quarta-feira, 17 de junho de 2026

Les Palestiniens dehors, les travailleurs étrangers dedans : comment Israël est en train de remodeler sa main-d’œuvre

Longtemps pilier de l’économie à bas salaires d’Israël, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza sont écartés depuis le 7 octobre — remplacés par un afflux de travailleurs migrants soumis à des conditions de travail extrêmement précaires. 

Les autorités israéliennes empêchent des milliers de Palestiniens d’entrer à Jérusalem par le checkpoint de Qalandia, 20 février 2026.

Écrit par Charlotte Ritz-Jack et Dana Mills

Le hayon d’un camion-poubelle s’ouvre lentement. À l’intérieur, une septantaine d’hommes palestiniens sont entassés les uns contre les autres, leurs yeux peinent à s’habituer à la lumière après ce qui semble avoir été un trajet étouffant. Ils se protègent les yeux alors que des lampes torches éclairent leurs visages. Des policiers israéliens pointent leurs fusils sur eux à bout portant et leur lancent des ordres, ce qui pousse certains hommes à lever instinctivement les mains. Un par un, ils sont tirés hors du camion, un bras forcé derrière le dos, puis emmenés en garde à vue. 

La vidéo de près de 10 minutes diffusée par la police israélienne le 13 avril, peu après l’interception du véhicule sur l’autoroute reliant la région métropolitaine de Tel-Aviv à la Cisjordanie occupée, montre les conséquences d’une tentative de passage en Israël par des travailleurs palestiniens sans permis. Traités comme s’ils étaient de dangereux terroristes, ces hommes ne cherchaient guère plus que de gagner leur vie pour subvenir aux besoins de leur famille. 

Depuis des décennies, l’emploi dans les secteurs à bas salaires en Israël — en particulier la construction, l’agriculture et d’autres formes de travail manuel — constitue un pilier des moyens de subsistance des Palestiniens dans les territoires occupés, où l’étouffement de l’économie par Israël maintient les salaires à un niveau bas et le chômage à un niveau élevé. Avant le 7 octobre 2023, ces travailleurs injectaient environ 380 millions de dollars par mois dans les marchés locaux. Dans certaines villes de Cisjordanie, plus de 90 % des hommes dépendaient d’emplois en Israël. 

Aujourd’hui, ces possibilités ont pratiquement disparu. Après le 7 octobre, plus de 200 000 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza — dont 150 000 titulaires de permis de Cisjordanie, environ 50 000 travaillant sans permis et 18 500 originaires de Gaza — se sont vu interdire l’entrée en Israël, officiellement pour des « raisons de sécurité ». 

En réalité, la guerre contre Gaza a donné à l’État israélien l’impulsion nécessaire pour réduire considérablement sa dépendance de longue date à l’égard de la main-d’œuvre palestinienne, marquant ainsi un tournant décisif dans l’équilibre qui prévalait depuis des décennies entre l’impératif idéologique d’exclure les travailleurs palestiniens et le rôle essentiel de ces derniers dans le développement économique israélien.  

Un équilibre précaire  

« Avant la guerre, l’intégration des travailleurs palestiniens sur le marché du travail servait les intérêts économiques d’Israël », a déclaré Maayan Niezna, experte juridique qui suit de près le recours d’Israël à la main-d’œuvre migrante, au magazine +972. « Mais cela s’inscrivait également dans le projet politique de l’occupation, visant à créer une dépendance tout en “contenant” le risque de résistance grâce à une certaine stabilité économique. »  

À cette fin, lorsque Israël a entamé son occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, il a rapidement commencé à délivrer des permis aux Palestiniens qui souhaitaient travailler en Israël — lançant ainsi une politique qualifiée d’« inclusion contrôlée ». Entre 1968 et 1973, le nombre de Palestiniens travaillant en Israël a augmenté de plus de 38 % par an. En réponse à la première Intifada qui a débuté à la fin des années 1980, Israël a toutefois imposé un régime de permis strict qui limitait l’accès des Palestiniens à son marché du travail, et a commencé à remplacer ces travailleurs par une main-d’œuvre migrante.  

Les travailleurs thaïlandais ont occupé les emplois agricoles, tandis que des ouvriers chinois et indiens ont été recrutés pour le bâtiment et des Philippins pour les soins. En 2000, lorsque la deuxième Intifada a éclaté, environ 240 000 travailleurs migrants, en situation régulière ou irrégulière, représentaient environ 10 % de la main-d’œuvre israélienne.  

Mais l’économie allait mal : en 2002, elle a connu sa pire année depuis 1953. Alors que la suprématie juive et le racisme devenaient de plus en plus manifestes dans la politique israélienne, le gouvernement a commencé à faire des travailleurs étrangers les boucs émissaires de la récession, les accusant d’être responsables de la hausse du chômage et de « saper la nature juive de l’État à la suite de mariages mixtes ».   

En 2002, le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, a lancé une campagne d’expulsion massive visant les travailleurs migrants. Les autorités ont recruté des informateurs qui laissaient des marques visibles sur les portes des travailleurs étrangers afin de fracturer délibérément les communautés migrantes. Quelque 40 000 personnes ont été expulsées, et environ le double de ce nombre ont été intimidées au point de partir de leur propre gré.   

