sábado, 31 de outubro de 2026

Élections législatives en Israël : le pays a un avenir à la seule condition d’un partenariat judéo-arabe

 

Sur une route bloquée pour empêcher des colons israéliens d'entrer dans la ville de Sinjil, en Cisjordanie, le 24 octobre 2026.

Écrit par Dror Mishani 

Ce mardi matin du 27 octobre a été l’un des plus beaux dont je puisse me souvenir en Israël depuis bien longtemps. Contrairement aux prévisions, il n’y a pas eu de pluie ; le ciel était dégagé, et l’air froid et vif. Dans l’école située dans un quartier mixte de Jaffa, où nous distribuions des tracts pour la Liste unifiée (Meshutefet), les électeurs ont commencé à arriver dès sept heures, au moment de l’ouverture des bureaux de vote.

On y croisait des Arabes et des Juifs, des personnes âgées, des jeunes votant pour la première fois, ainsi que des familles entières. Abu Adel, un habitant du quartier âgé de 80 ans, a fait remarquer qu’il n’avait jamais vu autant de monde se déplacer pour voter. Il est militant politique depuis les années 1960, à une époque où la Liste unifiée était encore communiste. «Je vois ici des gens qui n’ont jamais voté de leur vie, a-t-il déclaré. Aujourd’hui, enfin, tout le monde comprend qu’il faut vaincre les fascistes et Benyamin Nétanyahou. Si nous ne les chassons pas du gouvernement, nous ne pourrons plus continuer à vivre ici».

Une coopération politique entre Juifs et Arabes est possible

À ses côtés, se trouvait une jeune femme juive, arborant une coiffure punk, un anneau au nez et un tee-shirt sur lequel on pouvait lire : «Fuck Ben-Gvir». Dans ce quartier de Jaffa, mardi matin, il était évident qu’une coopération politique entre Juifs et Arabes, fondée sur une égalité totale et la solidarité, est bel et bien possible en Israël.

Ce serait une erreur de prétendre que les élections qui se sont tenues en Israël cette semaine n’ont pas abouti à un résultat décisif. En réalité, je ne me souviens pas d’une campagne électorale ayant abouti à un résultat aussi net.

Elle a placé la société israélienne et ses dirigeants politiques face à un choix tranché : un véritable partenariat judéo-arabe à la Knesset et au gouvernement, ce qui mettrait fin au règne du gouvernement d’extrême droite de Benyamin Nétanyahou, ou bien la capitulation face à la propagande raciste du Premier ministre et de ses partisans, qui soutiennent qu’il est illégitime de former un gouvernement avec des partis arabes.

C’est là le choix auquel sont confrontés les dirigeants des partis juifs qui s’opposent à Nétanyahou : Gadi Eizenkot, Naftali Bennett et Avigdor Liberman. Ils ont la possibilité de former un gouvernement avec les partis arabes. S’ils franchissent ce pas, le mandat de Nétanyahou prendra fin. Autrement, ils pourraient, une fois de plus, se plier au tabou historique de la politique israélienne et exclure les partis arabes de toute alliance gouvernementale. Au lendemain des élections, un ami m’a dit : «C’est l’occasion de prouver que leur sionisme n’est pas du racisme». Reste à voir s’ils saisiront cette opportunité.

La droite israélienne devient de jour en jour plus violente

Il faut admettre que la pression exercée sur les dirigeants des partis juifs pour les dissuader de former une coalition avec les partis arabes est immense. La droite israélienne devient, de jour en jour, plus violente et plus dangereuse. Depuis les élections, elle se déchaîne et menace de devenir incontrôlable. Nétanyahou et ses partenaires de coalition, une coalition marquée par le massacre à Gaza et la guerre contre l’Iran, sentent que leur éviction est possible et mettent tout en œuvre pour l’empêcher.

Ils soutiennent que les voix arabes devraient être invalidées, sous prétexte qu’elles auraient été achetées, et qu’intégrer des partis arabes à un gouvernement israélien équivaudrait à une trahison. Quiconque soutient publiquement la formation d’un gouvernement fondé sur un partenariat judéo-arabe est aussitôt qualifié d’ennemi. Le président américain Donald Trump fait aussi pression sur les dirigeants de l’opposition pour qu’ils rejoignent Nétanyahou, forment avec lui un gouvernement juif et lui permettent de rester Premier ministre, afin qu’il puisse poursuivre la guerre à ses côtés.

