sábado, 30 de maio de 2026

O home que morría demasiado

Julian Barnes despídese pero queda. O mago dos finais chancea connosco, novela o que se foi e o que nunca foi. E dános o importante: unha boa conversación 

Julian Barnes hai uns días en Barcelona, na presentación do que anuncia como o seu último libro, «As despedidas». 


Escrito por Ana Abelenda

Ante tanta estupidez voluntaria en Instagram hai que apelar á preguiza sen oficio, ao golpe dalgún recordo involuntario (cal madgalena de Proust) e ao sentido dun final. Ao sentido Barnes da literatura e da vida, sempre consciente del memento mori, que é, na visión entre liñas da historia que dá Barnes, como o torrezno nun gaspacho que sabe a pouco pero repite. Con memoria involuntaria nos pellizca o gran Julian cunha entrada desagradable que ten quizá unha intención de chiste para aliviar medos e tensión nAs despedidas. Así que, nesta despedida anunciada, vesche non con pano na estación, senón na sala de espera de urxencias cun paciente ao lado que che conta erros médicos cun involuntario sentido do humor.

Superado ese shock do comezo dAs despedidas, Barnes é xa un convincente Barnes, un Jules que flúe quizais como nunca na anécdota, o humor, o absurdo, con swing para o cotián esencial. Barnes non perde facultades, sabe gañar a confianza do lector cunha intimidade que mantén as distancias. Falando de nada? E de todo. Así é. Barnes anuncia que este será o seu último libro, lémbranos que vivir é unha broma infinita, que hai niveis de vida, de literatura e de verdade e, na súa variedade de anécdotas vai unha de que a certa idade non tes xa a posibilidade de facer «novos vellos amigos», só amigos novos.

Barnes dá o nivel Proust na anécdota, é un mago do paradoxo, duelo que alivia, humor que entristece pero acompaña sexa cal for a situación. E é o home que se vai pero queda. O home que morría demasiado se precipita pola escaleira do último acto da vida como un Fred Astaire das palabras.

Todo un detalle que mencione á ex-xogadora do Vilarreal Virginia Torrecilla como exemplo da forza ás veces tan desgraciada do azar. A elegancia e os cambios de opinión de Barnes sálvannos, dannos o importante: boa conversación. Desta despedida con gato (ou máis ben can) encerrado quedo cun triángulo da amizade que rememora Barnes no corazón da novela. Somos memoria, dinos. Tamén diso que desexamos e nunca chegou a ser. 


[Imaxe: Andreu Dalmau | EFE - fonte: www.lavozdegalicia.es] 



La réunification roumano moldave, test du dogme européen des frontières intangibles

Écrit par Julien Arnoult 

Depuis 1945, le phénomène étatique est marqué par la dissociation des ensembles (décolonisation, éclatement des unions étatiques et des empires). Le mouvement de regroupement volontaire et durable d’États constitue l’exception : Somaliland et Somalie en 1960 pour former l’actuelle Somalie, Tanganyika et Zanzibar en 1964 pour former l’actuelle Tanzanie, Inde et Sikkim en 1975[1], Vietnam du Nord et Vietnam du Sud en 1976, Yémen du Nord et Yémen du Sud en 1990, Allemagne de l’Est et Allemagne de l’Ouest en 1990. Ainsi, la déclaration de Maia Sandu, présidente de la Moldavie depuis 2020, le 12 janvier 2026 dans l’émission britannique « The Rest Is Politics: Leading » sur Youtube, en faveur d’une union de son pays avec la Roumanie – en réalité, une réunification – ne pouvait passer inaperçue. La dirigeante a évidemment pris les précautions nécessaires : elle s’est exprimée à titre hypothétique et personnel, sa parole n’est donc pas officielle. En outre, aucun projet n’est en cours, cette évolution ne fait l’objet d’aucun débat et l’opinion publique n’y est pas favorable. Néanmoins, il n’y a jamais rien d’innocent lorsqu’un chef d’État s’exprime, d’autant plus pour annoncer la disparition de l’État qu’il préside.

Il est encore moins innocent que l’ensemble des dirigeants européens se soit abstenus de tout commentaire, en décalage avec les messages traditionnels de prudence et de circonspection quant à l’évolution des frontières sur le continent. Ce dogme repose sur une opposition politique à un changement. Même la Russie est demeurée mutique quant à la perspective de son ancienne colonie (Empire russe, 1812-1917 ; Union soviétique, 1940-1941 et 1944-1991), alors qu’elle utilise la modification des frontières à chaque fois qu’elle y trouve un avantage, ce qui ne serait nullement le cas avec la réunification roumano-moldave.

En tout état de cause, derrière l’intention voilée de la présidente moldave, des obstacles gisent, qu’ils soient du côté des organisations européennes, des ordres constitutionnels moldave et roumain, et plus largement de l’ordre géopolitique européen. De plus, chaque intention, chaque initiative ou chaque étape d’une telle évolution – si elle advenait – seraient autant d’occasions et de justifications pour la Russie d’intervenir pour l’empêcher et déstabiliser davantage.

Les ressorts implicites d’une réunification

La Roumanie et la Moldavie partagent, pour la majorité de leur population, la même langue, le roumain, la même culture, roumaine, et la même religion, le christianisme orthodoxe. Si de tels éléments étaient suffisants pour revendiquer et justifier une réunion des peuples au sein d’un même État au 19e siècle et au début du 20e siècle, ils sont loin de l’être dans l’ère actuelle. À cela s’ajoute que tout changement d’État – et plus largement de frontière – au profit d’un peuple ouvrirait hypothétiquement la voie à des revendications d’autres groupes ethnolinguistiques transfrontaliers : les Albanais en Albanie, au Kosovo, en Macédoine du Nord et au Monténégro ; les Croates en Croatie et en Bosnie-Herzégovine ; les Serbes en Serbie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro ; éventuellement les Hongrois en Hongrie, en Roumanie, en Serbie, en Slovaquie et en Ukraine ; voire, dans l’absolu, les Grecs en Grèce, en Albanie et à Chypre. Si les cas cités sont juridiquement réglés et que tout changement semble improbable, notamment entre États membres de l’UE, il faut garder à l’esprit qu’aucune situation n’est éternelle. Quant à l’UE, si elle n’a aucune compétence en la matière, une telle perspective entraînerait des conséquences politiques sur l’UE elle-même, dans son organisation interne, entre six de ses États membres (Chypre, Croatie, Grèce, Hongrie, Roumanie, Slovaquie) et entre ces mêmes États avec leurs voisins, qui tous aspirent à rejoindre l’UE. Une telle dynamique appuierait, au surplus, la rhétorique russe justifiant son invasion de l’Ukraine et l’annexion unilatérale de ses territoires : populations russophones considérées comme russes, négation de la culture ukrainienne comme culture propre, culture ukrainienne et territoire ukrainien comme sous-éléments de l’ensemble russe dans lequel ils doivent irrémédiablement se fondre.

L’histoire pourrait appuyer l’argument ethnoculturel de la réunification pour souligner les traits communs. Les deux pays ont justement fait partie du même État, désigné informellement comme la « Grande Roumanie », de 1918 à 1940 et de 1941 à 1944. Auparavant, Roumanie et Moldavie ont connu ensemble les dominations de l’Empire ottoman et de l’Empire russe. Leur expérience étatique commune est donc à la fois lointaine et d’une faible durée. Ces précédents sont eux aussi insuffisants pour clamer actuellement une réunification au nom d’un droit historique… que Maia Sandu ne brandit nullement par ailleurs.

Les principales motivations de la présidente moldave, voilées mais évidentes, sont les adhésions à l’Union européenne (UE) et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). La démarche relève autant de la conviction que de l’instinct de survie. La Moldavie étant incapable seule de se défendre face à une Russie encore plus menaçante depuis la guerre à grande échelle qu’elle mène en Ukraine depuis 2022, fusionner avec la Roumanie permettrait d’intégrer ces deux organisations dont le « pays de Dracula » est membre depuis deux décennies. Du point de vue de la Russie, cela reviendrait à une extension hostile et supplémentaire de l’OTAN qu’elle doit contrecarrer. C’est pourquoi Maia Sandu, dans son discours, est explicite par rapport à la menace russe mais ne cite ni l’UE ni – surtout – l’OTAN.