Au cours des années 2010 et au début des années 2020, Israël a progressivement rouvert ses frontières aux travailleurs étrangers, notamment dans les secteurs de l’agriculture, du bâtiment et des services à domicile. Dans les deux premiers secteurs, les travailleurs étrangers ont progressivement remplacé la main-d’œuvre palestinienne, tandis que le secteur des services à domicile a créé un nouveau créneau (les quotas gouvernementaux ont plafonné la main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture et le bâtiment à environ 30 000 personnes par secteur, alors qu’il n’y a pas de limite dans le secteur des services à domicile).   

Bien que l’emploi des Palestiniens en Israël ait continué d’augmenter au cours des années précédant le 7 octobre — avec plus de 20 % des Palestiniens des territoires occupés employés en Israël en 2022, contre 13 % en 2020 —, leur emploi restait fortement contrôlé : concentré dans des secteurs peu valorisés, dépendant de systèmes de permis instables et du parrainage des employeurs, et souvent informel ou non réglementé, avec peu de recours contre l’exploitation.  

Puis vint le 7 octobre. Presque du jour au lendemain, des centaines de milliers de travailleurs palestiniens ont perdu leur emploi lorsque leurs permis d’entrée ont été révoqués. Des milliers de Gazaouis, qui constituaient autrefois l’épine dorsale de cette main-d’œuvre, ont été détenus ou se sont retrouvés bloqués en Cisjordanie. Au cours des mois qui ont suivi, la construction résidentielle en Israël a chuté de 95 %, tandis que la production agricole a baissé de 80 %.  

Les « préoccupations sécuritaires » invoquées par Israël pour justifier cette mesure — suggérant que les travailleurs pourraient profiter de leur accès pour aider le Hamas dans la guerre — ne résistent pas à un examen minutieux. Des recherches menées par des institutions liées aux propres services de sécurité israéliens, telles que l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS), indiquent que les travailleurs palestiniens titulaires d’un permis ne sont presque jamais impliqués dans des activités militantes, y compris le 7 octobre.   

« C’est une forme de punition collective », a déclaré Niezna. « Interdire l’accès aux travailleurs palestiniens n’a aucun sens d’un point de vue sécuritaire ; cela n’a de sens que dans le cadre d’un projet politique d’occupation et d’annexion. » Dans le contexte de la violence des colons en Cisjordanie et du génocide à Gaza, a expliqué Niezna, l’affaiblissement de l’économie palestinienne vise à étouffer les derniers soubresauts d’autosuffisance et d’autonomie politique palestiniennes.  

« Les migrants sont invités en tant que travailleurs, pas en tant qu’êtres humains »   

Si les efforts visant à mettre fin à la dépendance à l’égard de la main-d’œuvre palestinienne sont bien antérieurs au gouvernement israélien actuel, le ministre des Finances Bezalel Smotrich s’est imposé comme une figure centrale de leur accélération. Sous le couvert de la guerre, son ministère a pris des mesures pour accélérer les réformes néolibérales du travail, assouplissant la réglementation tout en faisant peser les coûts les plus lourds sur les travailleurs migrants et les rares travailleurs palestiniens restants, qui ont le moins accès aux protections juridiques et sociales contre les abus.  

« Nous avons allégé la réglementation », s’est vanté Smotrich dans une annonce faite en 2024 pour promouvoir des politiques visant à accroître le recrutement de main-d’œuvre étrangère. « [Nous] avons fait venir plus de 20 000 travailleurs étrangers dans le pays depuis le début de la guerre à Gaza. »  

Cette même annonce présentait des plans visant à recruter quelque 65 000 travailleurs originaires d’Inde, du Sri Lanka et d’Ouzbékistan par l’intermédiaire de nouveaux centres de recrutement dans les grandes villes, des négociations étant en cours pour porter ce nombre jusqu’à 80 000. Selon l’organisation de défense des droits du travail Kav LaOved, environ 270 000 travailleurs migrants sont actuellement employés en Israël.  

Les conséquences de ce changement ont été dévastatrices pour les travailleurs palestiniens. Les 8 000 permis délivrés en 2025 pour travailler en Israël ne représentent qu’une fraction de ce qui est nécessaire pour maintenir à flot l’économie de la Cisjordanie, alors même que plus de 10 000 Palestiniens continuent de travailler dans les colonies. Privés des salaires israéliens, des ménages entiers ont perdu leur seule source de revenus et sont poussés au bord du gouffre.  

« Les travailleurs palestiniens sont confrontés à une véritable pauvreté », a déclaré Yael Berda, sociologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a beaucoup écrit sur le travail palestinien sous le régime des permis israéliens. « Ils n’ont même pas de quoi se nourrir correctement — la situation est vraiment extrême. »  

Dans ce contexte, de nombreux travailleurs palestiniens prennent de graves risques pour subvenir aux besoins de leur famille. On estime à 10 000 le nombre de Palestiniens travaillant en Israël sans permis, un chiffre qui serait probablement plus élevé sans l’effet dissuasif des abus généralisés dans les prisons israéliennes.  

