terça-feira, 20 de janeiro de 2026

Un cessez-le-feu pour les Israéliens et une guerre pour les Palestiniens

Pourquoi Gaza devrait-il intéresser qui que ce soit lorsque des Israéliens ne sont pas tués ? Quand les sirènes d’alertes se taisent en Israël, on considère ça comme un cessez-le-feu.

Écrit par Gideon Levy

Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, il y a un cessez-le-feu. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués mais que plus de 400 personnes le sont à Gaza, dont 100 enfants, ça s’appelle aussi un cessez-le-feu. Lorsqu’Israël démolit 2 500 maisons à Gaza en plein cessez-le-feu, et que le ministre de la Défense Israel Katz félicite les soldats de Tsahal pour leurs opérations, on appelle toujours cela un cessez-le-feu.

Lorsque des centaines de milliers de Gazaouis meurent de froid et pataugent dans la boue, ça entre dans la définition d’un cessez-le-feu.

Lorsque des milliers de personnes gravement malades meurent parce qu’Israël leur refuse des soins médicaux vitaux ou la possibilité de sortir de leur cage et d’aller se faire soigner ailleurs, c’est un cessez-le-feu. Lorsqu’une Israélienne éduquée demande pendant un repas du shabbat s’il y a encore des soldats israéliens à Gaza à un moment où plus de la moitié de l’enclave est occupée par Tsahal, c’est un indicateur par excellence de l’existence d’un cessez-le-feu, du moins tel que les Israéliens le définissent. 

Lorsque la vie en Israël revient à la normale, avec des concours de cuisine et de chanson en plein essor, et avec des discussions approfondies sur la question cruciale des fuites vers le journal Bild en Allemagne, c’est le nec plus ultra des cessez-le-feu. C’est seulement quand un commando du Hamas sort de son trou et tente de planter un engin explosif improvisé dans les décombres de Gaza, que ça constitue une infraction grave au cessez-le-feu. 

Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, tout le reste n’intéresse personne. Pourquoi Gaza devrait-il intéresser qui que ce soit lorsque des Israéliens ne sont pas tués ? Quand la sirène des alertes se tait en Israël, c’est un cessez-le-feu. Le fait que Gaza soit toujours bombardée, mais qu’elle n’ait pas de sirènes, est sans importance. Le monde montre déjà des signes de lassitude à l’égard de Gaza, malgré les nouvelles de ce week-end concernant la création d’un « Conseil de la Paix », qui ne sauvera pas une seule personne dépossédée à Gaza de son sort amer.  

Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, on déclare un retour à la routine, ce qui signifie que la guerre est terminée et que l’on peut revenir à la posture de victime du 7 octobre, au récit sans fin des histoires d’otages, à s’enliser dans le chagrin d’hier, être stupéfait à chaque tentative désespérée de Gaza de rappeler son existence. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, Gaza n’existe pas, pas plus que l’ensemble du problème palestinien.  

Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, tout va bien. Quand ils ne sont pas tués, on peut reprendre le déni et l’oubli de Gaza. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués en Cisjordanie, la vie est encore plus merveilleuse. Le fait que des dizaines de Palestiniens aient été tués en Cisjordanie depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu est encore moins intéressant que les centaines de Gazaouis tués pendant la même période.  

La nouvelle de l’existence d’un cessez-le-feu à Gaza n’est pas parvenue en Cisjordanie ou au Commandement central de Tsahal. Toutes les restrictions draconiennes imposées en Cisjordanie au début de la guerre à Gaza restent en place, pas une seule n’ayant été abrogée ou assouplie.  

Si ces restrictions ont été imposées à cause de la guerre, pourquoi n’ont-elles pas été levées quand la guerre s’est terminée ? Neuf cents barrages routiers installés pendant la guerre ? Neuf cents barrages routiers restent en place après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Des portails de fer à chaque communauté palestinienne, s’ouvrant et se fermant par intermittence depuis le début de la guerre ? La même chose continue après la fin de la guerre. Des pogroms pendant la guerre ? Encore plus après sa fin. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, il n’y a pas de problème.  

La décision d’imposer à Israël la signature d’un accord de cessez-le-feu s’est révélée être l’affaire de l’année. C’est le premier cessez-le-feu unilatéral de l’histoire. Tout est permis à Israël tandis que l’autre camp n’a pas le droit de respirer. Tous les otages ont été rendus sauf un corps, et la promesse d’évacuer Gaza une fois les otages rendus s’est évaporée instantanément, oubliée comme si elle n’avait jamais été faite. Vous vous souvenez ? Les otages ont été rendus, et Israël est à Gaza, depuis lors et pour toujours.

