De l’Inde aux Etats-Unis, Dilma Rousseff a fait de la nouvelle classe moyenne un de ses arguments pour vanter la bonne santé du pays. Ses rangs se sont étoffés au cours des 10 dernières années, au point se constituer plus de la moitié de la population brésilienne. Pour autant, le Brésil est encore loin d’être devenu une « pays de classe moyenne »...
Classe "C", la nouvelle classe moyenne brésilienne (101 millions de Brésiliens)
Quand la classe moyenne va bien, tout va ! C’est une nouvelle sensation pour le Brésil, longtemps accablé par un sentiment d’infériorité envers les pays « développés ». En une dizaine d’années, les effectifs de la classe moyenne ont grossi, passant d’un tiers à plus de la moitié de la population. Un bond d’autant plus impressionnant que le monde vient de traverser sa plus grave crise économique en près d’un siècle. Dans le même temps, le nombre de pauvres a été réduit de moitié (même s’ils représentent encore un quart d’une population de près de 200 millions d’habitants).
La mobilité sociale est sans doute un des acquis majeur de l’ère Lula. De fait, l’ascenceur social a bien fonctionné. Le salaire minimum a été revalorisé (622 R$, environ 250 €), les allocations du Bolsa Familia ont été élargies à 13 millions de familles, et l’explosion du crédit a permis aux Brésiliens de se donner à fond à l’un de leur passe-temps favoris : la consommation. C’est le fameux grand marché intérieur brésilien qui fait tourner l’économie.
Pour s’en convaincre, une rapide promenade sur l’avenue Paulista suffit. La Paulista, c’est depuis longtemps l’artère traditionnelle du monde des affaires à São Paulo. Mais aux côtés des banques, de nouveaux magasins populaires ont récemment fait leur apparition.... A l’heure du déjeuner, les employées des bureaux du quartier viennent faire leurs emplettes chez Marisa, un magasin de vêtements installé là même où il y a quelques années, la compagnie aérienne Varig avait ses bureaux. Tatiana, 26 ans, est l’une de ses clientes. En 5 ans, elle a suivi des cours du soir et multiplié son salaire par quatre, ce qui lui permet d’acheter ce qui lui plaît – ou presque.
Inégalités, toujours
Mais il n’y a rien d’idyllique dans ce tableau de la nouvelle société brésilienne. Le géant latino-américain demeure en effet l’un des 10 pays les plus inégalitaires au monde. Selon des données partielles du recensement de 2010, les 10% les plus riches perçoivent 44,5% des revenus de toute la population, alors que les 10% les plus pauvres doivent se contenter de seulement 1,1%. Mais le grand changement, c’est que la pyramide sociale brésilienne, d’ordinaire si effilée, s’est désormais transformée... en losange.
Sensation de satisfaction, donc, mais satisfaction peut-être trompeuse ? Car il ne suffit pas d’émerger. Encore faut il que la nouvelle classe moyenne ait les moyens de maintenir la tête hors de l’eau. L’emploi et les revenus vont là encore jouer un rôle primordial. Mais à quoi bon acheter une voiture à crédit si l’on ne dispose pas dans son quartier d’un système d’assainissement des eaux qui évite la propagation de maladies ? Ni d’une école de bonne qualité ? La faiblesse des infrastructures de base, tout comme la précarité de l’enseignement public, constituent autant d’éléments qui montrent les limites de ce nouveau « miracle brésilien ».
Ainsi, cette classe sociale « émergente » n’est pas encore à l’abri d’un éventuel retour de bâton. Une hausse du chômage en raison du ralentissement prolongé de l’économie pourrait avoir un effet dévastateur sur le pouvoir d’achat et le crédit. Les consommateurs « nouvelle classe moyenne » sont en première ligne. Cette « classe émergente » doit encore acquérir davantage de stabilité, et surtout bénéficier de services publics mieux adaptés à ses besoins, avant que le Brésil puisse accéder au stade de pays de classe moyenne.
Le revenu familial mensuel de la classe moyenne est compris entre 1.200 R$ et 5.174 R$ (475 € et 2.050 €)
Écrit par Thierry Ogier
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