Les travailleurs palestiniens, bien qu’ils soient sans aucun doute les plus durement touchés, ne sont pas les seuls à voir leurs moyens de subsistance mis à rude épreuve ces dernières années. L’état de guerre permanent en Israël a fait grimper le taux de chômage parmi sa propre population à près de 10 %. Parallèlement, les dispositifs d’indemnisation du gouvernement ont évolué, passant de la protection des salaires vers des congés sans solde — ce qui perturbe la constitution des droits à la retraite et prive de nombreux travailleurs d’un revenu stable.   

Ces changements s’accompagnent de budgets axés sur l’austérité et d’une confrontation croissante avec les syndicats, notamment par des tentatives visant à bloquer les grèves. Les tribunaux israéliens se rangent de plus en plus du côté du gouvernement, ordonnant parfois aux employés de reprendre le travail même en pleine salve de tirs de missiles. En conséquence, les travailleurs à bas salaire de tous les secteurs ont du mal à joindre les deux bouts et disposent d’un faible pouvoir de négociation collective.   

Pour les travailleurs migrants et les Palestiniens, les risques sont aggravés : la menace d’expulsion ou de révocation du permis de séjour donne aux employeurs un moyen de pression important pour exploiter la main-d’œuvre. « Ces travailleurs peuvent se syndiquer », a déclaré Yaniv Bar Ilan, porte-parole du syndicat israélien Koach LaOvdim. « Mais comme ils se trouvent dans une position très précaire — [ils] ne peuvent pas se plaindre par crainte de représailles et ignorent souvent leurs droits —, les tentatives en ce sens restent limitées. »  

Alors que les droits du travail sont, sur le papier, les mêmes pour les travailleurs israéliens et les travailleurs migrants, « nous constatons des différences évidentes dans la manière dont les règles de sécurité et les protections sont mises en œuvre », a expliqué Yahel Kurlander, sociologue qui étudie la main-d’œuvre agricole migrante en Israël. En moyenne, les travailleurs migrants dans l’agriculture israélienne ne perçoivent qu’environ 70 % des salaires qui leur sont légalement dus.   

Ces disparités sont encore amplifiées en temps de guerre. L’accès aux abris anti-bombes et aux autres mesures de sécurité est souvent laissé à la discrétion des employeurs, malgré les risques accrus — en particulier dans l’agriculture, où le travail s’effectue fréquemment dans des zones frontalières instables. L’État a largement failli à son devoir de fournir une formation ou des conseils de base en matière de sécurité, laissant les travailleurs sans même une compréhension minimale des protocoles d’urgence.  

Les conséquences ont été catastrophiques. Lors des attaques du 7 octobre, 22 travailleurs thaïlandais ont été pris en otage et 32 ont été tués. Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, au moins trois travailleurs migrants ont été tués lors de frappes de missiles. Pourtant, le sort de ces travailleurs n’a suscité qu’un intérêt limité de la part du public, ce qui reflète leur statut au sein de la société israélienne : indispensables à l’économie, mais rendus invisibles.  

Deux ans et demi après le début de la guerre contre Gaza, « il n’y a toujours pas d’instructions pour les aides à domicile sur ce qu’il faut faire en cas d’alerte », a déclaré Kurlander. « Les migrants sont invités en Israël uniquement en tant que travailleurs, pas en tant qu’êtres humains. »   

« Cela pourrait se retourner contre eux »   

En Israël, à l’instar du système de la kafala utilisé dans les pays du Golfe, les visas (pour les migrants) et les permis (pour les Palestiniens) sont généralement liés à l’employeur du travailleur. Les travailleurs migrants se voient généralement délivrer des visas de cinq ans parrainés par leurs employeurs, qui sont légalement tenus de leur fournir un logement, de faciliter l’accès à des comptes bancaires et de leur garantir un temps de repos hebdomadaire suffisant. De plus, ils contractent souvent des emprunts pour financer leur déménagement, s’endettant ainsi de plusieurs milliers de dollars qu’il leur faudra des mois, voire des années, de salaire pour rembourser.   

Dans la pratique, cette dépendance rend les travailleurs extrêmement vulnérables — et même lorsque leurs droits sont formellement égaux à ceux des citoyens israéliens, leur application est inégale. Un rapport de 2014 publié par Kav LaOved a révélé que les travailleurs agricoles signalaient régulièrement être exposés à des pesticides sans protection ni formation adéquates, subir des retenues sur salaire, souffrir de la faim et vivre dans des logements impropres à l’habitation humaine. Les employeurs omettaient également fréquemment d’ouvrir des comptes bancaires pour les travailleurs, comme l’exige la loi.   

Sans intervention du gouvernement, ces abus sont devenus la nouvelle norme. Comme le souligne le rapport, « le secteur agricole israélien est devenu dépendant de salaires illégalement bas », avertissant que « l’application de la loi sans compensation d’une sorte ou d’une autre pour les agriculteurs pourrait causer un grave préjudice au secteur ». Ces violations représentent 500 millions de NIS de pertes annuelles pour les travailleurs.   