Le cessez-le-feu a aussi calmé les protestations mondiales contre Israël. Certains dans le monde attendaient une opportunité de revenir et d’étreindre Israël, et un cessez-le-feu unilatéral est cette opportunité. Le monde est passé au Venezuela et à l’Iran.

Trump peut continuer à diffuser son idée de la paix inventée qu’il a apportée au Moyen-Orient, et les Israéliens peuvent continuer à se dire que la guerre à Gaza était justifiée et a atteint tous ses objectifs. Maintenant c’est fini. Il y a un cessez-le-feu. L’essentiel est que des Israéliens ne se fassent pas tuer à Gaza. Tout le reste est sans intérêt.

Haaretz, 18/01/2026

Traduit par Tlaxcala https://tlaxcala-int.blogspot.com/2026/01/un-cessez-le-feu-pour-les-israeliens-et.html

Illustration : Mikail Çiftçi, Türkiye  - reproduit sur www.legrandsoir.info]

Kraznahorkai machaca el algoritmo

Antes me cabreaba por las decisiones de la Academia Sueca para el Nobel. Me parecían caprichosas y absurdas. Tantos grandes escritores, como Murakami, Maalouf (este estúpido Word no sabe quién es Amin Maalouf y me lo subraya como si fuera un error, con una Olivetti no pasaba), etc esperando el Nobel toda su vida. Y tantos grandiosos que murieron sin el Nóbel. Mientras escritores mediocres lo tuvieron, no citemos nombres.


Escrito por Antonio Costa Gómez

Pero un día leí lo que decía un hombre: la Academia no quiere seguir el algoritmo, quiere sorprender siempre. Salirse de lo previsible y de lo estándar. Y es verdad, entonces sí es valioso ese proceder.

Este año se lo dieron a Lászlo Kranahorkai, un escritor húngaro. E incluso es bueno que sea difícil pronunciarlo. Ya está bien de tanta facilidad. Y que pocos lo conocieran.

Y el propio Kraznahorkai es un desafío al algoritmo previsible y estandarizado. Es un desafío a lo encajado y a lo mediocre. Es una gloriosa escapada de lo previsible y de este mundo mecánico sometido a programas y a estándares. A este mundo de medianía y de rutina.

He leído su libro “Guerra y guerra”. Y a ver qué algoritmo ramplón es capaz de hacer ese libro. Donde todo es felizmente imprevisible, sorprende a cada momento. Y así nos hace vivir y nos libera.

El estilo es precipitado y vertiginoso, todo a base de comas, con poca división en párrafos. Algo lleno de vida, como una cascada. Una vez escribí un artículo así para una revista, quería mostrar vértigo y dinamismo loco, y el editor me estropeó el efecto, me puso el punto y coma formalito y convencional por todas partes. Y parecía como si el coche frenara continuamente o se quedara sin gasolina. Cuando yo quería ir lanzado por la carretera de la literatura, con entusiasmo.

Y Kraznahorkai se escapa continuamente del algoritmo, a ver qué algoritmo puede pararlo y adocenarlo. Su literatura no es algo que se pueda hacer mecánicamente, que pueda fabricar un algoritmo tonto.

Están las perspectivas vertiginosas, el protagonista le cuenta su vida a una persona, y esta se lo cuenta a otra más tarde. Y son personas muy distintas. Una de ellas es una mujer que está en una cocina y nunca se da vuelta para mirar al que habla. Otro es un guía que le cuenta todo a su mujer más tarde.

Pero lo mejor es el comienzo, el protagonista le cuenta su vida de manera desenfrenada a unos adolescentes macarras que lo están asaltando. Y ellos después se lo cuentan a otros diciendo que el tipo está loco, que es un pringado. Las distintas visiones nos producen vértigo.

Pero el mismo argumento desafía cualquier algoritmo. Un tipo da vueltas por Nueva York con el manuscrito de un viaje alucinante en la Edad Media. Cuatro personas van a una isla griega y van regresando lentamente. Pasan por Venecia y por Francia y en todas partes encuentran algo. Y el hombre mezcla lo que ocurre en Nueva York con lo que va leyendo en el libro. A ver qué algoritmo de las narices inventa eso.