Face à cette pression intense, exercée par des agents du chaos, de la destruction et de la haine, tant en Israël qu’à travers le monde, se dressent ceux qui croient qu’un partenariat judéo-arabe est possible et nécessaire. Depuis mardi, nous nous battons pour cela. Des organisations de gauche publient des déclarations de soutien à Eizenkot, cherchant à l’encourager à opter pour un véritable partenariat fondé sur l’égalité. Des artistes et des universitaires signent des pétitions.

Y parviendrons-nous ? Je l’ignore. L’histoire des nations est jalonnée de moments où des choix cruciaux s’imposent. Celui-ci est sans doute l’un des plus déterminants auxquels nous ayons assisté.

Une voie pour réparer l’injustice historique infligée au peuple palestinien

Si les dirigeants du centre juif en Israël osent briser ce tabou historique pour nouer un partenariat judéo-arabe, alors peut-être cette terre a-t-elle encore un avenir. Cela pourrait marquer le début d’une nouvelle trajectoire politique, une voie qui mènerait un jour à la réparation de l’injustice historique infligée au peuple palestinien, à la fin de l’occupation et à l’instauration d’une vie commune fondée sur une pleine égalité civique.

S’ils n’y parviennent pas, s’ils cèdent à la pression de Trump, aux menaces de guerre civile proférées par la droite fasciste, à la lâcheté ou à un racisme historique profondément enraciné, et s’ils annulent de fait les suffrages de près d’un million de citoyens arabes d’Israël qui aspiraient à un partenariat avec eux, alors ce sera une étape supplémentaire sur la voie inéluctable qui conduit Israël vers une théocratie raciste.

Quelle différence y a-t-il, au fond, entre refuser a priori de former un gouvernement avec des Arabes et les priver de leur droit de vote ? Si leurs voix ne pèsent rien au sein de la démocratie israélienne, autant leur interdire purement et simplement de voter. Et si Nétanyahou, Ben-Gvir et Smotrich devaient se maintenir au pouvoir, il est fort probable que l’on finisse par en arriver là.

Samedi, nous descendrons dans la rue pour manifester et réclamer le droit à une coopération égalitaire entre Juifs et Arabes. Tout soutien nous serait d’une aide précieuse. Dans mes rêves, je vois des dirigeants européens, conscients qu’un partenariat entre Juifs et Arabes est le seul moyen de transformer Israël, décrocher leur téléphone, appeler Eizenkot et lui dire : «N’ayez pas peur. Nous vous soutenons». Peut-être cela nous aiderait à le persuader de faire le bon choix ?

Dror Mishani, écrivain et traducteur israélien.

 

[Photo : Leo Correa/AP Photo - source : www.liberation.fr]

sexta-feira, 30 de outubro de 2026

« Dark kitchens » : comment les cuisines fantômes transforment nos villes et notre manière de manger

Sans vitrine, impossible à trouver en ville, la dark kitchen peut cuisiner pour plusieurs marques.

Écrit par Khuong Nguyen Huy

Doctorant en Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas

Jean-Baptiste Welté

Professeur de Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas

Vous avez peut-être déjà commandé un repas de cuisine fantôme sans le savoir. On ne peut pas s’y attabler, il n’y a aucune salle à l’adresse indiquée sur l’application. Ni terrasse, ni vitrine, ni enseigne. Dans la rue, on passe sans le savoir devant ces restaurants invisibles, qui redessinent nos villes depuis plusieurs années.

On appelle ces établissements des « dark kitchens » ou « cuisines fantômes ». Le principe est simple : on y prépare des repas uniquement pour la livraison. Des commandes arrivent par écran. Les préparateurs s’activent aux fourneaux. Enfin, des livreurs viennent récupérer les sacs de nourriture et repartent aussitôt.

Phénomène international

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a contrôlé 646 établissements proposant des plats livrés en 2023, dont 103 dark kitchens, confirmant l’installation de ce modèle dans le paysage français. 

Des rapports montrent aussi l’ampleur du phénomène à l’étranger. En Angleterre, les dark kitchens représenteraient environ 15 % des points de vente alimentaires référencés sur les trois principales plateformes de livraison, selon une étude publiée en 2025. Au Brésil, une enquête menée dans trois grandes villes a classé 27,1 % des établissements analysés comme cuisines fantômes.

Cet essor dépasse les questions d’urbanisme. Il touche quelque chose de plus profond : ce que le repas perd quand il n’a plus besoin d’un lieu commun.