La réunification roumano-moldave dépasse le cadre des relations entre deux États, qui sont les seuls concernés en apparence, ce que Maia Sandu n’aborde pas. Cette fusion comporterait inéluctablement une dimension institutionnelle européenne à travers l’UE et l’OTAN, qui s’élargiraient territorialement de 33 800 km² – soit une superficie équivalente à celle de la Belgique. L’OTAN aurait même un poids politique et stratégique supérieur, dans la mesure où le traité sur l’UE (article 42, paragraphes 2 et 7) lui reconnaît son rôle fondamental en matière de défense collective pour les 23 États membres des deux organisations.

L’élargissement européen, un raccourci illusoire

La guerre d’invasion de l’Ukraine menée par la Russie, démarrée le 24 février 2022, a fortement accéléré le mouvement d’adhésion à l’UE des pays aspirant à la rejoindre. Une semaine après son déclenchement, la Moldavie déposait sa candidature, soit le 3 mars 2022. L’UE lui accordait le statut de candidat le 23 juin 2022. Cet empressement des parties avait avant tout une valeur symbolique : l’appartenance à l’espace européen démocratique et libéral face à la Russie autoritaire et expansionniste. Les négociations d’adhésion ont débuté le 25 juin 2024, et, un an plus tard, le Premier ministre moldave, Dorin Recean, fixait comme objectif une adhésion d’ici 2028. Entre temps, lors du référendum du 20 octobre 2024, la population moldave approuvait l’inscription dans leur constitution de leur destin européen, certes, à une infime majorité (50,7 % en faveur, avec une participation de 50,3 %).

Il existe cependant un énorme fossé entre ce calendrier annoncé et la réalité de l’élargissement. Une adhésion rapide de la Moldavie à l’UE est infondée et illusoire, sauf à modifier profondément les pratiques. L’Autriche, la Finlande et la Suède ont adhéré à l’UE en 1995, soit trois ans et demi après avoir déposé leur candidature. Ces trois pays avaient un niveau de développement politique, économique et social supérieur à la moyenne de l’Europe des 12 de l’époque, ce qui explique la rapidité du processus, contrairement aux pays candidats des Balkans, d’Europe orientale et du Caucase par rapport à l’actuelle Europe des 27. En revanche, il s’est écoulé 14 années avant que Chypre et Malte intègrent l’UE, en 2004. L’Albanie – dont la démographie et le niveau de vie sont comparables à ceux de la Moldavie – a déposé sa candidature en 2009, s’est vue octroyée le statut de candidat en 2014 et n’a entamé les négociations qu’en 2022. À ce jour, le « pays des aigles » n’a intégré dans son droit aucun des 33 chapitres de la législation et de la réglementation communautaires. En outre, il circule l’idée de procéder à une autre forme d’adhésion, qui serait partielle et graduelle, pour hâter l’intégration et prendre un tournant géopolitique assumé par la Commission européenne. Mais deux obstacles colossaux se dressent face à cette possibilité en apparence simple : mettre d’accord les 27 sur une procédure alternative et convaincre les États candidats. Devant l’ampleur de la tâche, fusionner avec la Roumanie – et renoncer à l’État moldave – servirait de court-circuit permettant à la population moldave d’économiser une voire deux décennies d’attente et d’incertitude, tout en bénéficiant immédiatement des avantages procurés par l’UE.

Quant à l’OTAN, l’affaire est simplissime : la Moldavie n’est pas candidate et ne peut pas l’être. Premièrement, l’ancien « jardin de Moscou » de l’époque soviétique fait partie des rares État qui ont inscrit dans leur constitution (article 11) leur neutralité et interdit explicitement la présence de troupes militaires étrangères[2]. Deuxièmement, l’OTAN laisse la porte fermée à un État qui ne contrôle pas la totalité de son territoire. Cette pratique repose sur un document doctrinal, Étude sur l’élargissement de l’OTAN, publié en 1995 qui admet uniquement les États ayant réglé par la voie pacifique leurs « querelles ethniques », leurs « litiges territoriaux d’ordre externe, y compris des revendications irrédentistes », ainsi que leurs « litiges juridictionnels d’ordre interne » (chapitre 1, paragraphe 6). La Moldavie est exactement dans ce cas : le territoire de la Transnistrie, peuplé principalement de Russes, de Moldaves et d’Ukrainiens, abrite une république sécessioniste soutenue – mais non reconnue – par la Russie, ainsi qu’une installation militaire russe comprenant des troupes et un arsenal dans le village de Cobasna.

Une réunification d’abord constitutionnelle

La réunification roumano-moldave est avant tout une affaire constitutionnelle pour les deux parties.

La disparition de la Moldavie est envisagée de façon à la fois implicite et évidente dans sa constitution : tout ce qui a trait à la souveraineté et l’indépendance de l’État doit faire l’objet d’un référendum (articles 75 et 142). Ce projet se justifierait aussi sous l’angle européen, en adoptant une interprétation large et partisane, donc contestable. En effet, le préambule de la constitution moldave « réaffirm[e] l’identité européenne du peuple de la République de Moldavie et l’irréversibilité du parcours européen de la République de Moldavie » et « déclar[e] l’intégration à l’Union européenne comme un objectif stratégique de la République de Moldavie »[3]. La fusion est donc possible côté moldave.

La dimension constitutionnelle de l’absorption de la Moldavie par la Roumanie est plus large. S’agissant de la fusion à proprement parler, la constitution roumaine est moins explicite que le texte moldave. En effet, « la souveraineté nationale appartient au peuple roumain » pour lequel le référendum est un moyen d’expression parmi d’autres (article 2). Au surplus, un référendum portant sur des « problèmes d’intérêt national » peut être organisé (article 90). Contrairement à la constitution moldave, la constitution roumaine n’oblige pas une consultation directe par le peuple pour une question aussi fondamentale que l’intégration de l’entité moldave. Dès lors, le droit ne suffit pas et la dimension et la volonté politiques prévaudraient pour l’organisation d’un scrutin sur la fusion.

À côté de la fusion stricto sensu, un autre élément est central : la place et la protection des minorités ethniques, linguistiques, culturelles et religieuses. La réunification ne pourrait conduire à un affaiblissement des droits de ces minorités. La Moldavie reconnaît et garantit leur développement (article 10), en mettant en avant l’usage de la langue russe (article 13). La constitution roumaine est plus développée et explicite. Elle reconnaît à ses 19 groupes minoritaires des droits (article 6) existants déjà en Moldavie. Elle prévoit en plus une catégorie de loi que leur est spécifique (article 73), un droit à l’instruction dans leur langue (article 32), l’usage de leur langue avec l’administration publique (article 120), ainsi que des sièges au parlement bicaméral pour « les organisations des citoyens appartenant aux minorités nationales » (article 62). Ainsi, les groupes minoritaires de Moldavie bénéficieraient d’une extension de leurs droits en intégrant la Roumanie. Sur ce point, la constitution roumaine facilite la réunification.

Des obstacles internes insurmontables

En pratique, les obstacles à la réunification sont aussi variés que colossaux.