Y luego las afirmaciones, los pensamientos. Que el amor es la mejor forma de rebeldía, dice en cierto momento. Que el hombre quiere un barco en el lago de Zurich para escribir con el barco en el agua. Así escribimos con los actos de nuestras vidas.

Y ante todo ese estilo sin aliento, lleno de aliento. Que sopla continuamente. Ningún algoritmo puede hacer eso, porque los algoritmos no tienen aliento. Ni lo tiene ninguna máquina ni ninguna idiotez artificial. Quieren el mundo de la medianía y lo previsible, pero todavía quedan escritores imprevisibles y llenos de vida. Originales y solitarios, sin domesticar por la fama ni por las exigencias comerciales. Que no lancen las grandes editoriales prepotentes sino el genio del lugar, como diría José Ángel Valente. Dios nos libre de los algoritmos y nos dé escritores como Laszlo Kraznahorkai. Y academias que premian de manera imprevisible y libre y con lucidez. Como si no fueran academias, que no se portan de manera académica.

Yo me cabreé al principio, me parecía un puro capricho, no sabía ni cómo se pronunciaba. Pero ahora me alegro de que sea difícil de pronunciar y de que la academia sueca se saliera de lo que todos esperaban. También acertaron mucho con el noruego Hon Fosse, otro escritor de estilo vertiginoso y libre. Que no usa apenas el punto y coma bien educado y buenecito.

Mucho antes que ellos yo escribí una novela vertiginosa con solo comas. Y un editor formalito que no sabía quienes eran Joyce o Kerouac me la quiso domesticar. Entonces yo no quise publicarla. Y es que hay revulsivos y novedades, pero el mundo vuelve siempre a la rutina y al algoritmo. Y los editores lo hacen con frecuencia, también rehicieron a Roald Dhal para ursulinas (con perdón de las ursulinas, seguro que son mucho más vivas).

Le doy las gracias a Karznahorkai por ser Kraznahorkai. Y a su editor por permitirle serlo. Y a la academia sueca (tan poco académica) por premiarlo.


[Fuente: www.todoliteratura.es]

Végétariens d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Pourquoi être végétarien ? Croisant l’histoire du végétarisme, du bien-être humain et animal, et de l’environnement, Valérie Chansigaud dresse une typologie des pratiques révélatrice d’enjeux divers.

Écrit par Alain CHAUVOT

S’abstenir de consommation animale apparaît souvent comme un choix individuel de rupture avec une pratique collective dans laquelle cette consommation semblait aller de soi. Pourtant, le végétarisme n’entraine pas nécessairement une volonté de transformation sociale. Mais les végétariens, comme tout groupe minoritaire, ont tendance à s’organiser, à affirmer des principes les identifiant et, parfois, à faire du prosélytisme.

Aujourd’hui, ils constituent  un « spectre » aux sous-catégories innombrables. La diversité de leurs motivations et de leurs pratiques est telle que l'histoire du végétarisme est nécessairement une histoire des végétarismes, voire des végétariens. Exposée par Valérie Chansigaud de manière chronologique, de l'Antiquité à nos jours, cette histoire donne à observer des thématiques récurrentes qui rendent compte de cette infinie diversité de pratiques et de motivations.  

Cette diversité s'exprime d'abord par les mots qui désignent le phénomène lui-même dans le vocabulaire contemporain. Si « vegetarian » apparaît en anglais en 1839 et « végétarisme » en français en 1873, remplaçant « légumiste » pour désigner le refus de la consommation de viande, au XXsiècle, le « végétalisme » rejette toute consommation d’origine animale ; et l’actuelle fortune du « véganisme » constitue un mouvement social qui est loin de se limiter au rejet de consommation animale. La diversité des variantes a permis, depuis les années 1990, de parler de « flexitarisme » pour désigner des « semi-végétariens » plus ou moins intermittents. Ici, pour simplifier, on utilisera « végétarisme » pour désigner tant un état de fait subi que le choix d’un mode de consommation.