Les récentes dynamiques de guerre ont mis en évidence ce changement. Le meurtre de trois travailleurs migrants en Israël par des missiles iraniens lors de la dernière escalade s’ajoute à des pertes similaires dans les pays du Golfe, soulignant les parallèles entre le modèle de main-d’œuvre israélien et ceux d’économies plus dépendantes de la migration.   

Si les travailleurs migrants représentent une part plus faible de la main-d’œuvre israélienne — environ 7 à 15 %, contre 90 % aux Émirats arabes unis —, le système partage une caractéristique essentielle : la dépendance des travailleurs vis-à-vis de la volonté de leurs employeurs et de l’État. Cela rend les travailleurs facilement remplaçables, permettant des changements vastes et rapides sur le marché du travail — comme on l’a vu après le 7 octobre, lorsque la main-d’œuvre palestinienne a été rapidement réduite et remplacée par des travailleurs migrants.  

Il est toutefois encore trop tôt pour dire si cette exclusion des travailleurs palestiniens marque un changement durable. Tout comme Israël a rapidement remplacé la main-d’œuvre palestinienne par des travailleurs migrants, il pourrait choisir de faire l’inverse si les conditions politiques et économiques venaient à changer. « C’est un pendule », a déclaré Niezna. « Il pourrait revenir en arrière. »  

L’érosion des protections dont bénéficient les travailleurs ne s’est pas limitée aux migrants : sur l’ensemble du marché du travail, les travailleurs israéliens, palestiniens et étrangers à bas salaire ont vu leurs conditions se détériorer en raison de la déréglementation du travail migrant.   

Pourtant, alors même que leurs destins sont étroitement liés, le taux de chômage élevé et la précarité des conditions de vie ont compromis toute possibilité de solidarité interethnique. Dans des secteurs comme la construction et l’agriculture, les travailleurs palestiniens ont souvent été présentés comme des concurrents de la main-d’œuvre israélienne, tandis que les travailleurs migrants sont parfois décrits comme nuisant aux deux.  

Après la première Intifada, par exemple, la reprise des campagnes en faveur de la « main-d’œuvre hébraïque » — popularisées pour la première fois lors des premières vagues d’immigration sioniste en Palestine — a poussé les entreprises à éviter d’embaucher des travailleurs palestiniens, qu’elles considéraient comme responsables de la baisse des salaires et du remplacement des Israéliens. De tels discours occultent le rôle des politiques néolibérales d’Israël dans la baisse des salaires et des protections sociales, tout en alimentant facilement un discours populaire raciste qui fait des Palestiniens et des travailleurs migrants des boucs émissaires. 

« J’ai entendu certains qualifier les travailleurs migrants de "briseurs de grève" », a déclaré à +972 Matan Kaminer, professeur d’anthropologie au Royaume-Uni qui mène des recherches sur la main-d’œuvre migrante en Israël. Même s’ils ont été amenés pour remplacer les Palestiniens dans les emplois à bas salaire, il rejette cette formulation. « L’État israélien repose sur une idée de suprématie juive, et ces personnes sont utilisées à des fins politiques et économiques qui n’ont vraiment rien à voir avec ce qu’elles pensent elles-mêmes de la situation. »  

« Un imaginaire véritablement progressiste et décolonial envisage un avenir dans lequel toutes les personnes vivant dans le pays jouissent de droits égaux », a-t-il poursuivi. « Il va au-delà du nationalisme et même du binationalisme comme seule frontière possible. »

 

Traduction : AFPS

[Publié sur +972 Magazine - photo : Al-Jarmaq News - reproduit sur www.france-palestine.org]

Deu anys sense cap sentència en la llengua pròpia al País Valencià

Acció Ecologista-Agró denuncia que només un 0,0047%, de les resolucions es dicten en valencià


El valencià té una presència ínfima en el sistema judicial del País Valencià, tal com ha denunciat Acció Ecologista-Agró, que ha revelat que fa més de deu anys que l’Audiència Provincial i el Tribunal Superior de Justícia (TSJ) no publiquen una sentència en la llengua pròpia del país. L’organització ha consultat el CENDOJ (pàgina del Poder Judicial on es publiquen les sentències), i ha localitzat 31 sentències en valencià des del començament del segle, la qual cosa vol dir que tan sols un 0,0047%, de les sentències es dicten en valencià. 

La sala del contenciós del Tribunal Superior de Justícia fa quinze anys que no dicta una sentència en valencià. En la primera dècada del segle, Lluís Manglano en va arribar a signar 19, la majoria de les publicades al País Valencià. De fet, les dades indiquen que gran part de les sentències publicades en aquesta llengua corresponen a aquesta sala del contenciós del TSJ. En les sales penals i civils de l’Audiència Provincial han localitzat 4 sentències, una de l’any 2001 i tres del 2015, 2009 i 2003, respectivament. En la sala social del Tribunal Superior de Justícia, no n’han localitzat cap. El nombre de sentències que es publiquen pels jutjats inferiors al CENDOJ és molt limitat, però l’entitat n’ha trobat tres del magistrat del contenciós, Ángel Ilario Pérez, que habitualment fa tota la tramitació en valencià.