Côté roumain, l’organisation d’un référendum d’absorption de la Moldavie entraînerait des conséquences institutionnelles. Une large majorité des parlementaires serait d’abord nécessaire pour valider la tenue du référendum (article 151), ce qui implique un consensus politique transpartisan. S’il est possible de trouver cette majorité, son existence est hautement improbable, compte tenu d’une vie politique tumultueuse et instable. La dernière fois qu’un gouvernement roumain a vécu le temps d’une législature, soit quatre ans, remonte à la période 2004-2008. De la fin du gouvernement Popescu-Tăriceanu en décembre 2008 jusqu’à la censure du gouvernement Bolojan le 5 mai 2026, la Roumanie a connu 18 gouvernements. Après l’approbation exprimée lors du scrutin référendaire, de nouvelles élections législatives et présidentielle pourraient être décidées, afin d’accorder une légitimité nouvelle au personnel politique roumain et inclure immédiatement les ex-Moldaves dans le nouveau corps civique. C’est justement ce qu’il s’est passé après la réunification allemande en 1990. Cette longue période référendaire et électorale rendrait la Roumanie encore plus vulnérable aux actions de déstabilisation d’une Russie frustrée d’avoir perdu son influence sur son ancienne colonie. Pour mémoire, la Cour constitutionnelle a annulé l’élection présidentielle de novembre-décembre 2024 (arrêt n° 32 du 6 décembre 2024), après le premier tour et avant le second tour, invoquant diverses manipulations – en s’abstenant de désigner explicitement la Russie, mais qui est visée implicitement. Un nouveau scrutin a été organisé en mai 2025.

Côté moldave, la fusion buterait sur le traitement de l’unité territoriale autonome de Gagaouzie, dont le statut particulier est reconnu par la constitution (articles 73, 110, 111) pour sa population turque, orthodoxe, principalement russophone et dans une moindre mesure turcophone. En plus des spécificités administratives et ethnoculturelles, les choix politiques des Gagaouzes sont opposés au reste du pays. Lors des élections législatives du 28 septembre 2025, l’ensemble des citoyens moldaves votait à 50,2 % pour le Parti action et solidarité, pro-européen et soutien de la présidente Maia Sandu, tandis que les Gagaouzes accordaient leurs suffrages à 82,3 % au Bloc électoral des communistes et socialistes, pro-russe et soutien de l’ancien président Igor Dodon. C’est à l’aune de cette orientation politique que doivent être appréciés les obstacles majeurs suivants. Le premier concerne le maintien de la région de Gagaouzie dans la Moldavie. La loi sur le statut juridique particulier de la Gagaouzie du 23 décembre 1994 prévoit un « droit à l’autodétermination extérieure » si la situation de la « Moldavie comme État indépendant » devait changer (article 1-4). La fusion avec la Roumanie entre pleinement dans ce champ d’application. Pour mémoire, le sujet est sensible, puisqu’une république gagaouze, sécessionniste et non reconnue, a existé au début des années 1990. Cependant, le terme « autodétermination extérieure » est ambigu. S’agit-il d’un référendum sur l’indépendance vis-à-vis de la Moldavie ? D’une fédération, d’une confédération ou d’un État associé avec la Moldavie ? Pour la Russie, cette situation serait une opportunité et une aubaine pour intervenir avec ses méthodes habituelles, notamment la manipulation électorale et la distribution de passeports russes pour ensuite prétendre à la protection politique et militaire de ses nouveaux citoyens – comme elle l’a fait en Géorgie et en Ukraine. Le second obstacle est relatif à l’organisation territoriale interne de la Roumanie. En effet, son échelon le plus élevé est le département (județ, article 3), chaque entité disposant des mêmes compétences. Une Gagaouzie roumaine impliquerait une perte de son statut et ses droits, pour se conformer à l’organisation territoriale roumaine. A contrario, une révision de la constitution roumaine pour en changer son caractère unitaire et indivisible, c’est-à-dire pour accorder un statut d’autonomie à une collectivité locale, est interdit (article 152). Roumanie et Moldavie seraient face à une impasse gagaouze qui révèle les limites de l’approche constitutionnelle du processus de fusion. Quant à la Transnistrie, elle n’existe pas en tant qu’entité administrative dans la constitution moldave. Cette région sur laquelle la Moldavie n’exerce plus son autorité n’est désignée que par les communes qui appartiennent à cet espace et dotées de « conditions spéciales d’autonomie » (article 110-2). Ces communes sont régies par la loi du 22 juillet 2005, dont la rédaction désigne une autorité de Transnistrie sans pour autant la reconnaître. Cette zone grise constitutionnelle complique le traitement institutionnel de cette région dans le cadre de la fusion, y compris celui d’un référendum d’autodétermination externe, à l’instar de la Gagaouzie.

Une cristallisation de la fusion autour de la géopolitique européenne

La faisabilité de la fusion disparaît, en premier lieu, pour des raisons politico-militaires. En effet, l’incorporation de la Moldavie dans la Roumanie conduirait à importer le problème transnistrien et les troupes russes sur le territoire internationalement reconnu d’un État membre de l’OTAN. Il ne peut donc y avoir de Roumanie nouvelle sans un règlement préalable du problème transnistrien... pour lequel la Russie a renoncé depuis 2012 à une résolution pacifique et respectueuse du droit. Pour la Russie, ce serait non seulement le prétexte idéal pour attaquer la Moldavie, avant que la réunification ne soit effective, mais un motif de conflit direct avec l’Alliance atlantique une fois la réunification advenue. Il est fort à parier que les membres de l’OTAN se réuniraient pour exercer une pression monumentale pour contrer la réunification et éviter une guerre avec la Russie. Quant à l’UE, elle n’a pas de doctrine opérante en la matière. La pleine souveraineté d’un État dans ses frontières internationalement reconnues n’est ni un critère d’adhésion ni un critère d’appartenance à l’ensemble communautaire. Elle a déjà accepté au son sein Chypre, malgré le fait que le tiers de son territoire est occupé militairement depuis 1975 par la Turquie – qui y dispose de 35 000 soldats et de matériels terrestres – et politiquement par la République turque de Chypre Nord – entité sécessionniste reconnue par la seule Turquie. Malgré cela, les Européens n’ont pas jugé utile de rompre les négociations d’adhésion avec la Turquie menées depuis 1999. L’UE étant incapable de se faire respecter par sa voisine bicontinentale concernant Chypre, il serait étonnant que les 27 fassent a contrario preuve de courage face à la Russie avec la Transnistrie. La solution de facilité, pour l’UE, serait d’éviter le problème et par conséquent de s’opposer à la fusion.

Toutefois, plusieurs scénarios peuvent être dessinés pour régler le problème transnistrien. Le premier serait celui d’une reconquête militaire pour mettre fin à la république sécessionniste, c’est-à-dire faire la guerre à l’armée transnistrienne et… à l’armée russe ! La Moldavie en serait à ce jour incapable seule et ne pourrait bénéficier d’un éventuel soutien militaire étranger sur le terrain, interdit par sa constitution. Le deuxième serait une solution de réincorporation négociée avec les autorités de facto. Se poserait alors la question du statut de la région : soit elle entrerait dans le droit commun moldave (puis roumain) ; soit un statut d’autonomie lui serait octroyée, ce qui constituerait un obstacle à la fusion du même ordre que la Gagaouzie. Le troisième reposerait sur une reconnaissance de l’indépendance de la Transnistrie. La Moldavie se séparerait alors de son plus gros fardeau sur son chemin vers la fusion avec la Roumanie et vers les organisations européennes. Il est exclu qu’elle reconnaisse le référendum d’indépendance organisé par le pouvoir sécessionniste le 17 septembre 2006. Et elle ne peut organiser, sous son autorité, un référendum sur un territoire qu’elle ne contrôle pas. Au surplus, une révision constitutionnelle par référendum serait obligatoire, même si les nouvelles dispositions n’auraient qu’une portée transitoire en pratique. Pour chacun des scénarios, un appui politique des Européens serait indispensable à la Moldavie face à une Russie exerçant sa tutelle sur la Transnistrie et pouvant faire obstacle à tout progrès grâce au maintien de son armée.