Histoire de l’alimentation et histoire des végétariens

Histoire du végétarisme

Valérie Chansigaud

2023

Buchet-Chastel

L'histoire des végétariens s'adosse en premier lieu à une histoire de l’alimentation, évoquée au gré des pages. Pour l’humanité préhistorique, chez laquelle il n’existe aucun strict végétarisme, la maîtrise du feu a permis de diminuer en partie la dangerosité des aliments. La chasse est une pratique culturellement valorisée et socialisante : la consommation des grands mammifères est une « passion dévorante ». Mais l’autrice estime qu’ensuite « la plupart des anciennes sociétés agricoles présentent une alimentation presque intégralement végétarienne à l’exception des classes sociales privilégiées ». Dans ce contexte, signalons que la question des sacrifices dans l’antiquité classique, qui ne sont pas la seule source de consommation de viande, peut être approfondie avec la lecture du livre récent d’Alexandra Kovacs, Refuser la nourriture carnée. Végétarisme et pratiques civiques en Grèce ancienne (Ausonius, 2022), objet d’un épisode du podcast La Piqûre de rappel.

Au Moyen Age, le développement de l’agriculture et de l’élevage est plutôt un facteur de diminution de la consommation de viande : les grands mammifères sont élevés surtout pour leur force et l’élevage des porcs diminue avec la régression des forêts. L'alimentation carnée est aussi inégalement répartie, du fait des inégalités sociales et de genre. Ce n’est donc qu’à partir des XVIIIe-XIXe siècles en Europe, et bien plus tard dans le reste du monde, que la consommation de viande augmente, lentement d'abord, avant de s’accélérer à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

De ce point de vue, « la diminution de la consommation de viande dans la plupart des pays développés, observée depuis plus d’une vingtaine d’années, constitue indéniablement un phénomène historique tout à fait inédit »   . En même temps, le phénomène reste marginal, dans la mesure où « ce qui caractérise les cent dernières années n’est pas l’émergence d’une proportion très minoritaire de végétariens mais l’amplification bien plus considérable de consommation d’animaux avec un impact très néfaste sur l’environnement et le climat »   . Cette évolution est paradoxalement renforcée par le fait que si les aliments végétaux sont plutôt bon marché jusqu’aux années 1960, depuis leur coût est à la hausse (« gentrification » des produits végétaux, notamment pour ceux qui imitent la viande). En somme, « la bascule que l’on observe actuellement – les riches consomment moins de viande que les pauvres, du moins dans les pays riches – est unique dans l’histoire de l’humanité ».

Pythagore, père fondateur du végétarisme en Occident

L'origine de l'histoire du végétarisme est souvent associée au nom du philosophe grec de Crotone Pythagore (v. 580-v. 495 av. J-C) – dont on n’a conservé aucun écrit. Si l'autrice tient à distance ce mythe, la centralité de cette figure tient à ce qu'il incarne, mieux que tout autre sans doute, deux motivations fondamentales qui sont à l’origine du végétarisme. Ses théories sont connues à travers les œuvres de ses biographes, en particulier Porphyre (234-310 ap. J.-C.), qui emploie la notion, longtemps privilégiée, d’« abstinence ». D’une part, Porphyre écrit que l’abstinence des chairs animales « permet d’élever l’âme au-dessus du monde matériel  » en délivrant l’homme des passions. Il s’agit donc d’un comportement qui met l’accent sur l’élévation morale.

Mais, d’autre part, Porphyre dresse la liste des ressemblances entre les bêtes et les hommes. L’abstinence prend donc aussi en compte le sort de l’animal et découle d’un fondement théorique, la notion de fraternité entre humains et animaux. Il est d’ailleurs possible que Pythagore ait fondé son végétarisme sur la théorie de la métempsycose, c'est-à-dire de la résurrection des âmes dans des corps humains comme animaux. Mais, au vrai, une telle notion traduit une conception de l’animal qui l’empreint d’humanité : le carnivore se ferait, d’une certaine façon, anthropophage.

Les théories ultérieures soutenant le végétarisme vont s’alimenter aux thèmes pythagoriciens. Se développant dans des histoires entrecroisées d’une grande complexité, elles y ajouteront en particulier, à l’époque contemporaine, une prise en compte des questions environnementales et sociales.

Végétarisme et bien-être physique et mental

La préoccupation végétarienne recouvre toute une gamme de comportements. Ne pas consommer d’animaux reviendrait en règle générale à agir en accord avec la nature, mais souvent, ce n’est pas la compassion envers les animaux qui justifie cette abstinence : le souci premier est plutôt celui du bien-être de l’individu. Ce végétarisme-là, et plus particulièrement le végétalisme, avancent en premier lieu une conception de la bonne santé physique et mentale : le désir de viande irait de pair avec la dégradation de l’âme. L’homme serait originellement frugivore et non carnivore, et pour certains, la cuisson elle-même ne serait pas « naturelle ».