Acció Ecologista-Agró lamenta la manca d’utilització del valencià als principals tribunals valencians i denuncia que el País Valencià és l’autonomia amb menys utilització de la llengua oficial diferent del castellà als tribunals després dels tribunals navarresos, que no dicten sentències en basc. Al País Basc, la situació també és preocupant, ja que només s’han publicat 576 sentències en eusquera, el 0,16%.

Catalunya, al capdavant

Catalunya és el territori on més es fa servit la llengua pròpia als tribunals. Al CENDOJ han publicat 110.248 sentències, un 8,09% de les publicades. A les Illes Balears, el percentatge és d’un 2,45%, amb 3788 sentències publicades en català, mentre que el nombre de sentències en gallec a Galícia és de 19.586, el 3,42% del total. 

Acció Ecologista-Agró ha analitzat les causes de la ínfima presència del valencià en les sentències i n’ha assenyalat unes quantes. D’una banda, el fet que el coneixement del valencià no sigui un criteri per a fer la selecció dels magistrats dels tribunals superiors, tot i que hi ha traductors que podrien traduir la sentència i eines informàtiques de suport molt útils que sembla tampoc s’empren. També citen “una certa tendència a la diglòssia a l’àmbit judicial, que no es dona a l’Administració autonòmica i local”. “Tradicionalment, el valencià es pot haver considerat una llengua d’utilització popular, de comarques o dels pobles, i de menor prestigi, enfront del castellà, llengua jurídica i amb arrels forts a les capitals. I si els tribunals principals utilitzen el castellà, els advocats i els tribunals inferiors tindran tendència a utilitzar el castellà també per evitar entrar en conflicte amb els tribunals”. L’organització també apunta la “tendència també a què la llengua siga un objecte de divisió política, on la seua defensa forma part principalment de l’ideari de sectors progressistes. En aquesta direcció molts advocats, jutges i funcionaris eviten utilitzar el valencià per si pot ser una mostra d’ideologia.”

AE-Agró s’ha adreçat al TSJ i a les conselleries competents perquè comencin a promoure més la utilització del valencià.


[Imatge: Pexels - font: www.diaridelallengua.cat]

Joan Rendé, l’art de l’escriptura

Jo sospito que la riquesa lèxica d’en Joan Rendé, la seva capacitat per trobar el substantiu i l’adjectiu adequat per a cada frase o explicació es deu a aquesta barreja d’urbanitat i ruralisme ben entès que forma part de la seva figura, de la seva singularitat. 


Escrit per Agustí Pons 

L’església parroquial de Santa Maria de Cabra del Camp era plena. Potser més d’un centenar de persones. Des del banc on em va tocar seure no veia el protagonista de la festa: en Joan Rendé, situat, òbviament, al primer rengle. Però els que érem allà no hi érem per veure’l sinó per haver-lo llegit. Joan Rendé, l’art de l’escriptura. Un títol exacte per al passeig literari que van preparar i llegir dues de les seves nebodes: de Sumari d’homicida (1978) a Esperit de vi (2023), amb llibres tan extraordinaris com El barber violador (1997) o Ballaven el black bottom (2020). I, entremig, articles periodístics com els de l’admirat Dr. Scopius a l’Avui, i entrevistes, guions de televisió i de ràdio, i converses, moltes converses, perquè en Joan Rendé no és només un gran escriptor sinó també un gran explicador d’històries, certes o inventades –o meitat i meitat–, però totes enginyoses, sovint embolicades amb una ironia fina devastadora. Jo sospito que la riquesa lèxica d’en Joan Rendé, la seva capacitat per a trobar el substantiu i l’adjectiu adequat per a cada frase o explicació es deu a aquesta barreja d’urbanitat i ruralisme ben entès que forma part de la seva figura, de la seva singularitat. Joan Rendé, genet i domador de cavalls; Joan Rendé, caçador de llebres i cuiner de fastuosos civets –el meu modest paladar no menteix; Joan Rendé, viticultor a estones, per nissaga i tradició familiar. I, a la vegada, en Joan Rendé compromès políticament des dels vint anys; militant del PSAN, represaliat i detingut diverses vegades; barceloní que mira la vida des del seu observatori del Poble Nou i que després l’escriu i la descriu amb l’exactitud d’un entomòleg.

A la redacció de l’Avui, on vam conviure tants anys, vam passar moments difícils, però també vam riure molt. I no va tenir mai un no a les propostes més temeràries. Per exemple, a escriure una crítica gastronòmica al suplement del diumenge que cobraria com una col·laboració més –o sigui, poc i quan es pogués–, però amb la condició que ell assumís el cost del dinar. Va dir que sí. I en van sortir unes cròniques esplèndides.