Où installer son restaurant ?

Dans le commerce de restauration traditionnel, l’emplacement compte avant toute chose. L’attractivité du quartier. La visibilité de la façade. Le passage piéton à proximité.

Mais quelle est la valeur de l’emplacement lorsque le client ne se déplace plus ? Pour une dark kitchen, la localisation compte toujours. Mais ses critères changent de nature. La visibilité de la façade compte moins. Ce qui importe, c’est la capacité à couvrir rapidement une zone de livraison dense. 

Un rapport de l’Assemblée nationale relève que l’implantation des dark kitchens dépend notamment de la densité de population et des conditions de desserte. L’Atelier parisien d’urbanisme observe quant à lui que ces établissements s’installent souvent dans d’anciens commerces ou restaurants, en rez-de-chaussée, au pied des immeubles parisiens. Certains s’implantent également dans des communes limitrophes, afin de bénéficier de surfaces plus importantes et d’une zone de livraison couvrant Paris et la proche banlieue.

Comment les dark kitchens transforment la rue

Une étude géographique publiée en 2025 confirme cette logique à plus large échelle. Les dark kitchens privilégient l’accessibilité logistique et les zones résidentielles denses plutôt que l’attractivité visuelle des rues. Leur implantation tient moins aux critères classiques du commerce. Elle s’explique surtout par la position dans les flux de livraison.

Concrètement, cela change la nature de la rue. Une dark kitchen peut fonctionner derrière une façade parfaitement discrète. Elle peut même sembler fermée. Pourtant l’activité y est bien réelle. Les commandes arrivent, la préparation se fait, les livreurs vont et viennent… La différence n’est donc pas entre une activité présente et une activité absente. Elle est entre une activité conçue pour être vue et une activité qui n’a plus besoin de l’être. Plus un restaurant devient visible sur un écran, moins il a besoin de l’être dans la rue.

Ce que le repas perd sur le chemin de la livraison

Cette réorganisation spatiale ne se fait pas sans conséquences sociales. Car les cuisines fantômes défont ce qui réunissait la préparation, la commande, le service et la consommation d’un repas. Des étapes qui étaient souvent réunies dans un même lieu, au même moment.

Le sociologue Claude Fischler a montré comment la commensalité (c’est-à-dire le fait de partager son repas avec d’autres personnes) participe aux relations sociales et aux formes de sociabilité. On peut prolonger cette réflexion par une question. Que devient la coprésence des convives quand la production, la commande et la consommation sont séparées dans l’espace ?

La dark kitchen contribue, à sa manière, à dissocier les différentes étapes du repas. La préparation se déroule dans une cuisine spécialisée. La commande passe par une interface numérique. Un livreur assure le déplacement physique du repas. La consommation a lieu ailleurs : dans un logement, un bureau ou n’importe quel espace privé.

Le repas circule ainsi entre plusieurs lieux et plusieurs étapes. Ce n’est pas seulement le restaurant qui perd sa localisation. C’est l’expérience synchrone et partagée du repas qui peut s’en trouver reconfigurée.

Isolement alimentaire

Faut-il pour autant accuser les dark kitchens d’avoir inventé l’isolement alimentaire ? Non, ce serait excessif. Le fait de manger seul fait, depuis longtemps, l’objet de recherches en sciences sociales. Des travaux consacrés au solo dining (le fait de manger seul au restaurant) montrent notamment que manger en solitaire ne signifie pas nécessairement rompre avec toute forme de sociabilité : cette pratique peut aussi donner lieu à de nouvelles formes de commensalité.

Plus largement, une revue de littérature a recensé 29 études consacrées aux liens entre solitude, isolement social et comportements alimentaires, confirmant que ces relations constituent désormais un objet de recherche bien identifié.

Les dark kitchens n’inventent rien. Elles offrent simplement à ces pratiques une infrastructure économique et spatiale sur mesure. Elles pourraient ainsi en accélérer la diffusion.

Une question qui dépasse chaque cuisine isolée

Le véritable enjeu concerne les collectivités publiques. Une dark kitchen isolée ne menace pas à elle seule la vie d’un quartier. Mais que se passe-t-il quand une part croissante de l’alimentation urbaine fonctionne sans jamais rassembler personne au même endroit au même moment ?

On peut alors se demander si la rue ne perd pas aussi une fonction plus discrète. Celle de mettre en présence, même brièvement, des personnes qui n’avaient pas prévu de se rencontrer.