Pour le végétarisme hindou, qui ne concerne que certaines castes comme les brahmanes, le fondement du rejet de la viande est le rejet du monde matériel et l’élimination des passions. Aussi la consommation de viande peut être acceptée, si l'animal est mis à mort par des membres de castes inférieures ou par des musulmans. Dans une perspective plus utilitariste, des végétariens pragmatiques jugent que l’abstinence de viande est bonne pour leur santé, mais admettent d'en consommer à l’occasion. Hitler et Mussolini, en proie l’un et l’autre aux troubles digestifs, en sont les exemples les plus connus. Mais au-delà de ces cas anecdotiques, une telle conception insiste sur la nocivité de la consommation (ou surconsommation) de viande. Le poète anglais Percy Shelley (1792-1822) note que les riches en «  paient le prix (…) par l’assujettissement à d’innombrables maladies ».

À partir des années 1960, la conception d’une alimentation végétarienne plus saine que l'alimentation carnée gagne de l'ampleur, fondée sur l’idée que les « protéines végétales sont à même de répondre à tous les besoins physiologiques humains », et popularisée par de multiples recettes extra-européennes. Cette attitude ne va pas nécessairement de pair avec un regard bienveillant sur l’animal : dans le régime « macrobiotique » prôné par le Japonais Ohsawa (1893-1966), le rejet de la consommation animale est fondé sur une prétendue infériorité des animaux : « il faut éviter d’en manger afin de ne pas abaisser l’esprit humain ».

Les conclusions de Valérie Chansigaud sur les bienfaits du régime végétarien sont pourtant nuancées. S'il réduit assurément certains risques, des régimes déséquilibrés ne sont pas sans méfaits, notamment lorsqu'ils introduisent une consommation excessive de sucre. En la matière, elle appelle de ses vœux une « étude historique » qui contribuerait à éclairer le rôle de la viande dans la santé des populations humaines.

Végétarisme et bien-être animal

Tout autre, souvent, est le point de vue qui met l’accent sur l’animal, considéré comme plus ou moins proche de l’humanité. Nombre de philosophes, écrivains, artistes ou savants, dont l’autrice dresse une liste non exhaustive, ont pourtant manifesté une sensibilité devant la souffrance animale sans pour autant devenir végétariens. Sans doute l'explication de ce paradoxe se trouve-t-elle dans la puissance de la « symbolique sociale ». Ceux qui franchissent le pas l’expriment avec une force à la mesure de leur « effroi ».

Dès l’Antiquité apparaît le thème de la cruauté envers les animaux. Pour le poète Ovide comme pour Sénèque le philosophe, le carnivore est un criminel. Plutarque voit dans les animaux des êtres doués de raison et d’intelligence. Ovide et Plutarque ajoutent qu'une telle cruauté n’est nullement nécessaire : pour le premier, « la terre fournit des aliments délicieux », dont le miel et le lait, qui « ne sont pas payés par le meurtre et le sang  ». Pour le second, la consommation animale est ingrate, barbare, sensuelle et excessive ; mais lui-même n’est pas pour autant végétarien. Ces thèmes influencent les philosophes de l’époque moderne, comme Voltaire, pour lequel les animaux sont nos frères.

Quant au christianisme, il est lui-aussi porteur d'un thème de la bienveillance envers les animaux. La Bible donne lieu à une « lecture végétarienne » : si Adam et Eve étaient végétariens, le régime carné n’apparaît qu’avec Noé, comme une autorisation donnée aux humains, dont les interprétations sont diverses. Le théologien romain Tertullien (v. 150-v. 220) l’interprète avec subtilité comme une opportunité de mieux expier le péché originel en pratiquant l’abstinence.

Le cas Descartes, et après

Valérie Chansigaud consacre un long passage à la réflexion de Descartes sur l’animal et la douleur, qui est une cible essentielle des végétariens. Le problème est d’autant plus délicat que Descartes n’a laissé aucun traité sur l’animal et que la réflexion sur la douleur a considérablement évolué depuis le XVIIe siècle, sans que la nomenclature soit pourtant bien clarifiée.