L’autre casse-tête à dimension européenne réside dans les frontières de la Moldavie et de la Gagaouzie, dans l’hypothèse où les habitants de la région autonome choisiraient l’indépendance. Ce territoire, grand comme deux fois la ville de Berlin, est morcelé en quatre espaces non contigus, dont trois ont une frontière avec l’Ukraine et dont deux bénéficient d’une route les reliant à l’Ukraine sans passer par la Moldavie. Quant à la Moldavie, les villages d’Alexandru Ioan Cuza, de Tvardița et de Valea-Perjei sont séparés du reste du pays, avec la Gagaouzie à l’ouest et l’Ukraine à l’est. Les deux premiers villages ne sont accessibles que par une route traversant la Gagaouzie. Puisque la Roumanie appartient à l’espace Schengen, les Gagaouzes seraient contraints d’accepter des contrôles de frontière entre différentes parties de leur pays distants de quelques kilomètres seulement. Se poseraient en parallèle la question du régime de visa pour les citoyens de cette nouvelle république. Ce qui vaudrait pour les Gagazoues vaudrait pour les ex-Moldaves de ces trois villages détachés du territoire continu de la nouvelle Roumanie. Il existe même des villages moldaves uniquement accessibles par la Gagaouzie, alors qu’ils appartiennent au territoire continu de la Moldavie. Dans cette situation, le tracé de la frontière et l’enjeu de son dépassement seraient des sources de tension entre la nouvelle Roumanie et la Gagaouzie indépendante, autant de prétextes pour une intervention russe.

Enfin, il existe aussi l’idée que la Gagaouzie et la Transnistrie demanderaient leur rattachement à la Russie, une fois leur indépendance reconnue. Dans ce cas, la Russie préparerait l’opération grâce à une révision constitutionnelle qui intégrerait les deux régions comme sujets de son ordre « fédéral » (article 65), comme elle l’a fait pour cinq régions ukrainiennes. En se fondant sur son droit, la propagande russe légitimerait une campagne militaire en la qualifiant de « reconquête ». En pratique, ce scénario serait inopérant : la Russie devrait passer par les territoires ukrainien puis moldave, ce qui impliquerait au moins leur occupation, au pire leur annexion.

La réunification roumano-moldave est non seulement inopérante, mais elle créerait davantage de problèmes qu’elle n’en résoudrait, et ce même en postulant que les peuples moldave et roumain veuillent se réunir, ainsi que leur classe politique, selon les principes wilsoniens d’autodétermination et de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Sachant cela, l’opinion personnelle de la présidente moldave est porteuse d’un autre but, à la fois implicite et concret : faire pression sur l’UE pour accélérer son intégration avec un traitement spécifique par rapport aux autres pays candidats. C’est peut-être pour ces deux raisons que la déclaration de Maia Sandu n’a suscité aucun commentaire de la part des dirigeants européens et russe. La position personnelle de la présidente moldave souligne trois choses. La première réside dans l’ingéniosité de l’Union soviétique à tracer des frontières internes inextricables, permettant à la Russie qui lui a succédé de diviser pour régner, à tout le moins d’exercer une influence néfaste et de créer des liens de dépendance. La deuxième a trait à la politique de l’autruche pratiquée par l’UE et par ses États membres concernant la sécurité, l’identité et la géopolitique. En effet, sa solution de facilité consiste à ne rien faire vis-à-vis de ses membres, de ses potentiels futurs membres, de ses partenaires et de ses ennemis, au premier rang desquels se trouve la Russie. La troisième montre que le dogme des frontières intangibles fonctionne surtout… là où il n’est pas menacé, ainsi que dans la préservation du statu quo, en l’espèce l’ordre régional bâti par et pour la Russie contre l’intérêt des peuples concernés.

 

[1] Il a existé un vaste mouvement de regroupement étatique à la suite de la création de l’Inde et du Pakistan. La mosaïque d’États faisant partie des anciennes Indes britanniques a aussi accédé à l’indépendance, mais ont disparu, de gré ou de force, en se fondant dans le Pakistan ou l’Inde, principalement entre 1947 et 1949. En raison de son ampleur et de sa circonscription temporelle et géographique, ce phénomène peut être considéré à part des autres regroupements étatiques.

[2] Malte (article 1-3) est le seul État à remplir les deux mêmes conditions que la Moldavie. Les autres États proclamant uniquement leur neutralité sont l’Autriche (article 9a), le Cambodge (articles 1, 53 et 55), la Suisse (articles 173-1 et 185-1) et le Turkménistan (préambule, articles 2 et 9).

[3] La rédaction du préambule de la constitution moldave relatif à son destin européen est similaire à celle adoptée par l’Ukraine depuis sa révision constitutionnelle du 7 février 2019 : « Soutenant le renforcement de la concorde civile sur le sol ukrainien et confirmant l’identité européenne du peuple ukrainien et l’irréversibilité du parcours européen et euro-atlantique de l’Ukraine ». Au surplus, la constitution ukrainienne attribue à la Rada suprême (article 85, paragraphe 5), c’est-à-dire le Parlement, au président (article 102-3) et au Conseil des ministres (article 116, paragraphe 1-1), c’est-à-dire le gouvernement, une compétence de mise « en œuvre de l’orientation stratégique de l'État en vue de l’adhésion à part entière de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord »

[Source : www.telos-eu.com]

 

S’ha mort a 104 anys Edgar Morin, el pensador de la complexitat, abanderat del compromís

·  Morin va construir tota una metodologia del coneixement humà que desafiava l'especialització academicista dominant i va viure compromés tota la vida amb les causes que considerava justes. 


Escrit per Vicent Partal

Edgar Morin, el sociòleg, filòsof i intel·lectual francès que va dedicar més d’un segle a intentar comprendre el món sense simplificar-lo, s’ha mort ahir divendres 29 de maig a París. Tenia 104 anys. La notícia l’ha confirmada la seva vídua. 

Analista assidu de la societat contemporània, Morin va ser present en tots els grans combats socials i polítics durant més d’un segle. El seu nom real era Edgar Nahoum, però va adoptar el cognom Morin durant la Resistència francesa contra el nazisme, i amb eixe nom va construir una de les obres intel·lectuals més vastes i inclassificables del segle XX. 

Un infant marcat per la pèrdua 

Va nàixer el 8 de juliol de 1921 a París, en el si d’una família jueva sefardita originària de Tessalònica. La seva infantesa quedaria marcada per una pèrdua devastadora: als nou anys, la seva mare va morir d’un atac de cor. Ell descriuria aquest moment com un “Hiroshima interior” que el marcarà per sempre. Des d’aquell instant, el jove Edgar va aprendre a viure amb la incertesa, amb la fragilitat, amb la consciència que res no és simple ni definitiu —una lliçó que travessaria tota la seva obra. 

Va estudiar a la Sorbona, on es va llicenciar en dret i en història. Ben prompte es va acostar als cercles llibertaris que donaven suport a la República espanyola, i el 1942 va ingressar al Partit Comunista Francès, des del qual va participar activament en la Resistència contra el nazisme. El 1951 seria expulsat del PCF per haver criticat la línia estalinista de la direcció: “Va ser com un dolor d’infant, enorme i molt curt”, confessaria anys després. Aquella ruptura traumàtica el convertiria en un pensador radical de la lucidesa crítica. 

La seva gran obra: pensar la complexitat 

L’obra més ambiciosa i reconeguda de Morin va ser La Mètode, sis volums escrits entre 1977 i 2004, en els quals buscava una manera de respondre al desafiament de la complexitat que s’imposa al coneixement i als nostres problemes humans, socials i polítics. Aquesta obra el convertiria en el fonament del que ell va anomenar el “pensament complex”. 

La noció partia d’una intuïció tan senzilla com profunda: que el món no pot ser comprès fragmentant-lo en disciplines estanques. Que la biologia necessita la filosofia, que la sociologia no pot ignorar l’ecologia, que la política és inseparable de l’antropologia. Del mot llatí complexus —allò que és teixit conjuntament— Morin va construir tota una metodologia del coneixement que desafiava l’especialització academicista dominant. 

