Dans le peloton de tête des villes les plus
peuplées avec vingt millions d'habitants, capitale économique du Brésil, cette
ville démesurée présente tous les problèmes inhérents à sa taille :
pollution, circulation, logements... Cauchemar ? Pas le moins du monde.
Portrait d'une ville peu attirante et pourtant si séduisante.
"Cidade",
tableau de Felipe Lopez. Photo : Solange Orssaud
São Paolo se présente tout d'abord comme une métropole colorée, dynamique avec une population cosmopolite venue des 4 coins du Brésil et d'ailleurs. Communautés japonaise, libanaise, française, italienne et afro-brésilienne se côtoient et viennent enrichir par leurs notes culturelles le métissage typique de cette ville.
Derrière une apparence chargée et désordonnée, Sao
Paolo recèle tout un territoire de quartiers vivants, humains, à la fois
différents les uns des autres mais habités par une même âme de générosité et de
gentillesse caractéristique du peuple brésilien.
S.O
On peut se perdre, s'impatienter dans cette immensité... Il y a toujours un sourire sur un visage pour aider, une marque d'attention, un œil attentif, une disponibilité pour renseigner.... S'immerger dans Sao Paolo c'est un peu ouvrir son cœur et se laisser prendre par les rencontres diverses et riches.
Dans cet environnement bétonné et cette circulation
dense, la chaleur humaine demeure envers et contre tout. Le béton et les constructions
hétéroclites auront ils raison de cette humanité ?
C'est le combat d'une poignée d'irréductibles de
l'âme du Brésil. Le pays est bien réveillé à l'économie florissante. La
nouvelle émergence de l'éthique urbaine avec une architecture respectueuse et
plus soucieuse de l'environnement arrivera-t'elle à s'imposer dans cet univers
de transactions juteuses ? La question posée, il est difficile de ralentir
les choses et il faudrait une prise de conscience globale et une volonté
politique établie pour les enrayer.
Bien sur, l'évolution du territoire s'accélère dans
la ville, et il manque encore une vraie réflexion d'urbanisme pour un
environnement plus équitable et plus agréable à l'oeil. Tout va si vite dans
cette métropole d'affaires internationales avec une croissance accentuée sur le
secteur bancaire et immobilier qu'on a fini par oublier l'essentiel dans
l'aménagement, et ça fait partie du décor. São Paolo ne serait pas la même si
l'organisation se joignait à ce charivari typique du Brésil émergent.
Pinheiros : quartier authentique
Pinheiros : quartier authentique
La visite de la ville nous transporte du
quartier d'affaires haut en buildings, aux zones commerçantes du centre, aux
rue chics et parcs immensément denses comme une aire de quiétude dans la cité
et moult quartiers typiques et variés.
Pinheiros fait partie de l'un d'eux. Là se côtoient
artistes, écrivains, hommes d'affaires, commerçants, restaurants... Plus animé
la nuit que le jour, ce quartier culturel et populaire a gardé une vraie
personnalité dans laquelle il est bon de se fondre.
Ruelles tranquilles, petites maisons, petits
commerces et échoppes brésiliennes, marchés colorés, brocantes, grandes
brasseries aménagées de terrasses, le tout sur un fond de musique quasi
permanent... Tout un monde hétérogène se côtoie là. Une certaine magie émane
entre nonchalance, douceur de vivre et exigence économique.
Ce territoire de Pinheiros fait des envieux et déjà
quelques promoteurs se pressent pour imposer des programmes pré-vendus au
détriment de la personnalité de ce quartier-village.
La lutte s'instaure entre les irréductibles de
l'âme de Pinheiros et les partisans d'un progrès urbain. Des manifestations
s'organisent, des associations se créent, tout cela dans l'esprit du Brésil. La
vraie distorsion réside entre les habitants amoureux de leur territoire et les
investisseurs dont l'intérêt reste économique. Le nerf de la guerre !
Vieux dilemme et vieilles rancoeurs, la rentabilité et les bénéfices auront
probablement encore une fois raison de ceux qui cherchent à préserver une âme au
détriment d'un profit.
Maryline
Hubeaud
Les habitants de longue date y croient encore et se
mobilisent. Sauvegarder Pinheiros c'est contribuer à une recherche d'éthique,
conserver une vie à dimension humaine, et laisser une part de l'âme du Brésil au
sein de la mégapole.
Durant les manifestations, à l'image de ce peuple,
les manifestants dansaient, chantaient, jouaient de la musique tout cela dans
un marche chaloupée et rythmée de bonne humeur avec la ferme intention de
préserver l'espace!
São Paolo ensorcelle par sa diversité, sa culture,
son dynamisme économique... Comme une sorcière elle oublie parfois que le
pouvoir de tout transformer fini par prévaloir sur l'essentiel.
La prétention vertigineuse de la construction
verticale continuera t-elle au détriment de l'identité de la ville ? Il
serait triste de voir la princesse se devenir un tentaculaire crapaud ! A
l'heure du combat électoral pour les municipales, nous pouvons espérer cette
réflexion au centre du débat…










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