Partant de l’importante Lettre à Morus du 5 février 1649, qui doit être lue attentivement, la discussion affronte une question complexe, souvent mal traitée et toujours débattue. Certes, d’un côté, Descartes ironise sur « les rêveries  » de Pythagore, ne voit nul crime dans le fait de manger des animaux et pratique la vivisection : il y aurait donc bien une « coupure ontologique  » entre l’homme et l’animal. Mais la référence à la théorie de l’« animal-machine » est ambiguë. Descartes se réfère au modèle de l’automate pour expliquer aussi bien le fonctionnement du corps humain que celui de l’animal. Et la Lettre va jusqu’à évoquer des similitudes entre l’homme et l’animal : c’est la pensée qu’il dénie aux animaux, non les sensations. Comme l’écrit Descartes, dans un passage non cité par l’autrice, ceux-ci « ont des organes des sens comme nous » (sensus organa sicut nos) et « il est vraisemblable qu’ils sentent comme nous ».

Est-ce à dire que l’animal pourrait aussi « exprimer un sentiment de douleur  » comme l’être humain, dans la mesure où il est privé de raison et de parole ? Faudrait-il réserver la notion de « douleur physique » à l’animal et celle de « souffrance consciente » à l’être humain ? Et Descartes est-il allé jusqu’au bout de sa réflexion ? On utilise aujourd’hui savamment la notion de « nociception » pour définir la capacité à détecter des stimuli nocifs, commune aux humains et aux animaux, en réservant la notion de « douleur » à une expérience émotionnelle supposant la conscience – ce qui revient à poser le problème de la conscience des animaux... Finalement, il appartiendra au disciple de Descartes, Malebranche, d’écrire péremptoirement que « les cartésiens ne pensent pas que les bêtes sentent de la douleur ou du plaisir », justifiant ainsi, et pour longtemps, la maltraitance animale en toute bonne conscience.

En réaction, à l’époque des Lumières, la frontière entre humanité et animalité devient de plus en plus floue, témoignant de ce que l’autrice appelle l’« échec du projet cartésien ». Mais peu en arrivent à la solution radicale de l’abstinence de viande, se contentant de se référer à la notion de « tuerie sans douleur », voire de rendre celle-ci invisible, et, veut-on croire, moins cruelle dans les abattoirs périurbains qui se développent à partir du XIXe siècle. En 1949, le court métrage documentaire de Georges Franju, Le sang des bêtes, avec le commentaire de Jean Painlevé, apporte, entre autres, un implacable démenti – mais il ne fut diffusé que dans les ciné-clubs et à la Cinémathèque, en raison de la réticence des exploitants de salles.

Végétarisme et défense de l’environnement

Le lien entre le végétarisme, la défense de l’environnement, et parfois la question sociale, apparaît au début du XIXe siècle. Son promoteur le plus notable et le plus précoce est Percy Shelley, dans le prolongement du thème de la bonne santé individuelle. Dès 1813, il dénonce « les conséquences sanitaires et environnementales de la consommation de viande » et il exercera par la suite une influence profonde sur les végétariens britanniques au XIXe siècle.

Depuis les années 1960, ce thème est passé au premier plan, avec la mise en évidence des effets néfastes sur la nature du régime carné, consommateur majeur d’énergie, d’eau et de pesticides, émetteur de gaz à effet de serre et participant à l’élévation des températures. « Les bêtes se nourrissant de végétaux qu’il faut produire  », la généralisation de l'alimentation carnée couplée à la hausse de la population favorise un modèle d'agriculture intenable : « l’agriculture, telle qu’elle s’est développée après la Seconde Guerre Mondiale, n’est pas soutenable du point de vue de l’environnement », avec le développement d’une production à la fois plus économique et plus riche, mais aussi plus transformée et parfois trafiquée. Face à ce modèle, « la façon la plus efficace pour éviter le gaspillage alimentaire serait (…) d’opter pour un régime végétal ».

La perspective historique initiale devient in fine une introduction à une réflexion sur le sort de la planète. Si le végétarisme a souvent cheminé avec des mouvements – hindouisme, bouddhisme, christianisme, ascétisme, philosophie des Lumières, hygiénisme, socialisme, féminisme, écologisme… – dont les adeptes ont pu se réclamer de lui, jusqu’à une période récente, le choix du végétarisme a eu très peu d’impact sur la consommation alimentaire. Pour l’avenir, en revanche, la question est ouverte, notamment en raison de la réception de la question environnementale par le grand public et de choix politiques. D'autant plus qu'aujourd’hui, « c’est le capitalisme qui est à l’assaut du marché végétarien ». Les grands groupes capitalistes réussiront-ils le rêve des militants du végétarisme d’élargir le monde de ceux qui refusent la consommation de viande ?