El compromís sense claudicació

Però Morin no era un pensador reclòs en una torre d’ivori. Al llarg de la seva llarga vida va mantenir un compromís ininterromput amb els grans debats del seu temps. Des dels anys noranta va ser un dels primers intel·lectuals a alertar sobre l’amenaça del col·lapse ecològic. Va escriure sobre la cultura de masses, sobre el cinema, sobre els rumors i els mecanismes de la desinformació —La Rumeur d’Orléans (1969) n’és un exemple pioner, una anàlisi d’una histèria col·lectiva que avui ressona amb força en l’era de les xarxes socials.

El 2002 va cosignar un article al diari Le Monde en el qual denunciava la política israeliana contra els palestins, cosa que li va valdre una denúncia judicial, però que mostrava la coherència d’un home que venia d’una família jueva sefardita i que, precisament per això, creia que cap víctima no té el dret d’esdevenir botxí. Va mantenir la seva postura sempre després.

Un home d’un sol peça intel·lectual

Morin va escriure més de cent llibres i va dialogar públicament amb pensadors tan diversos com Boris Cyrulnik, Jean Baudrillard o Stéphane Hessel. El 2021, en la recepció que li va dedicar l’Élysée per als cent anys, Emmanuel Macron el va qualificar de “pensador universal” i “vigia del planeta”.

Però més que els honors, allò que defineix Morin ha estat la coherència vital: un home que va aprendre als deu anys que la mort forma part de la vida, que als trenta va aprendre que els partits poden trair els seus ideals, i que als cent va continuar escrivint i parlant sense rendir-se al cinisme ni a la resignació.

“La vellesa és com un graó que es puja, no és una escala que davalla cap a la tomba”, va dir en una de les seves últimes entrevistes. I també: “La vida només és suportable si hi introduïm no pas utopia sinó poesia, és a dir, intensitat, festa, joia, comunió i amor.”

Som, doncs, davant un home que va viure  d’acord amb el que pensava, fins al darrer moment.

 

[Font: www.vilaweb.cat] 

La rebelión boliviana puede abrir el camino

El gobierno de Rodrigo Paz llegó al poder con votos populares y los traicionó de inmediato. El ajuste, el alineamiento con Trump y el desmantelamiento del Estado plurinacional desataron una huelga política de masas que pone en jaque su gobernabilidad.


Escrito por Vladimir Mendoza Manjón

Rodrigo Paz asumió el poder ejecutivo a fines de 2025, después de ganar en segunda vuelta con el 54% de los votos a Tuto Quiroga, el candidato de los poderes económicos y los grandes medios. La hazaña electoral fue posible gracias a que Paz y su candidato a vicepresidente recibieron el respaldo de los sectores populares que antes recaía «en bloque» sobre el otrora poderoso Movimiento Al Socialismo (MAS). Paz proviene de una tradición donde amasar poder es para lo único que sirve la política, así que su instinto lo forzó a asumir poses centristas. Pensó cada frase de campaña para diferenciarse de las narrativas de ultraderecha y se esmeró en conectar con los sentidos comunes de las clases populares. Usó esta excepcional oportunidad para llegar al Palacio Quemado y fue usado por las masas obreras y campesinas para cerrarle el paso a la ultraderecha.

Rodrigo Paz y la agenda Trump

La intervención militar y el secuestro del presidente de Venezuela, la agresión sostenida sobre Cuba, las intervenciones indisimuladas en el proceso electoral de Honduras y los salvatajes monetarios al gobierno adicto de Argentina posicionan al gobierno norteamericano como un factor determinante en la presente coyuntura latinoamericana.

La intervención de Casa Blanca sobre la política boliviana tiene evidencias públicas desde mediados de 2025, cuando se organizaron reuniones ampliadas entre organismos financieros internacionales, empresarios privados, operadores políticos de la ultraderecha y todos los candidatos del centro hacia la derecha, incluyendo a Rodrigo Paz, para acordar la nueva agenda gubernamental.

Ni bien asumió el gobierno, Paz conformó un gabinete con el personal neoliberal de los partidos tradicionales, anuló con normativa inconstitucional a su vicepresidente (sospechoso de tener alguna sensibilidad hacia los sectores populares), se distanció de los presidentes progresistas de la región y se incorporó, junto a Milei y Bukele, al club de gobiernos dispuestos a viabilizar en el continente la Estrategia de seguridad nacional de Donald Trump.

En diciembre, el gobierno estrenó su gestión con un Decreto Supremo en el que, además de lanzar un «gasolinazo» —una elevación del 100% en el precio de combustibles—, promovía reformas tributarias regresivas y entregas «exprés» de recursos naturales a las transnacionales. Todo un viraje en política económica que, en los hechos, modificaba disposiciones constitucionales.

La Central Obrera Boliviana (COB) respondió de inmediato y desplegó una movilización que se extendió hasta mediados de enero de 2026, logrando desnudar el contenido antinacional del decretazo gubernamental. La incorporación a la lucha de las comunidades campesinas con su método del bloqueo de caminos terminó definiendo la pulseta a favor del movimiento popular, obligando a Rodrigo Paz a anular su decreto, excepto la cuestión del elevamiento del precio de combustibles.

Después de esta derrota política, la táctica de Paz no cambió un milímetro. Redobló empeños en reunir las fuerzas disponibles para posibilitar su gobernabilidad. Profundizó su sometimiento a Trump firmando un memorándum para la entrega del litio y tierras raras y abriendo las puertas a operaciones de la DEA; empezó un proceso compulsivo de endeudamiento (en seis meses de gestión el gobierno ha elevado la deuda de 6 a 14 mil millones de dólares) para garantizar la obsecuencia del Estado a la política económica de los organismos supraestatales dependientes del imperialismo. Paz y toda la derecha boliviana tienen una confianza ciega en que el alineamiento absoluto con EEUU les proveerá la gobernabilidad relativa que gozaron en los años ochenta y noventa del siglo XX. Simultáneamente, el gobierno quiere lograr una mayoría parlamentaria estableciendo una coalición de facto con los demás partidos de derecha, sin haber logrado aún aprobar ninguna reforma significativa. Sí consiguieron dar otra señal de buena voluntad con los intereses de los grupos empresariales, aprobando la Ley 1720, un mecanismo legal para promover el despojo de las pequeñas propiedades agrarias de las familias campesinas y la mayor acumulación a favor de los gamonales.

El conjunto de estos hechos explica en buena medida la rebelión popular que actualmente tensiona al país. El Estado plurinacional de Bolivia, formado en 2009, significa principalmente un Estado captador del excedente y distribuidor de la riqueza social; supone también la participación de los pueblos indígenas a través de representación propia en las instituciones. Ambas cosas, conseguidas con grandes luchas que marcaron puntos de inflexión en la historia del país, están buscando ser borradas de un plumazo por el gobierno de Paz.

Crisis de Estado

Bolivia fue conocida durante mucho tiempo por su crónica inestabilidad política. Su aparato estatal, lejos de jugar un rol articulador del todo social, fungía como herramienta de uno de los bandos, colisionados en disputa permanente. En su historia de insurrecciones populares y golpes militares, solo el período del 2005 al 2019 puede verse como una relativa excepción. Por supuesto, hubo conflictividad, generada no por el movimiento de masas sino por las clases con poder económico y comunicacional, es decir, las minorías sociales. Los índices de estabilidad política surgieron con la configuración de un nuevo régimen, el Estado plurinacional, sostenido en dos pilares clave: la participación directa del movimiento indígena-campesino en el poder político y la ampliación de derechos sociales gracias a los ingresos provenientes de la renta del gas.

Las elecciones de 2025 dieron como ganador a un gobierno cuyo programa apunta a destruir ambos sostenes del Estado. La participación indígena ha venido siendo proscrita y burlada de diversas formas, incluyendo las últimas elecciones subnacionales en las que el candidato oficialista fue declarado «ganador» de la gobernación de La Paz sin segunda vuelta. Paralelamente, la agenda gubernamental de Rodrigo Paz está lastimando aspectos sensibles de la legitimidad estatal: recorta los proyectos de desarrollo rural y deteriora rápidamente la calidad de vida de las grandes mayorías. La gestión gubernamental plantea, de conjunto, una contrarreforma estatal oligárquica y antipopular.