Des d’aquest dissabte passat, 13 de juny, l’escriptor Joan Rendé és fill adoptiu de Cabra del Camp. Per donar fe d’aquest nomenament, a Cabra ens vam reunir molta gent del poble, encapçalats pel seu alcalde, i uns quants amics arribats de Barcelona i altres contrades del país. En Joan Rendé forma part de l’anomenada “generació dels 70”, donada a conèixer per Guillem-Jordi Graells i Oriol Pi de Cabanyes en un llibre del mateix nom publicat l’any 1971, i immediatament segrestat per les autoritats franquistes. Amb aquest homenatge, en Joan Rendé ha tingut molta més sort que alguns companys de generació que ja han desaparegut o que sovint malviuen amb greus problemes econòmics. O de reconeixement. Penso, per exemple, en la mort de Josep Piera. Com és possible que, en conjunt, en la nostra societat, la seva desaparició no causés un sentiment general de consternació? Què en van dir els nostres mitjans de comunicació públics o privats? És fàcil trobar els seus llibres? Es moren els millors i amb prou feines ho diem. M’expliquen els entesos que hauria d’entendre que la banalització de la cultura és un fet impossible de revertir. Ho entenc. Però m’hi rebel·lo. I per això actes com el de diumenge a Cabra del Camp em semblen tan saludables. Ah!, per cert. Del Departament de Cultura de la Generalitat no en vam tenir notícia.


[Aquest article fou publicat originalment a El Substack de l’Agustí Pons i reproduït dins www.vilaweb.cat]

Berlin : une capitale fascinante entre mémoire et modernité

Des vestiges du mur aux rives verdoyantes de la Spree, la capitale allemande conjugue histoire, culture et traditions locales dans une atmosphère unique en Europe. 

La cathédrale de Berlin, située sur l’île aux Musées dans le centre de la capitale allemande, a été achevée en 1905 sous l’Empire allemand. Aujourd’hui, elle est l’une des plus grandes églises protestantes d’Allemagne. Jorg Greuel/Getty Images

Écrit par Tim Johnson

Ma première visite à Berlin remonte à un quart de siècle. C’était la dernière étape d’un tour d’Europe éclair avec un pass Eurail. Après avoir dévoré des tapas et nagé sur les plages de Barcelone, flâné dans les ruelles de Montmartre, admiré la Seine et le panorama de Paris depuis les marches du Sacré-Cœur, puis descendu le Grand Canal de Venise en vaporetto, la capitale allemande m’avait paru… décevante. Étrange, en fait.

Je voyageais avec mon meilleur ami, et nous nous demandions : « Mais quel est cet endroit ? » Bien sûr, nous savions que la ville avait été lourdement bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’elle avait été, pour l’essentiel, reconstruite à partir de zéro. Mais une église en ruine surnommée la « dent creuse » ? Des bâtiments modernes dépourvus de la patine historique de Notre-Dame ou de la basilique Saint-Marc ? Le tout sous le regard de cette étrange — et laide — tour de télévision ? Eh bien, nous n’avons pas aimé.

Pourtant, plusieurs décennies et plus d’une douzaine de visites plus tard, Berlin est devenue l’une de mes villes préférées au monde. Et voici le plus étonnant : bon nombre des raisons pour lesquelles cette première expérience nous avait laissés si peu impressionnés sont précisément celles pour lesquelles je l’aime aujourd’hui. Cette ville ne ressemble à aucune autre.

L’histoire, en particulier celle du XXe siècle, a façonné puis remodelé Berlin. Fondée en 1237, la ville fut la capitale de la Prusse puis de l’Empire allemand. Elle fut le cœur du sinistre Troisième Reich avant d’être divisée en zones après la Seconde Guerre mondiale.

Elle fut ensuite séparée par un mur devenu célèbre, avec des trajectoires de développement et des vies très différentes de part et d’autre. La liberté d’un côté, le communisme de l’autre. Plus récemment, la réunification de l’après-guerre froide a ajouté un nouveau chapitre fascinant à cette histoire.

Diversifiée et dynamique, Berlin révèle que son étrangeté est en réalité merveilleuse — surtout lorsque l’on sait comment l’explorer.

Une situation aéroportuaire compliquée

Les voyageurs qui prévoient des vacances en Allemagne se demandent souvent pourquoi ils ne peuvent pas simplement prendre un avion à Chicago ou à New York et rejoindre Berlin sans escale. Après tout, n’est-ce pas la capitale du pays ? Mais l’histoire particulière de Berlin pendant la guerre froide a influencé le développement de l’aviation moderne dans la ville.

Après la Seconde Guerre mondiale, les puissances alliées ont divisé l’Allemagne en zones d’occupation, Berlin se retrouvant au sein du territoire de l’Allemagne de l’Est occupée par les Soviétiques. En conséquence, le siège du pouvoir national allemand fut transféré à Bonn, tandis que les aéroports internationaux se développaient dans d’autres grandes villes — fermement ancrées, elles, en Allemagne de l’Ouest. C’est pourquoi Francfort (FRA) et Munich (MUC) demeurent les deux principales portes d’entrée aériennes du pays.