[Source : www.nonfiction.fr]

segunda-feira, 19 de janeiro de 2026

Pasolini, entre el equívoco y la manipulación

Pasolini, antídotos contra el vaciamiento de un intelectual indócil


Escrito por Paolo Desogus

¿Quién fue Pier Paolo Pasolini? La pregunta podría parecer poco apropiada, si no provocadora incluso, dado que se refiere a uno de los escritores italianos entre los más más citados y debatidos. Sin embargo, son precisamente los numerosos libros y artículos, a los que hay que añadir documentales, cómics, sitios digitales, exposiciones, conferencias e incluso murales y canciones, los que corren el riesgo de eludir esta pregunta. Hasta las mejores obras, que no son pocas, tienen dificultades para encontrar su lugar, abrumadas por la sobreexposición del que se ha convertido ya en un mito posmoderno.

Como han observado desde hace tiempo muchos especialistas, el nombre de Pasolini ya no remite a la obra o a la experiencia intelectual de uno de los autores más significativos del siglo XX, sino a un personaje de ficción, a una figura opaca que ha dejado de ser fuente de sentido, espacio de interrogación.

La función de su legado es, en efecto, como mucho, la de pantalla, es decir, la de catalizador de las identidades ajenas, la de espacio de enmascaramiento de significados dispares y contradictorios que mezclan viejas frustraciones políticas y nuevos tabúes intelectuales. A esta forma de vaciamiento han contribuido sin duda las aproximaciones de aquellos intérpretes que han encontrado en la trayectoria política e intelectual de Pasolini algún pretexto para lanzar polémicas pasajeras o falsas primicias.

Ya no sorprende siquiera que a esta práctica se hayan prestado no solo periodistas y especialistas académicos faltos de ideas, sino también algunos rostros conocidos del mundo del espectáculo, la política e incluso la magistratura, a menudo instigados por improvisados operadores culturales que se enfrentan a iniciativas que pretenden ser divulgativas, pero que, salvo algunas excepciones, solo ofrecen al público una nueva masticación de discursos trillados. Si en el pasado el recurso al autor de Scritti corsari [Escritos corsarios] y Lettere luterane [Cartas luteranas] evocaba el “escándalo de la conciencia” y ponía en tela de juicio responsabilidades incómodas, hoy asistimos a una especie de inversión. De gran inquisidor de la sociedad de consumo y de la modernidad neocapitalista —para algunos, por tanto, un apocalíptico—, Pasolini se ha transformado en un autor integrado, es más, en el autor que, a pesar de su obra, guía el proceso de normalización de toda tensión dramática entre las artes y la política, entre la búsqueda expresiva y la historia por hacer.  

Se diría que es una suerte de venganza de la industria cultural, capaz de transformar al poeta de Le ceneri di Gramsci [Las cenizas de Gramsci] en objeto de entretenimiento privado de sus referencias políticas. El mito posmoderno no solo ha transformado su obra, y sobre todo su poesía, en un apéndice de su figura mediatizada, sino que también ha censurado las referencias más incómodas, como las relacionadas con el marxismo y, precisamente, con Gramsci, dejándolas de lado sin profundizar en ellas ni ir más allá del reconocimiento biográfico. El intelectual italiano elegido como ejemplo ideal del compromiso civil ya no tiene pensamiento. Es “pasión” sin “ideología”, “trashumanar” sin “organizar”.  

Prevalecen sobre él las lecturas que lo convierten en un personaje pulsional, físico, gobernado por una irracionalidad que ha transformado su investigación sobre la modernidad en una suma descompuesta de consignas, cuya verdad es solo un hecho estético. Su función política no debe superar nunca de hecho el movimiento genérico de indignación moral por la arrogancia del “Palacio” o por la omnipresencia de la “sociedad de consumo” o incluso por la amenaza de la “mutación antropológica” y el “genocidio cultural”. Es decir, no debe sobrepasar el umbral de la emotividad individual pasajera y debe permanecer dentro de los límites tranquilizadores de un compromiso cada vez más cercano a la mera petición de principio, es decir, al compromiso carente de efectividad histórico-política: exactamente lo contrario de lo que Pasolini había buscado en Gramsci y en el marxismo.   