D’autres aspects du phénomène méritent chacun un traitement à part. De la gestion des emballages aux conditions de travail des livreurs, le cadre réglementaire reste encore largement à construire.

L’essor des dark kitchens oblige à reconsidérer une évidence qu’on tenait pour acquise. Un repas n’est pas seulement une nourriture qu’on consomme. C’est un moment et un lieu partagés. Lorsque le restaurant cesse d’être un lieu où l’on se rend, c’est peut-être toute la fonction du repas dans la ville qu’il faut repenser. 

 

[Photo : ChamanExperience/Shutterstock - source : www.theconversation.com]


La «Història de la literatura francesa» d’Albert Thibaudet: una gran partitura simfònica

 

Enric Iborra

Una de les lectures més importants d’aquest estiu ha estat la Història de la literatura francesa d’Albert Thibaudet (1874-1936). La vaig llegir en una traducció castellana, en un exemplar de la biblioteca del meu pare, subratllat a consciència. En acabar, em vaig descarregar l’original francès en pdf per prendre’n notes.

 

Avui les històries de la literatura que es publiquen solen ser obra d’un equip d’especialistes. Cadascun s’encarrega d’una part: un període, un corrent, un gènere o un autor. Tants caps, tants barrets. Els desnivells són inevitables, tant de qualitat com d’interès. A més, el to acadèmic ho planxa tot. Són obres de consulta més que de lectura.

 

M’agraden molt més les històries de la literatura escrites per un sol autor, intensament personals, sobretot quan aquest autor és alhora un bon lector i un bon escriptor, dues qualitats que poques vegades van de bracet. M’agrada llegir-les d’una tirada. Després, hi torne sovint per rellegir-ne algunes pàgines o per contrastar-les amb una lectura recent. Entre les meues preferides hi ha la Literatura catalana contemporània de Fuster, que sempre tinc a mà; el Panorama de la nouvelle littérature française de Gaëtan Picon; la història de la literatura anglesa de Mario Praz; la de la literatura russa de D.S. Mirsky, que vaig llegir perquè la recomanava Nabokov, i la de la literatura espanyola d’Ángel del Río. I, és clar, la Storia de la letteratura italiana de Francesco De Sanctis, un dels llibres preferits de Josep Pla, que el crític René Wellek va considerar la història més bella d’una literatura mai escrita. Ara he afegit a la llista aquesta Histoire de la littérature française. De 1987 à nos jours d’Albert Thibaudet. 

 

M’ha interessat tant el que Thibaudet escriu sobre els autors que he llegit com el que diu dels qui no he llegit. En el primer cas, és una manera de contrastar i aprofundir les meues lectures, amb un punt d’intriga i de curiositat: què en dirà Thibaudet? En el segon, les seues pàgines sovint m’inciten a llegir-los, encara que no sempre. No he llegit res de Victor Hugo i, després del llarg capítol que li dedica Thibaudet, no crec que ho faça. És una reacció una mica instintiva, en què també pesa, crec, el pas dels anys: l’horitzó de les lectures, igual que altres horitzons, es fa més estret. I no sols perquè cada vegada ens queda menys temps.

A més de les pàgines dedicades a autors concrets, també són molt bones les de caràcter més general, com les que Thibaudet escriu sobre el romanticisme, el realisme o l’afer Dreyfus. Sovint recorre a contraposicions quan tracta un escriptor, una generació literària o una determinada literatura nacional. Així, assenyala que, de la mateixa manera que la literatura francesa està formada per famílies espirituals, els seus diferents gèneres s’articulen sovint en parelles de genis complementaris o en sèries d’oposicions: Corneille i Racine, Bossuet i Fénelon, Voltaire i Rousseau… També hi ha famílies i oposicions entre literatures diferents, entre les quals s’estableix una comparació i un diàleg crític: l’antiga i la moderna, les del nord i les del sud, les clàssiques i les romàntiques.