Les choses évoluent lentement. L’aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg (BER), ouvert en 2020, est vitré, lumineux et aéré — un endroit agréable où atterrir. Une petite poignée de liaisons saisonnières sans escale depuis l’Amérique du Nord sont en train d’être mises en place, ce qui constitue une évolution bienvenue pour aider les voyageurs à éviter le chaos habituel de Francfort. 

L’aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg (BER) est le principal aéroport international de Berlin et de sa région. Il porte le nom de Willy Brandt, ancien chancelier de l’Allemagne de l’Ouest et ancien maire de Berlin. (Odysseas Johannes/Shutterstock)

BER est bien relié à la plupart des grandes capitales européennes ; au pire, vous n’aurez donc qu’une seule correspondance. Une fois sur place, tout devient plus simple. L’aéroport est relativement proche du centre-ville. Une liaison directe du S-Bahn vous conduit jusqu’à la porte de Brandebourg — ou vers d’autres lieux au cœur de la ville — en une trentaine de minutes.

Longer le mur de Berlin

Une grande partie de l’histoire récente de Berlin a été définie par le mur de 43 kilomètres qui a longtemps séparé les moitiés est et ouest de la ville.

Avec le recul, il est remarquable de penser qu’au sein d’une même ville coexistaient deux mondes totalement différents : à l’ouest, une société prospère, fonctionnelle et bien approvisionnée ; à l’est, la surveillance étroite de la redoutée police secrète de la Stasi et des pénuries chroniques, avec des rayons vides et de longues files d’attente pour des produits de base comme le pain ou le café.

Des Berlinois de l’Est se tiennent au sommet du mur de Berlin près de la porte de Brandebourg le 10 novembre 1989, au lendemain de la chute du mur. (PETER KNEFFEL/dpa/AFP/Getty Images) 

Les images de la chute du mur de Berlin — et de la joie immense et sans retenue qu’elle a suscitée — restent gravées dans les mémoires. Le vent du changement avait enfin balayé le bloc de l’Est. Les gens faisaient jaillir le champagne et tiraient des feux d’artifice. Ils parvenaient même, d’une manière ou d’une autre, à grimper au sommet du mur, haut de près de 3,60 mètres, en levant les bras en signe de victoire.

Ils en détachaient également des morceaux à mesure que des sections entières commençaient à tomber. Lors de cette première visite de routard à Berlin, j’étais un voyageur moins averti, et j’ai acheté un morceau de pierre à un homme qui prétendait qu’il provenait réellement du mur. Avec le recul, je suis désormais presque certain qu’il s’agissait simplement d’un caillou trouvé dans son jardin et peint en violet à la bombe.

Checkpoint Charlie a été établi en 1961 après l’édification du mur de Berlin. Il était principalement utilisé par les diplomates, les militaires, les journalistes et les visiteurs étrangers. (narvikk/Getty Images) 

Quoi qu’il en soit, retracer aujourd’hui une partie du parcours du mur constitue une expérience à la fois intéressante et instructive, en commençant par le célèbre — ou tristement célèbre — Checkpoint Charlie. C’était le principal point de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, et la porte du rideau de fer la plus visible à l’échelle mondiale. La guérite qui se trouve aujourd’hui sur place est une reconstitution de celle qui s’y dressait en 1961.

Les alentours regorgent d’attractions touristiques — y compris une boutique Hard Rock Cafe —, mais j’ai été séduit par un petit musée gratuit situé à quelques pas. Baptisée BlackBox Cold War Exhibition, cette exposition explique comment le poste-frontière a évolué au fil des années et quel impact il a eu sur la ville. Elle rend également hommage aux Berlinois de l’Est désespérés qui ont perdu la vie en tentant de s’échapper, que ce soit par Checkpoint Charlie ou par d’autres moyens.

Deux sections du mur subsistent à proximité. L’une est un court tronçon situé à environ 40 mètres au sud de la guérite. Une portion plus longue du mur intérieur et extérieur se trouve au musée Topographie de la Terreur, à environ cinq minutes à pied vers l’ouest, le long de la Niederkirchnerstrasse. La visite du musée vaut également le détour, mais prenez une profonde inspiration et préparez-vous avant d’entrer. Cet imposant bâtiment abritait autrefois la direction des SS et de la Gestapo, et retrace certains des épisodes les plus sombres de l’histoire.

L’une des dernières sections préservées du mur de Berlin est visible dans la tranchée d’exposition du musée Topographie de la Terreur. (George Wirt/Shutterstock)

La plus longue portion conservée du mur a été transformée en East Side Gallery. Au total, 118 artistes issus de 21 pays l’ont décorée de peintures colorées célébrant la liberté et la démocratie. Préservée comme mémorial national, elle mérite assurément une visite. Cherchez la fresque représentant une Trabant, cette voiture est-allemande notoirement médiocre, en train de « traverser » le mur.

Goûtez à la currywurst — faites-moi confiance, c’est bon

Très bien, suivez-moi sur ce point : de la saucisse et de la poudre de curry. Ensemble, c’est tout simplement délicieux.

