Le professeur Josué Ndamba est maître-assistant de linguistique à l'université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Ses recherches portent sur la sociolinguistique et la dialectologie. Auteur de plusieurs travaux, il présente cette semaine un exposé à l'Institut français du Congo, à Brazzaville, intitulé « Pour une linguistique du développement ». Dans cet entretien, Josué Ndamba démontre comment la langue contribue à l'essor d'un pays, exemples à l'appui.
Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Quel est l'objet de votre conférence ?
Josué Ndamba (JN) : Il s'agit de montrer qu'en principe, toute science contribue au développement. La linguistique ne doit pas être une discipline qui se limite à décrire les sons et le fonctionnement d'une langue. Elle peut aussi participer au développement du pays. C'est d'ailleurs l'objet d'un travail que je viens de présenter dans une université française : je l'exposerai lors de cette conférence, en évoquant l'ensemble de mes recherches, ce qu'elles visent et en quoi elles participent au développement.
LDB : Quelle argumentation mettez-vous en exergue ?
JN : Je vais montrer qu'une des premières voies consiste à connaître les langues congolaises. Personne ne sait combien de langues nous avons. Les linguistes ne font pas de distinction entre langues et dialectes. On entend dire qu'il existe soixante-dix langues au Congo, mais est évident que ce n'est pas possible dans un petit espace comme notre pays. Et il y a sûrement un certain nombre de langues et des dialectes qui en dérivent. Donc la première démarche que j'ai entreprise a été d'essayer de recenser les langues congolaises et les dialectes qui se rattachent à chacune d'elle. De telles recherches nous permettront de savoir qu'au Congo il existe, par exemple, six ou sept langues. Si nous voulons choisir une langue officielle, il faut permettre le développement de ces langues-là. Parce que ce sont elles qui vont contribuer au développement d'une langue véhiculaire.
LDB : Quel exemple peut éclairer votre théorie ?
JN : Par exemple, le mot « marée » n'existe pas en lingala, alors que les personnes qui vivent sur la côte en ont un parce qu'ils connaissent ce phénomène. Chez les Vili ou les Yombé, on devrait pouvoir trouver le mot, même pour désigner la « mer ». Donc on n'a pas besoin de faire des emprunts ailleurs.
LDB : Qu'est-ce qu'implique finalement l'utilisation d'une langue au sein d'une société, et en particulier du français comme langue officielle au Congo ?
JN : C'est un axe important de mes études. J'ai mené des travaux qui montrent, par exemple, que le fait que nous utilisions le français comme langue officielle entraîne une aliénation linguistique qui entraîne elle-même une aliénation économique. Le français devient même la langue maternelle de beaucoup d'enfants. Elle implique nécessairement des comportements à la française. Parce qu'un mot décrit une réalité, et cette réalité, vous en faites votre réalité. Dans les différentes recherches que j'ai menées dans ce volet sur l'aliénation, j'ai montré que l'utilisation d'une langue étrangère devient même une valeur marchande.
LDB : Voulez-vous dire que la langue étrangère devient une sorte de monnaie d'échange ?
JN : Le fait d'acquérir la langue française vous place au sommet de la société après vos études. Vous savez tout. En réalité, l'expérience nous montre autre chose : certains géographes et météorologues n'en savent pas plus que les vieux de nos villages ; ma mère ne peut pas aller au cinéma à Brazzaville parce que les films sont en français, etc., et cela induit d'autres phénomènes. Nos femmes veulent des cheveux comme les Occidentales, et j'ai montré le coût de cette aliénation pour le Congo qui achète pour plus d'un milliard de produits cosmétiques. De même, vous connaissez les pourcentages de réussite aux examens en français depuis toujours...
LDB : Est-ce un plaidoyer pour une nouvelle langue officielle au Congo, le lingala ou le kituba ?
JN : Est-ce que vous connaissez un seul grand pays qui se soit développé avec une langue étrangère ? Le Japon, la Chine, la France ont utilisé leur propre langue. Les pays anciennement colonisés du Maghreb ont fait ce pas, ils sont revenus en arrière et on fait du français leur deuxième langue. Tous les pays subsahariens ont gardé la langue du colon et ce n'est peut-être pas un hasard si, justement, on ne voit pas de pays décoller dans cette région. La maîtrise des sciences ne peut pas se faire en utilisant une langue étrangère.
LDB : Quelle démarche proposez-vous pour un retour aux sources ?
JN : Certains pays ont compris et ont commencé cette transition. Chaque pays doit avoir au moins un institut de langues, c'est à ce niveau que tout le travail se fait. Dans les pays de l'est de l'Afrique, des instituts ont été créés pour développer le swahili et l'enrichir, notamment en termes techniques.
LDB : Le problème est de savoir maintenant si le swahili peut peser dans les échanges mondiaux compte tenu de la faiblesse des économies de la plupart des pays du continent. C'est la même chose si au Congo on utilisait une langue vernaculaire comme langue officielle...
JN : Ce n'est pas là le problème. Le français est une langue internationale. Aujourd'hui, la plupart des chercheurs français publient en anglais parce que la langue scientifique et économique est l'anglais. Avoir une langue pour nous développer ne nous empêchera pas d'utiliser une langue étrangère pour entrer en contact avec les autres. La Suède est un petit pays et l'enseignement se fait en suédois. Mais ils ont besoin de l'anglais pour l'ouverture. C'est un exemple parmi tant d'autres.