 

Com em passa sovint, el que més em crida l’atenció d’un llibre són les observacions i les reflexions incidentals, de caràcter digressiu, que l’autor deixa anar de tant en tant, com qui no vol la cosa. Comentant algunes novel·les de Mérimée, Thibaudet adverteix que hi ha llibres massa perfectes, convertits en models, que tenen un inconvenient: la seua lectura i la seua interpretació no es renoven gens amb el temps. De Valéry, en destaca que estava dotat d’una facultat doble; en la seua personalitat literària es tocaven dos extrems aparentment contradictoris. D’una banda, el do integral de la poesia pura, la gran descoberta del simbolisme. De l’altra, l’hàbit de concebre tota operació de l’esperit com una conquesta de la precisió sobre la vaguetat. En un altre passatge afirma que la cèl·lula mare de la novel·la és la conjunció si. En un altre, encara, confronta el que s’ha anomenat el caos d’idees clares de Voltaire amb el que ell anomena l’ordre enlluernador d’idees fosques de Chateaubriand.

 

Mentre llegia aquesta història de la literatura francesa, no podia evitar un cert sentiment de melancolia. Quants dels autors que comenta i analitza Thibaudet es llegeixen encara? Molts són avui només noms, i a voltes ni tan sols això: Bonald i De Maistre, Courier, Taine, Renan… Són uns autors caducats, sense interès? Thibaudet observa que alguns llibres han quedat oblidats, o desplaçats, però no superats. Aquests oblits o desplaçaments són especialment greus, si tenim en compte el lloc central que la literatura francesa ocupa en la cultura europea. Josep Iborra estava convençut que la literatura francesa era la literatura.

 

Thibaudet entenia la literatura, la francesa i qualsevol altra, d’una manera integral: era literatura tot el que un lector culte llegia o podia arribar a llegir. Narrativa, poesia i teatre, però també història, filosofia i crítica literària. Un dels capítols més extensos del seu llibre, i un dels que més m’ha interessat, és el dedicat a Sainte-Beuve, el gran crític literari del segle XIX. En paraules de Thibaudet, Sainte-Beuve era el «plus sûr liseur qui ait existé. Dans les auteurs des trois siècles, de Rabelais à Lamartine, on peut être certain que la citation qu’il choisit est la meilleure, le trait qu’il retient le plus typique, et il faut avoir passé dans un sujet après lui pour voir qu’à la manière des anciens, il s’est levé le plus matin, a cueilli les plus beaux fruits». Més virtuts encara: «La plume à la main, Sainte-Beuve est en effet le grand causeur de notre littérature, aussi agréable que Voltaire, aussi fort que Diderot.»

 

Malgrat els elogis de Thibaudet, quan es parla de Sainte-Beuve, s’ha convertit en un lloc comú recordar, amb una satisfacció mal dissimulada, alguns dels seus errors més notoris. No va saber veure la grandesa de Balzac, de Baudelaire i d’altres noms il·lustres! Però Thibaudet remarca que els seus errors són instructius, i que les llacunes de la seua obra no ens destorben, perquè els seus successors ja les han omplertes. A més, saber com i per què alguns escriptors resulten antipàtics a grans naturaleses literàries com la de Sainte-Beuve ajuda a conèixer-los millor. Fins i tot quan no és justa ni encertada, la crítica de Sainte-Beuve sobre els seus contemporanis rarament deixa de tenir un cert poder aclaridor.

 

Thibaudet afirma que Port-Royal, de Sainte-Beuve, «est le plus grand livre de l’histoire et de la critique littéraires». En principi, l’obra és la història de l’abadia cistercenca de Port-Royal i del moviment jansenista. Però a partir d’aquest nucli Sainte-Beuve recorre tot el segle XVII francès, amb llargues digressions sobre Saint-Cyran, els Arnauld, Pascal, Racine, i també Corneille, Molière, Boileau o Montaigne. No es limita a llegir els textos d’aquests autors: reconstrueix alhora el medi espiritual, social i polític que els va fer possibles. El llibre reuneix els millors trets de Sainte-Beuve: retrats psicològics molt fins, una erudició enorme i la capacitat de comprendre una experiència religiosa que ell, agnòstic, no compartia, però que sabia fer entendre. Cal matisar que Thibaudet va formular aquest judici quan Erich Auerbach, Ernst Robert Curtius o Albert Béguin encara no havien publicat les seues obres mestres de crítica literària. Tant se val. He de llegir Port-Royal. L'edició de la Bibliothèque de la Pléiade té tres volums que, entre tots tres, deuen fer prop de quatre mil pàgines. Ja n’he agafat el primer de la biblioteca del meu pare.