Il s’agit d’un plat simple et bon marché inventé par la propriétaire d’un kiosque de restauration dans les temps difficiles et marqués par la faim qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Les ouvriers chargés de reconstruire la ville l’adoraient, et il est devenu une véritable institution locale, avec des centaines de millions de portions servies chaque année. 

La currywurst est devenue l’une des spécialités de street food les plus emblématiques de Berlin. (cciexplore/Shutterstock)

On trouve un petit kiosque à currywurst pratiquement à chaque coin de rue. Pour moi, c’est le repas rapide idéal lors d’une journée bien remplie. Servie dans une sauce épicée à base de tomate avec des frites, une belle assiette vous coûtera environ cinq euros.

Faites un tour en S-Bahn

Pour la plupart des gens, prendre les transports publics va de la simple nécessité à la pure corvée. C’est un moyen de rentrer chez soi après le travail, rien de plus. Mais prendre le S-Bahn est, du moins pour moi, un véritable plaisir.

Ce réseau de trains de surface est vraiment impressionnant. Il comprend 16 lignes et 168 stations. Chaque jour, ses trains transportent en moyenne 1,4 million de Berlinois. Et je ne parle même pas de l’U-Bahn, le métro souterrain, qui en transporte des millions d’autres.

C’est un moyen bon marché, facile et très amusant de visiter la ville. En général, je choisis une heure creuse en milieu de journée pour éviter l’affluence, je m’installe près d’une fenêtre et je regarde Berlin défiler.

L’un de mes tronçons préférés est la Stadtbahn, longue de 12 kilomètres. Cette ligne historique sur viaduc traverse plus de 700 arches de maçonnerie, franchit la Spree jusqu’à l’île aux Musées et passe par certains des quartiers les plus animés et les plus intéressants de Berlin. Autre détail plaisant : on peut dîner dans les restaurants chaleureux aménagés sous les arches pendant que les trains grondent au-dessus.

Montez à bord d’un train et partez pour une excursion d’une journée à Potsdam. Ou contentez-vous de profiter de la ligne S1. Cette ligne nord-sud suit en partie l’ancien tracé du mur de Berlin, vous faisant passer des deux côtés et montrant leur réunification. En chemin, vous verrez certains des sites les plus beaux et les plus célèbres de la ville, notamment le Jardin botanique, la Potsdamer Platz et la porte de Brandebourg. Petit conseil : j’achète généralement un pass journalier, qui coûte 11,20 euros, afin d’éviter d’avoir à prendre un billet à chaque trajet. 

Alexanderplatz, l’une des plus grandes et des plus animées places publiques de Berlin, constitue depuis le XIXe siècle un important carrefour commercial et de transports. (hanohiki/Getty Images)

Faites un détour par la « dent creuse »

Si une grande partie de Berlin a été reconstruite après la Seconde Guerre mondiale, le clocher de l’église du Souvenir Kaiser-Wilhelm constitue une exception très notable. L’église d’origine, inaugurée en 1895, était immense et magnifique, avec cinq tours et suffisamment d’espace pour accueillir des milliers de fidèles. Selon la légende, lorsque ses énormes cloches sonnaient, les loups du zoo se joignaient au chœur.

La majeure partie de l’église fut détruite lors d’un bombardement en 1943, et les Berlinois débattirent de ce qu’il fallait faire du clocher encore debout. Il était gravement endommagé. Ils décidèrent de laisser cette ruine déchiquetée en place, comme rappel des horreurs de la guerre. C’est aujourd’hui un repère distinctif.

Les habitants lui trouvèrent rapidement un surnom : der hohle Zahn, c’est-à-dire « la dent creuse ». Il vaut la peine d’entrer dans la base de la flèche, aujourd’hui transformée en salle commémorative, avec des mosaïques d’origine et des informations sur l’église d’origine ainsi que sur la construction de la nouvelle. 

Construite à l’origine dans les années 1890 dans un imposant style néoroman, l’église du Souvenir Kaiser-Wilhelm a subi d’importants dégâts lors des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. (Jakob Berg/Shutterstock)

Un peu de vert — et de bleu

Je me sens toujours un peu épuisé lors de mes visites à Berlin. Il y a tellement de choses à faire, et c’est une ville au rythme rapide. Mais lorsque j’ai besoin d’une bouffée d’air frais, je n’ai pas à aller bien loin. La capitale allemande est l’une des villes les plus vertes d’Europe, avec près de 60 % de sa superficie couverte d’espaces verts.

Elle compte également une cinquantaine de lacs et trois rivières, ainsi que plus de 30 îles. Le magnifique Tiergarten, qui s’étend sur environ 210 hectares, est toujours un bon choix. Il se trouve en plein cœur de la ville, à quelques pas de la porte de Brandebourg. Parcourez ses sentiers à pied ou à vélo ou, mieux encore — et c’est généralement ce que je choisis —, installez-vous avec une pinte bien fraîche dans un biergarten au bord d’un lac. C’est un endroit agréable pour repenser à votre visite dans cette ville étrange et merveilleuse.

[Source : www.epochtimes.fr]