terça-feira, 29 de maio de 2012

Le parler vrai, en quelle langue ?

Le breton reste unelangue régionale vivante.?
Le jacobinisme va bien, merci pour lui. 218 ans après la parution du rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, première enquête sur les pratiques linguistiques de la France d'Ancien régime et les solutions préconisées par le fameux abbé conventionnel Henri Grégoire, pour imposer le français – à vrai dire celui de l'Ile-de-France – à toute la nation, sur le modèle centralisateur prôné par les Jacobins, les langues régionales qui ont survécu à l'histoire restent dans un véritable flou.
La Charte pour la sauvegarde des langues régionales, rédigée en 1992 par le Conseil de l'Europe et signée sept ans plus tard par la France, n'a toujours pas été ratifiée. Si la réforme de juillet 2008 a fait entrer dans l'article 75 de la Constitution l'appartenance des langues régionales « au patrimoine de la France », une décision du Conseil constitutionnel de mai 2011, suite à une question prioritaire de constitutionnalité, a déclaré qu'il ne donne aucun droit ou liberté opposable par les particuliers et les collectivités.
En manifestant contre la frilosité de l'État à l'encontre de ce patrimoine menacé, le 31 mars dernier, les défenseurs des langues régionales ont tenté d'ajouter ce thème à la campagne présidentielle. François Hollande a, en effet, promis de ratifier la Charte de 1992 s'il devait être élu… Et il s'est attiré du président sortant, pourtant auteur de la modification constitutionnelle de 2008, une réponse cinglante. « Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la Charte des langues régionales et minoritaires », a déclaré Nicolas Sarkozy, en février dernier, à Marseille.
Les adversaires de la Charte brandissent comme arguments l'égalité des citoyens devant la loi et la reconnaissance de la langue française comme fondement de cette égalité, à l'exclusion de tout autre fondement particulier (ethnique, religieux, etc.). Ils redoutent aussi la reconnaissance de droits à s'exprimer dans une langue régionale, notamment dans la sphère publique. Et s'inscrivent ainsi dans la droite ligne des centralisateurs qui, depuis l'abbé Grégoire, ont presque réussi à faire disparaître ce que l'on appelait – sans le mépris qui s'attache à ce terme aujourd'hui – les « patois ».
La linguiste Henriette Walter rappelait récemment, dans un débat, que la scolarisation de tous les jeunes Français rendue obligatoire par Jules Ferry, en 1882, et surtout le brassage des jeunes soldats au fil de la Première Guerre mondiale avaient donné un rude coup aux langues régionales. Mais si elle se refusait à donner un chiffre précis de celles qui sont encore pratiquées sur le territoire de la République, le collectif à l'origine des actions du 31 mars retient 75 langues minoritaires, de l'alsacien (600.000 locuteurs) au breton (205.000) et au corse (75.000), en passant par les différentes formes d'occitan, le catalan, ou la si étrange langue basque qui ne plonge aucune de ses racines dans le substrat indo-européen. Sans parler du créole, du tahitien ou des langues mélanésiennes de Nouvelle-Calédonie…
Reste que dans un contexte de mondialisation, les langues régionales ont retrouvé une certaine vigueur et connaissent même un vrai regain grâce à leur enseignement aux jeunes générations qui peuvent choisir un certain nombre d'entre elles au baccalauréat. Ce à quoi les jacobins – il en reste – rétorqueront qu'ils feraient mieux de pratiquer un bon français et de choisir des langues vivantes de niveau international. « Vaste programme », comme dirait l'une des grandes plumes du siècle dernier, Charles de Gaulle, himself !
Yves Carroué
[Photo: archives afp - source : www.leberry.fr]


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