 

M'agrada llegir el que els crítics escriuen sobre els autors que he llegit, i també el que diuen sobre altres crítics. Tot és literatura. En un dels assaigs recollits a Breviari d’un bizantí, Josep Iborra escrivia que és característic de Thibaudet «relacionar les obres literà­ries amb el món de la cultura, en el sentit més integral de la paraula: comprèn des dels nivells més bàsics de la vida material —un deter­minat «hàbitat»— fins a les més altes produccions de l’esperit. Així, els seus papers de crítica i història constitueixen una completa topografia de la seua cultura personal en relació amb el tema que tracta. La seua ment segrega una mena de ferments per tal de digerir la matèria absorbida. Mobilitza tota la seua experiència personal —‍dels llibres, dels homes, de les cuines i dels paisatges, de l’art i de la història— per tal de situar l’obra o de situar-se ell mateix. Això comporta —era inevitable— un ús sistemàtic de la metàfora, d’analogies, d’associacions, de contrastos i de diferències, a l’hora de parlar d’un escriptor, d’una generació literària, d’una literatura nacional… [ …] La seua Història de la literatura fran­cesa sembla una gran partitura simfònica».

 

[Font: laserpblanca.blogspot.com]

¿Quién está hablando de Inteligencia Artificial en Ecuador?

La inteligencia artificial avanza en Ecuador mientras regulación, derechos y ciudadanía intentan alcanzarla sin consensos claros.

De izquierda a derecha: Mónica Reinoso (Defensoría del Pueblo), Susana Cadena (Datalat), Carlos E. Flores (Openlab), Marco Insuasti (Mintel) y Rafael Bonifaz (Derechos Digitales). 

Escrito por Carlos E. Flores    

Una persona abre su celular, escribe una pregunta y recibe una respuesta en segundos. No sabe cómo funciona, ni qué datos está entregando. Tampoco quién está detrás de esa respuesta. Pero la usa.  

La inteligencia artificial ya está en tareas escolares, en decisiones de trabajo, en procesos que antes tomaban horas. Funciona. Se integra. Avanza. En Ecuador no hay una política articulada, sino iniciativas que avanzan por separado. Ministerios, Asamblea Nacional (Congreso), superintendencias y academia impulsan propuestas propias, con tiempos y prioridades distintas. El resultado son leyes, estrategias y normas que se superponen o no se conectan, sin una dirección común.     

Mientras la tecnología se instala en la vida cotidiana, las decisiones sobre su uso, sus límites y sus consecuencias siguen lejos de quienes ya la están usando.  

En ese contexto, más de sesenta personas se reunieron a finales de 2025 en FLACSO Ecuador, en el encuentro Inteligencia Artificial y Derechos Digitales: diferentes perspectivas por el bien común, para intentar abrir una conversación que, hasta ahora, sigue ocurriendo en espacios reducidos.   

El encuentro fue impulsado por Openlab, en articulación con Futuroscon.IA y el CTS Lab de FLACSO Ecuador, con el respaldo de un proyecto financiado por Probox. Esa articulación permitió reunir en un mismo espacio a organizaciones sociales, academia, instituciones públicas y actores vinculados al debate sobre inteligencia artificial y derechos digitales. El panel principal contó con la participación de la Defensoría del Pueblo, Derechos Digitales, Datalat y el Ministerio de Telecomunicaciones (Mintel).   

Además del panel, la jornada incluyó conferencias que ampliaron la discusión desde otros ángulos. Jonathan Finlay, de LaLibre, situó la discusión en el presente: la inteligencia artificial ya está incidiendo en decisiones, sin que exista aún una comprensión clara de sus efectos. Martha Tudón, de Artículo 19, llevó la conversación hacia la vigilancia, el uso de datos y los riesgos para derechos en contextos sin controles claros.    

Desde el CTS Lab de FLACSO, la metodología RAM —impulsada por la UNESCO— introdujo otra forma de mirar el problema. No se trataba de qué puede hacer la inteligencia artificial, sino de si el país está preparado para sostenerla.    

La herramienta evalúa leyes, capacidades institucionales, protección de derechos y niveles de comprensión pública, para identificar si el uso de estas tecnologías puede expandirse sin que se pierda control sobre sus efectos.    

Durante la desconferencia —una metodología donde las y los participantes definen colectivamente los temas de discusión— esa inquietud tomó forma en casos concretos. En la mesa de privacidad, se mencionó el caso de un trabajador de un hospital público que, ante la falta de herramientas institucionales, introduce datos médicos sensibles en plataformas de inteligencia artificial desde su cuenta personal para poder organizar su trabajo. Actualmente, no existen lineamientos claros sobre ese uso ni controles efectivos sobre cómo se maneja o protege esa información.   