Propos recueillis par Quentin Loubou
Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Quel est l'objet de votre conférence ?
Josué Ndamba (JN) : Il s'agit de montrer qu'en principe, toute science contribue au développement. La linguistique ne doit pas être une discipline qui se limite à décrire les sons et le fonctionnement d'une langue. Elle peut aussi participer au développement du pays. C'est d'ailleurs l'objet d'un travail que je viens de présenter dans une université française : je l'exposerai lors de cette conférence, en évoquant l'ensemble de mes recherches, ce qu'elles visent et en quoi elles participent au développement.
LDB : Quelle argumentation mettez-vous en exergue ?
JN : Je vais montrer qu'une des premières voies consiste à connaître les langues congolaises. Personne ne sait combien de langues nous avons. Les linguistes ne font pas de distinction entre langues et dialectes. On entend dire qu'il existe soixante-dix langues au Congo, mais est évident que ce n'est pas possible dans un petit espace comme notre pays. Et il y a sûrement un certain nombre de langues et des dialectes qui en dérivent. Donc la première démarche que j'ai entreprise a été d'essayer de recenser les langues congolaises et les dialectes qui se rattachent à chacune d'elle. De telles recherches nous permettront de savoir qu'au Congo il existe, par exemple, six ou sept langues. Si nous voulons choisir une langue officielle, il faut permettre le développement de ces langues-là. Parce que ce sont elles qui vont contribuer au développement d'une langue véhiculaire.
LDB : Quel exemple peut éclairer votre théorie ?
JN : Par exemple, le mot « marée » n'existe pas en lingala, alors que les personnes qui vivent sur la côte en ont un parce qu'ils connaissent ce phénomène. Chez les Vili ou les Yombé, on devrait pouvoir trouver le mot, même pour désigner la « mer ». Donc on n'a pas besoin de faire des emprunts ailleurs.
LDB : Qu'est-ce qu'implique finalement l'utilisation d'une langue au sein d'une société, et en particulier du français comme langue officielle au Congo ?
JN : C'est un axe important de mes études. J'ai mené des travaux qui montrent, par exemple, que le fait que nous utilisions le français comme langue officielle entraîne une aliénation linguistique qui entraîne elle-même une aliénation économique. Le français devient même la langue maternelle de beaucoup d'enfants. Elle implique nécessairement des comportements à la française. Parce qu'un mot décrit une réalité, et cette réalité, vous en faites votre réalité. Dans les différentes recherches que j'ai menées dans ce volet sur l'aliénation, j'ai montré que l'utilisation d'une langue étrangère devient même une valeur marchande.
LDB : Voulez-vous dire que la langue étrangère devient une sorte de monnaie d'échange ?
JN : Le fait d'acquérir la langue française vous place au sommet de la société après vos études. Vous savez tout. En réalité, l'expérience nous montre autre chose : certains géographes et météorologues n'en savent pas plus que les vieux de nos villages ; ma mère ne peut pas aller au cinéma à Brazzaville parce que les films sont en français, etc., et cela induit d'autres phénomènes. Nos femmes veulent des cheveux comme les Occidentales, et j'ai montré le coût de cette aliénation pour le Congo qui achète pour plus d'un milliard de produits cosmétiques. De même, vous connaissez les pourcentages de réussite aux examens en français depuis toujours...
LDB : Est-ce un plaidoyer pour une nouvelle langue officielle au Congo, le lingala ou le kituba ?
JN : Est-ce que vous connaissez un seul grand pays qui se soit développé avec une langue étrangère ? Le Japon, la Chine, la France ont utilisé leur propre langue. Les pays anciennement colonisés du Maghreb ont fait ce pas, ils sont revenus en arrière et on fait du français leur deuxième langue. Tous les pays subsahariens ont gardé la langue du colon et ce n'est peut-être pas un hasard si, justement, on ne voit pas de pays décoller dans cette région. La maîtrise des sciences ne peut pas se faire en utilisant une langue étrangère.
LDB : Quelle démarche proposez-vous pour un retour aux sources ?
JN : Certains pays ont compris et ont commencé cette transition. Chaque pays doit avoir au moins un institut de langues, c'est à ce niveau que tout le travail se fait. Dans les pays de l'est de l'Afrique, des instituts ont été créés pour développer le swahili et l'enrichir, notamment en termes techniques.
LDB : Le problème est de savoir maintenant si le swahili peut peser dans les échanges mondiaux compte tenu de la faiblesse des économies de la plupart des pays du continent. C'est la même chose si au Congo on utilisait une langue vernaculaire comme langue officielle...
JN : Ce n'est pas là le problème. Le français est une langue internationale. Aujourd'hui, la plupart des chercheurs français publient en anglais parce que la langue scientifique et économique est l'anglais. Avoir une langue pour nous développer ne nous empêchera pas d'utiliser une langue étrangère pour entrer en contact avec les autres. La Suède est un petit pays et l'enseignement se fait en suédois. Mais ils ont besoin de l'anglais pour l'ouverture. C'est un exemple parmi tant d'autres.
Propos recueillis par Quentin Loubou
[Source : www.starducongo.com]

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