Por su parte, la revuelta popular en curso busca frenar en seco la agenda neoliberal del trumpismo boliviano, de ahí su forma de huelga política de masas. Rosa Luxemburgo llamó así a las explosiones sociales que combinan demandas económicas y políticas. La consigna de «fuera Rodrigo Paz» que se enarbola en los bloqueos campesinos y las manifestaciones obreras plantea una salida política a la crisis a través de la convocatoria a nuevas elecciones nacionales y está enlazada con un rechazo enérgico al programa de recortes fiscales y privatizaciones del actual gobierno.

La demanda de renuncia del presidente y el rechazo al programa económico de la derecha son las dos piernas con las que camina la movilización social. Hay un desnivel evidente entre ellas. Después de todo, la aversión de las masas a la agenda neoliberal no explicita todavía un programa alternativo con arraigo en sus organizaciones. Solo una combinación de ambos factores: representación política surgida de las masas con una agenda económica de reformas progresivas, podría viabilizar una alternativa política que, en caso de suceder a la derecha en el gobierno, tendría gobernabilidad plausible.

Perspectivas de la rebelión popular

Las movilizaciones de las multitudes plebeyas se gestaron a fines de abril y a la fecha (última semana de mayo) se muestran vigorosas. Sus trincheras de avanzada son los bloqueos de caminos, los cuales se combinan con incursiones multitudinarias de hileras de gente que inundan la ciudad de La Paz y desbordan cualquier intento de aplacamiento represivo de la policía y las fuerzas armadas. En las últimas jornadas, la lucha se ha expandido más allá de La Paz alcanzando las áreas rurales de otros departamentos como Potosí, Cochabamba, Chuquisaca y Santa Cruz. Al momento, los puntos de bloqueo suman sesenta, la mayoría de ellos situados en el occidente andino del país.

Aun así, la lucha no ha adquirido el volumen suficiente para liquidar al gobierno de Paz y forzar su renuncia. Su debilidad fundamental está en las urbes. Solo El Alto, la capital aymara, ha aportado importantes contingentes de barrios obreros y populares para engrosar la presión; las centrales obreras y organizaciones vecinales de otras ciudades importantes, como Cochabamba y Santa Cruz, todavía no se han incorporado. La derecha reaccionaria aprovecha esta debilidad para organizar reducidos mitines contra los bloqueos de caminos, pidiendo al gobierno la represión sangrienta de los movilizados, y su voz es amplificada por su aparato mediático. Entre la presión de la ultraderecha y la lucha popular, el gobierno de Rodrigo Paz ha estado optando principalmente por esperar el desgaste de los bloqueos, confiando en que los objetivos maximalistas de la movilización social solo pueden ser logrados si la revuelta se transforma en un huracán que lo barra todo. Si ello no ocurriera, confía el gobierno, los combatientes se verían obligados al repliegue y la posible desmoralización.

El gobierno se aferra a una posibilidad realista; en contextos tan tensos como el boliviano, pueden desencadenarse saltos abruptos e imprevisibles, provocados por situaciones contingentes. Ese no es, en todo caso, su mayor problema. No hay mejor ejemplo de la ruina del pragmatismo político que el actual gobierno boliviano. Todo su modo de operar, desde la campaña electoral hasta el presente, ha situado al gobierno de Rodrigo Paz en un campo de minas. Se encuentra incapacitado para llegar a acuerdos que desactiven la movilización social, pues ello lo obligaría a asumir compromisos de corte estratégico (como no modificar la Constitución y abstenerse de privatizar empresas y recursos, por ejemplo). El carácter político del presidente lo llevaría a firmar esos compromisos solo para pisotearlos al día siguiente, tal como ha venido haciendo: seguiría quemando en tiempo récord la escasa credibilidad que le resta y arriesgándose a enfrentar nuevamente la furia de las barricadas. El gobierno se ha colocado en una situación en la que cumplir con quienes lo llevaron al cargo implica incumplir con la oligarquía y con Trump, y viceversa.

El desafío para el movimiento popular está en superar el desarrollo desigual de su subjetividad política. En su interior conviven posturas muy diversas: desde los radicales, que no están dispuestos a ceder hasta lograr la renuncia del presidente; pasando por quienes aceptarían compromisos intermedios; sectores que, rechazando la movilización «política», aceptan una que plantee demandas «económicas»; hasta llegar a una amplia franja que, pese a su malestar con el gobierno y la situación del país, por ahora no tiene intención de sumarse a la lucha. Este desigual desarrollo ocurre en medio de contradicciones y tensiones internas en las organizaciones plebeyas. La superación de esas tensiones para construir una perspectiva política nacional es una tarea ineludible (tal como ocurrió en el ciclo de luchas de 2000-2005, cuando se forjó la llamada «Agenda de octubre», cuyos ejes centrales fueron la nacionalización del gas y la convocatoria a una Asamblea Constituyente). En esa tarea, el papel de las izquierdas y los luchadores sociales resulta clave.



[Fuente: www.jacobinlat.com]

Bachelierat: l’occitan e las autras lengas minorizadas seràn integradas als examens d’especialitat a partir de 2028

Los liceans que fagan una especialitat en occitan poiràn far l’examen correspondent en aquela lenga a partir de la session de bachelierat de 2028

Escrich per Jòrdi Ràfols

Lo bachelierat francés evoluirà a partir de 2028 per tal de prene melhor en compte los trajèctes bilingües en lengas dichas regionalas. Segon Le Monde, lo ministre de l’educacion, Édouard Geffray, a anonciat que los liceans qu’aurián seguit una especialitat en d’autras lengas de l’estat francés poirián d’ara enlà passar l’espròva correspondenta en aquela meteissa lenga.

Cossí foncionaràn las espròvas?

Concretament, un escolan qu’a estudiat una matèria d’especialitat – coma las matematicas o l’istòria-geografia – pendent las annadas de primièra e de terminala en una lenga coma l’occitan poirà passar l’espròva en aquela lenga al moment de l’examen. Lo subjècte demorarà identic a aquel prepausat en francés, mas serà traduch. Aquela mesura s’aplicarà pasmens a una sola de las especialitats finalas, ja que l’autra aurà obligatòriament d’èsser preparada e avalorada en francés. Per exemple, «un escolan qu’aja seguit l’especialitat de matematicas en breton la poirà passar en breton, e l’especialitat fisica-quimia en francés», çò diguèt Geffray.

Lo grand oral seguirà la meteissa logica, la partida que pòrta sus l’especialitat concernida poirà èsser presentada en la lenga causida.

Fins ara, los escolans escolarizats dins de filièras bilinguas devián passar lors espròvas en francés, levat quand la lenga dicha regionala constituissiá ela meteissa l’especialitat. Lo ministèri presenta aquela reforma coma una reconeissença dels trajèctes bilingües e assegura que remet pas en causa la plaça centrala del francés dins lo sistèma educatiu.

Jos pression de mobilizacions creissentas

Aquela nòva  disposicion arriba dins un contèxt de mobilizacion creissenta en sosten a las lengas pròprias non oficialas. Dempuèi la reforma menada per Jean-Michel Blanquer en 2019, divèrses grops e associacions an denonciat l’espaci limitat balhat a aquelas lengas dins l’examen del bachelierat. Aquelas demandas an recentament ganhat de vam, particularament amb las mobilizacions dels liceans bascos de Baiona pel drech de far lors examens en basco. Davant aquela pression sociala e associativa, lo Ministèri de l’Educacion a pauc a cha pauc dobèrt lo camin a una tièra de mesuras que permetràn fin finala d’administrar los examens de bachelierat dins las divèrsas lengas autoctònas de l’Estat, dont l’occitan.

[Sorsa: www.jornalet.com]

sexta-feira, 29 de maio de 2026

Zohran Mamdani rompe seis décadas de tradición al ausentarse del Desfile del Día de Israel

El alcalde de Nueva York, Zohran Mamdani, rompe 62 años de tradición al ausentarse del Desfile del Día de Israel, por considerar que su lema de este año, sobrepolitiza el acto. En principio, se sabe que delega la representación institucional en otros cargos, manteniendo su coherencia entre sus convicciones y responsabilidades civiles.