En educación, la tensión se expresa de otra forma. Estudiantes que recurren a herramientas de inteligencia artificial para resolver tareas, redactar trabajos o construir opiniones sin apropiación del contenido, lo que debilita el desarrollo de criterio propio. Al mismo tiempo, parte del profesorado oscila entre la prohibición o una mirada centrada en el plagio, sin herramientas claras para integrar estas tecnologías en el proceso de aprendizaje ni fomentar un uso más crítico.   

En inclusión y género se discutió cómo los sistemas se entrenan con datos que dejan fuera saberes indígenas, afrodescendientes y comunitarios, lo que no solo reproduce esas ausencias en las decisiones, sino que refuerza una forma dominante de conocimiento —centrada en visiones occidentales y “científicas”— que termina desplazando otras maneras de entender y vivir la realidad.  

En materia de gobernanza, la discusión evidenció un problema de base: no está definido qué aspecto de la inteligencia artificial se quiere regular —si su uso, su desarrollo, la inversión o las decisiones automatizadas—. Sobre esa falta de claridad se superpone otra tensión: adoptar modelos externos sin considerar el contexto local o avanzar hacia controles que pueden ser excesivos para un ecosistema que aún está en formación. En ese escenario, la regulación corre el riesgo de volverse extensa, poco operativa y difícil de aplicar en la práctica.  

Fuera de las mesas, esa discusión ya venía tomando forma en la Asamblea Nacional. Aunque se han abierto espacios de discusión, estos no necesariamente han logrado convocar a una participación más amplia. A lo largo de 2024, la Asamblea Nacional recibió tres proyectos de ley con enfoques distintos, desde la investigación hasta la comercialización de sistemas de inteligencia artificial, incorporando temas como protección de datos, transparencia y derechos de autor; hasta la protección de niñas, niños y adolescentes frente al uso de estas tecnologías.   

Tras la unificación de los proyectos de ley sobre inteligencia artificial, el debate no ha tenido avances visibles en los últimos meses y, en distintos espacios, se ha empezado a mencionar la posibilidad de que la propuesta sea archivada, sin que exista aún una definición clara sobre su futuro.   

Mientras la discusión normativa permanece estancada, empiezan a ganar espacio actores con capacidad real de incidir en el desarrollo y uso de estas tecnologías. En el Foro Económico Mundial en Davos, el presidente ecuatoriano Daniel Noboa se reunió con Alex Karp, CEO de Palantir, una de las compañías más influyentes en el análisis masivo de datos a nivel global. La empresa, que ha trabajado con agencias como la CIA, el FBI o sistemas migratorios en Estados Unidos, ha construido su capacidad sobre la integración de grandes volúmenes de información para fines de seguridad e inteligencia.   

Su posible llegada al país —con el anuncio de apertura de una oficina en Ecuador— ocurre en un momento en que las reglas aún no están claras, en un campo donde la misma tecnología que permite optimizar servicios también puede habilitar formas de vigilancia difíciles de controlar.   

Por otra parte, El 10 de marzo de 2026, el gobierno ecuatoriano presentó la Estrategia para el fomento del desarrollo y uso ético y responsable de la Inteligencia Artificial en Ecuador (EFIA-EC), impulsada por el Ministerio de Telecomunicaciones y de la Sociedad de la Información con apoyo del BID y la UNESCO. La propuesta plantea una hoja de ruta a cuatro años, estructurada en tres ejes —gobernanza, capacidad y tecnología, y adopción y desarrollo—, con un objetivo explícito: que la inteligencia artificial no sea un privilegio de pocos, sino una herramienta al servicio del ciudadano, del Estado y del desarrollo productivo.   

En ese contexto, los resultados del encuentro de octubre —recogidos en una minuta construida a partir de las mesas temáticas— han empezado a circular entre los participantes y ya fueron entregados al Ministerio de Telecomunicaciones como ente rector, y a la Defensoría del Pueblo, en un momento donde estas tecnologías empiezan a cruzarse cada vez más con debates sobre derechos digitales y protección de derechos humanos.   

Entre estrategia, regulación en espera y adopción creciente de estas tecnologías, el país se mueve en un terreno aún inestable, donde el desarrollo avanza más rápido que las definiciones sobre sus límites

 

[Foto de Openlab Ecuador - fuente: www.globalvoices.org]