l'un des problèmes du Québec que pointe là Abdou Diouf : le pays d'accueil du Forum voit la Loi 101 de plus en plus bafouée (la Charte de la langue française, définissant les droits linguistiques de tous les citoyens du Québec et faisant du français la langue officielle de la province québécoise). « L'étude publiée le 9 septembre dernier […] rappelle que le français n'est déjà plus la langue maternelle de la majorité des habitants de l'île de Montréal et ne sera plus la langue parlée à la maison par la majorité d'ici 20 ans », annonce Jean-François Lisée (Le Blog de Jean-François Lisée).

Le maire Lebeaume et le premier ministre du Québec, Jean Charest, de souligner leurs craintes quant à l'appauvrissement de la langue française qui subit « les assauts » de l'anglais : «J'espère que vous comprenez que nous sommes inquiets quant à l'avenir de notre langue. […] Vous, les jeunes, avez une responsabilité énorme sur les épaules, c'est entre vos mains que nous remettrons bientôt l'avenir du français. », déclare Mr. Lebeaume à la jeunesse.

Des mesures semblent déjà prises … : «Pour une question de survie, nous avons privilégié le magasinage au shopping, le stationnement au parking, le courriel au e-mail et j'en passe», a illustré Mr. Lebeaume, déplorant à nouveau les nombreux recours aux anglicismes en France. (via Journal du Québec)

« Les Français doivent donner l'exemple »

Le maire du Québec estime que la France a aussi sa part de responsabilité et qu'elle doit donner l'exemple dans la défense de la langue française face aux anglissicimes utilisés de manière prépondérante.

« On ne veut pas se mêler des affaires françaises, mais en même temps, comme Québécois, on a le droit, a précisé le maire Labeaume, lundi, devant les journalistes. Moi, a-t-il ajouté, comme maire de Québec, j'ai le droit de leur demander d'utiliser moins d'anglicismes. C'est peut-être un peu prétentieux, mais on s'en fout. À un moment donné, il faut le dire. » (via Journal du Québec)

«Stop Harper ! Stop Charest ! Citoyens, levez-vous !»

Voici la harangue lancée lors du discours du premier ministre canadien et qui témoigne d'un mouvement contestataire réel au Québec pour le maintien de valeurs francophones. Le jeune rappeur du groupe Loco Locass, Biz (Sébastien Fréchette de son vrai nom), dénonce les politiciens Charest et Harper qui ne feraient pas grand-chose pour la défense de la la Loi 101 et qui préféreraient défendre la fierté d'une « cohabitation linguistique » (Harper) entre francophones et anglophones au Canada. Pour précision la province du Québec comprend huit millions de francophones.

« Le français n'a jamais autant reculé depuis l'adoption de la loi 101 que sous son gouvernement. C'est un gouvernement qui a laissé bafouer la loi 101 sans arrêt […]Quand on se promène à Montréal et qu'on ferme les yeux, on peut croire qu'on n'est pas dans une ville francophone », déplore Sébastien Fréchette, dans le Journal du Québec.

Au vu de ces mêmes revendications, une centaine de personnes a aussi manifesté dans le centre-ville de Québec.

Par Ania Vercasson

[Photo : Flickr Tanguy Bertin - source : www.actualitte.com] 

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