No asistir no es boicotear. Gobernar la diversidad desde la coherencia: eso es lo que Mamdani aporta en la Quinta Avenida en 2026.

Escrito por Ángel Sanz Montes

De modo que la Quinta Avenida de Nueva York acogerá este domingo 31 de mayo una edición histórica del Desfile del Día de Israel Israel Day on Fifth«). Sin embargo, el foco mediático no está en la seguridad ni en los asistentes, sino en una sonada ausencia institucional. El alcalde Zohran Mamdani ha confirmado que no participará, rompiendo una tradición de 62 años. Ahí surge la confusión. Algunos han politizado su decisión, pero Mamdani no se equivoca, el lema es sionista y eso es una ideología, que, en Nueva York, ni siquiera representa a todos los judíos (según Medios y Redes). Ese es el distingo que le lleva a no asistir.

El evento de este año, bajo el lema: —«Orgullosos estadounidenses, orgullosos sionistas», pretende convertir una fecha habitual del calendario festivo neoyorquino en la mayor concentración mundial de apoyo a Israel, fuera de sus fronteras. Eso va más allá de una mera celebración de la riqueza de la comunidad judía Algo similar a lo que hacen los irlandeses con su desfile por san Patricio. Mientras «aquel día grande» sigue siendo ante todo una fiesta de identidad; este lema elegido para «Israel Day on Fifth 2026» convierte la celebración en una manifestación de apoyo explícito a Israel. Esa es la diferencia, el orgullo de lo irlandés no exige tomar partido por las políticas de Dublín. El lema sionista, por definición, sí.

La decisión de Mamdani —primer alcalde musulmán, socialdemócrata y crítico (dentro de ciertos límites) de la política exterior estadounidense en Israel— ha abierto una brecha política. Aquí hay que aclarar, además, que el sionismo como ideología secular surgió en los siglos XVIII y XIX en círculos evangélicos británicos aristocráticos, lo cual no tiene por qué confundirse con la existencia de Israel, ni con la celebración de su día. Dicho esto: feliz «Israel Day on Fifth», pero sin proclamas políticas o ideológicas.

Argumentos del alcalde: seguridad sí, ideología no

Mamdani emitió un comunicado a través de la Jewish Telegraphic Agency desmarcando su postura ideológica de sus responsabilidades civiles. Según recoge The Business Standard, el alcalde aseguró que su administración facilitará todos los permisos y desplegará seguridad para que el desfile transcurra de forma pacífica. —«Mi ausencia no debe confundirse con una negativa a proporcionar seguridad» —declaró. —«Creo en la igualdad de derechos para todos, y ese principio me guía». —Añadió que seguirá asistiendo a actos que celebren la cultura judía neoyorquina.

Boicot cruzado y alta tensión

La explicación no calmó a las principales organizaciones judías, que defienden el desfile como un acto cívico, no político. La Federación UJA y el Consejo de Relaciones de la Comunidad Judía (JCRC) boicotearon la celebración anual de la Herencia Judía en Gracie Mansion, negándose a participar con un líder que, a su juicio, «niega el pilar central de nuestra herencia: Israel como patria del pueblo judío». Durante el evento, Mamdani mantuvo su firmeza en cuanto a combatir lo delitos de odio. Reconoció el repunte del antisemitismo al comentar que la comunidad judía es el 12% de la población pero sufre más del 50% de los delitos de odio, y reafirmó al respecto, que su lucha contra la discriminación es innegociable. Sea de la condición que sea.

Críticas políticas y protestas

El exdirector de la Oficina para Combatir el Antisemitismo de la anterior alcaldía, Moshe Davis,  relevado tras la llegada de Mamdani, acusó al actual alcalde de asestar un golpe a las alianzas tecnológicas y sanitarias de la metrópoli. Pero de si perfilar se trata, Moshe Davis incurre en esa declaración y otras, en el síndrome del Armagedón permanente. Muy propio de cierta forma de hacer política, donde cualquier gesto que no se alinee absolutamente con su dogma «es el principio del fin». El personaje es conocido por su «Sledgehammer approach» (mazazo coordinado, inapologético e inmediato).

El conflicto adquirió una dimensión geopolítica, que no tenía, al intervenir el cónsul general de Israel en Nueva York, Ofir Akunis (Likud), instando a una participación masiva para neutralizar el supuesto mensaje de la alcaldía de NY. La presión del consulado y de grupos de presión busca blindar la narrativa israelí, en un momento crítico de escrutinio internacional (véase Portal del Consulado de Israel en Nueva York). El martes, el colectivo End Jew Hatred protestó ante Gracie Mansion contra decisiones de Mamdani, como su veto en abril a un proyecto de ley de zonas de amortiguación en centros educativos. Queda claro, pues, quiénes sobredimensionan políticamente un día festivo y quiénes trazan distinciones a la hora de proteger a las comunidades. Porque, si se exigen zonas de amortiguación para las jeshivás y escuelas judías. ¿No deberían aplicarse también a las escuelas musulmanas, católicas o evangélicas? ¿Acaso los niños de otras confesiones no son también hijos de Dios? El problema no es que Mamdani actúe mal; el problema es que se le pide a él lo que otros no se exigen a sí mismos.

Gobernar la diversidad desde la brecha

Mamdani delegará la representación institucional en figuras de segundo nivel; él no respaldará un lema que equipara la fe judía con el sionismo militante. Distingue entre sus responsabilidades de gestión (seguridad, orden público, derechos civiles) y la validación de una agenda de política exterior que hoy está siendo investigada por tribunales internacionales. En una Nueva York marcada por la geopolítica, el gesto del primer alcalde musulmán sienta un precedente. Puede asistir o no.

Que una comunidad celebre su identidad y conmemore la Resolución 181 —que creó el Estado de Israel—, no puede convertirse en un aval automático e ideologizado entorno a todo lo que ese Estado hace militar y políticamente en Oriente Próximo. Ni mucho menos imponer al alcalde de Nueva York la obligación de asistir. Puede estar con paperas en casa. Justo ahora (mayo 2026) hay un brote real de paperas en Nueva York y Nueva Jersey, así que no es tan descabellada… Por la Quinta Avenida de NY se marchará el próximo domingo para celebrar «Israel Day on Fifth», pero el mapa político de Nueva York ha cambiado. Porque, salvando las distancias, hasta el papa sabe que hay cosas que no se pueden bendecir; y un alcalde puede tenerlo igual de claro, con menos peso institucional y sin los aspavientos que algunos pretendían provocar con su ausencia.

[Imagen de ChatGPT Image - fuente: www.pressenza.com]


Identité de genre: généalogie d’une catégorie politique

Écrit par Céline Masson

Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste va introduire une interdiction longtemps retardée des « thérapies de conversion » malgré des inquiétudes selon lesquelles cela pourrait criminaliser des parents et des médecins. Le projet de loi intitulé Draft Conversion Practices Bill, qui concernera l’Angleterre et le Pays de Galles, interdira les tentatives visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Mais que veut dire au juste « identité de genre » ?

En l’espace de deux décennies, l’expression « identité de genre » a connu une carrière fulgurante. D’abord confinée au vocabulaire clinique, elle s’est imposée dans la médecine, le droit, l’éducation, l’administration et le langage courant. Elle désigne le fait de « se sentir » homme, femme ou non binaire : une expérience intime, subjective, fondée sur le ressenti. Or ce qui relevait hier de la sphère privée est devenu une catégorie publique dotée d’effets juridiques, médicaux et sociaux considérables.

Ce basculement n’est pas anodin. Il marque l’émergence d’une nouvelle manière de penser le sujet : non plus à partir de son corps sexué, mais à partir d’une identité ressentie, tenue pour centrale et décisive. « Le sexe est ce que l’on voit ; le genre est ce que l’on ressent », disait l’endocrinologue et sexologue Harry Benjamin (un des premiers médecins à prendre en charge des personnes transsexuelles ; il donna son nom à l’ancêtre de la WPATH qui s’appelait l’Association internationale Harry Benjamin pour la dysphorie de genre).

Cette catégorie, érigée en évidence sociale, résume le déplacement en cours : le ressenti subjectif tend à prévaloir sur la réalité biologique.

L’« identité de genre » s’est ainsi progressivement substituée au sexe. Elle n’est plus seulement une notion descriptive : elle structure désormais des droits, oriente des pratiques médicales, organise des politiques publiques. Elle constitue une catégorie opérationnelle dont individus et institutions peuvent se saisir pour agir.

D’une catégorie clinique à une catégorie sociale

Historiquement, la notion d’identité de genre apparaît dans les années 1960 dans un contexte médical précis : celui de ce qu’on nommait hermaphrodisme (aujourd’hui « variations du développement sexuel » ou VDS) et du transsexualisme adulte. Les psychiatres Robert Stoller, Ralph Greenson puis le psychologue John Money l’emploient pour désigner le sentiment d’appartenance à un sexe. Cette notion sert alors à guider des décisions cliniques rares et complexes, répétons-le, rares et complexes : assignation sexuelle chez des enfants intersexes, accompagnement de patients transsexuels adultes.

À l’origine, il ne s’agissait ni d’une catégorie universelle ni d’un principe général d’intelligibilité du rapport au sexe. Elle désignait des situations exceptionnelles, très exceptionnelles, se présentant dans un cadre médical appelant des réponses et des soins au vu des souffrances affectant la qualité de vie des patients. La « dysphorie de genre » – terme introduit plus tard pour remplacer celui de « trouble de l’identité de genre » – renvoyait à une souffrance spécifique, minoritaire, très minoritaire, nécessitant une évaluation clinique rigoureuse et un diagnostic précis.

À partir des années 1990, sous l’effet conjugué des mouvements militants, de l’évolution des normes sociales et de la valorisation de l’autonomie individuelle, le privilège donné à l’intime, lieu et forme du sacré dans les sociétés sécularisées, la catégorie s’est progressivement dévoyée. Elle est devenue « sociétale ». Dépathologisée et valorisée sur le plan sociosymbolique comme figure de l’authenticité, elle a simultanément et paradoxalement été médicalisée : la reconnaissance de l’identité de genre comme identité légitime et modèle d’émancipation fondée sur le désir d’« être soi » a ouvert l’accès à des traitements hormonaux et chirurgicaux destinés à aligner le corps sur le ressenti invoqué. Ce double mouvement – dépathologisation et médicalisation – constitue l’un des paradoxes majeurs de notre société contemporaine qui se veut « inclusive » et en lutte contre les discriminations. La médecine s’est alors pour partie mise au service du programme postmoderne d’émancipation du corps perçu comme aliénation, servitude et finitude des individus.

Une catégorie devenue politique

Au fil du temps, l’identité de genre a quitté le champ strictement clinique pour devenir une catégorie politique et juridique. Elle peut être invoquée pour modifier l’état civil, accéder à des soins dits « affirmatifs », revendiquer l’usage de pronoms spécifiques ou l’accès à des espaces réservés selon le sexe. Dans une vingtaine de pays, le changement de sexe juridique repose désormais sur l’auto-identification déclarative.

Ce passage de l’intime au collectif a radicalement modifié les cadres institutionnels. Les administrations collectent des données sur l’identité de genre ; les écoles intègrent cette notion dans leurs programmes ; les entreprises l’incluent dans leurs politiques de diversité. Ce qui relevait d’une expérience subjective, est devenu une catégorie administrative et statistique publique.

L’institutionnalisation de l’identité de genre lui confère un pouvoir symbolique inédit. Elle redéfinit les modalités d’appartenance sociale, les critères de reconnaissance et les frontières du droit. Elle transforme aussi la manière dont chacun est invité à se penser lui-même.

Le tournant médical et ses controverses

C’est dans le domaine médical que les effets de cette transformation apparaissent avec le plus de netteté. Depuis les années 2000, le modèle des soins dits « affirmatifs » s’est imposé : il consiste à reconnaître et soutenir l’identité de genre déclarée par le patient, et à proposer, si nécessaire, des interventions hormonales ou chirurgicales pour aligner le corps sur cette identité.

Initialement réservé aux adultes, ce modèle a été progressivement étendu aux enfants et aux adolescents. Des cliniques spécialisées – Gender Identity Clinics – se sont multipliées. En France, on en compte aujourd’hui une vingtaine. Les demandes ont augmenté rapidement, notamment chez les adolescentes, souvent sans antécédents de dysphorie dans l’enfance et présentant fréquemment des troubles anxieux, dépressifs ou du spectre autistique.

Cette évolution s’est opérée sans véritable débat public préalable. Longtemps présentée comme l’expression d’un consensus scientifique, elle repose pourtant sur des bases empiriques fragiles. Les données longitudinales sur les effets à long terme des traitements restent limitées ; plusieurs évaluations indépendantes européennes ont conclu à un niveau de preuve faible concernant leurs bénéfices.

Parallèlement, des inquiétudes émergent quant aux risques iatrogènes : médicalisation à vie, interventions irréversibles, regret ultérieur de certains patients. Des procès intentés par des jeunes adultes ayant entrepris une « détransition » commencent à se multiplier, révélant la complexité des trajectoires individuelles.

Une catégorie qui remanie la subjectivité

Indépendamment des controverses médicales, l’identité de genre a modifié en profondeur la manière dont il est possible de se définir. Elle propose un nouveau modèle de subjectivité : chacun serait porteur d’une identité intime, authentique, qu’il conviendrait de reconnaître et d’affirmer. Cette conception, séduisante par sa promesse d’autonomie, tend toutefois à figer des expériences souvent évolutives surtout chez les adolescents.

Car l’identité, lorsqu’elle devient une catégorie administrative et juridique, se stabilise. Ce qui relevait d’un processus subjectif – l’identification, toujours mouvante – se trouve fixé sous forme d’identité déclarée. La quête de soi se transforme en affirmation de soi. Le doute, constitutif de l’expérience humaine, cèdent la place à la certitude identitaire.

Dans le cas des adolescents, ce déplacement soulève des questions particulières. L’adolescence est par définition un temps de remaniements identitaires, de questionnements corporels et existentiels. Lorsque l’identité de genre devient le principal cadre d’interprétation de ces bouleversements, elle peut offrir un repère, mais aussi figer des expériences transitoires, des ressentis fragiles et changeants surtout à l’adolescence.

Un débat qui dépasse les clivages politiques

Contrairement à ce que suggèrent certaines caricatures, la controverse autour de l’identité de genre ne se réduit pas à un clivage entre conservateurs et progressistes. Les critiques émanent de féministes, de médecins, de chercheurs, de parents, de personnes trans elles-mêmes. Elles portent moins sur l’existence des personnes concernées que sur les usages institutionnels d’une catégorie devenue consensuelle.

Le débat touche à des questions fondamentales : la relation entre sexe et genre, entre corps et subjectivité, entre autonomie individuelle et responsabilité collective. Il interroge la capacité des sociétés contemporaines à penser la complexité sans céder à la simplification idéologique.

L’identité de genre, en tant que catégorie politique, n’est pas appelée à disparaître. Mais son extension rapide et son institutionnalisation généralisée exigent une réflexion critique. Car toute catégorie qui structure le droit, la médecine et l’éducation produit des effets : elle façonne les représentations, oriente les pratiques, transforme les subjectivités.

Comprendre la généalogie de l’identité de genre, c’est se donner les moyens d’en penser les usages. Non pour nier les expériences et souffrances individuelles, mais pour éviter qu’une notion née dans un contexte clinique spécifique ne devienne, sans examen, un principe universel d’organisation du monde social.


Je remercie la philosophe Isabelle de Mecquenem pour sa relecture éclairée. 

[Source : www.telos-eu.com]