A dicha regresión, que también le ha permitido a la derecha incluirlo en su propio panteón, ha contribuido la elevación a mito gestual, a personalidad desvinculada de su contexto histórico, de sus grandes contrastes —entre pasión e ideología— y, sobre todo, de las relaciones, a veces polémicas, con los intelectuales y las formaciones políticas de su época. De su historia se suelen destacar los episodios de enfrentamiento o las polémicas, pero desde una perspectiva antipolítica, que no sabe ver nada más allá del héroe ficticio con el que alinearse a favor o en contra. De método cognoscitivo, medio para interrogar su propia época y someter a verificación sus propias posiciones, el conflicto intelectual se ha convertido en el ingrediente de una narración que ha transformado a Pasolini en solitaria víctima sacrificial, en actor pasivo de una catarsis genérica consoladora y despolitizada.  

Ante la pregunta de quién es hoy Pasolini, hay que constatar entonces que el uso de su figura ha abandonado por completo ese espíritu comunitario de ascendencia gramsciana (la “conexión sentimental”) presente en su actividad, en su investigación en el corazón de los subalternos —los campesinos friulanos, los habitantes de los barrios marginales romanos, el sur de Italia y las realidades de África y Oriente Medio— de una percepción del mundo inédita, ajena a las fuerzas hegemónicas, capaz de sobrevivir en los dialectos, las tradiciones y los cuerpos, y de dar materia a la escritura poética y a la indagación política.  

La transfiguración postmoderna de Pasolini es, por el contrario, la expresión apagada del objeto de consumo, del producto sometido a los principios neoliberales que han sometido tanto la obra literaria como la política a la lógica de la autopoiesis típica de gran parte de la producción cultural actual. Sometida a la función de pantalla, su obra ya no es el lugar del cuestionamiento y el descubrimiento, sino el espacio de la contemplación narcisista que repudia el conflicto y renuncia a cualquier intento de transformación de las relaciones materiales y simbólicas. El Pasolini despolitizado, sustraído de la historia y entregado al presente, es, en otras palabras, el icono conciliado que disipa el “escándalo de la contradicción”. Es el mito consolador que reduce la experiencia del mundo a una extensión del yo integrado en las formas más avanzadas de la explotación capitalista actual. En lugar de reabrir la dialéctica entre el arte y la vida, entre el individuo y la historia, la falsificación del legado pasoliniano es, por tanto, su disolución.   

Franco Fortini, con el que sin duda no faltaron malentendidos e incomprensiones, pero que fue el primero en ver el peligro al que se enfrentaba la figura del amigo poeta, precisamente en las columnas de este diario, al día siguiente de su muerte, afirmó que “la única forma decente de hablar de Pasolini es leerlo”. Con estas palabras denunciaba no solo la imperecedera práctica de hablar de lo que no se conoce, a la que aún hoy se prestan muchos pasolinistas ocasionales, sino también la actitud de reducir su obra a la proyección de las expectativas del propio tiempo. 

La neutralización de su escándalo se diría, en efecto, que nace de la incapacidad de aceptar el dato extraño, diferente y no conciliado. Algo de todo esto se encuentra en su problemático apego al campo comunista, en la exploración obsesiva del pasado y las tradiciones, y también en las particulares formas de su homosexualidad, en las elecciones de su experimentalismo estilístico y en el continuo intento de renovar su conexión sentimental con los sujetos sociales en los márgenes de la historia. Se podrían hacer muchas otras referencias. Sin embargo, lo que une a estos primeros ejemplos, tan diferentes y heterogéneos, es el carácter contrastante que expresan con el presente, es su falta de actualidad o, siempre en términos de Fortini, es la manifestación brechtiana de las “equivocaciones” de Pasolini.  

“Él estaba equivocado y yo no tenía razón”, escribió Fortini en el inicio de Attraverso Pasolini. Su intención no era, sin embargo, rendirse al orden del presente, sino, por el contrario, substraerse a él junto con su antiguo compañero de poesía y de batallas políticas. Contra su normalización, el único “modo decente” es entonces leer a Pasolini para devolverlo al campo de la “no razón” o, precisamente, de la “equivocación”, que es el terreno del “escándalo de la conciencia”, de la búsqueda de la discontinuidad que genera una lucha real y que rechaza toda pacificación consoladora. Es la lectura que reaviva la chispa de la poesía, la discordia política, el rechazo del presente y de sus falsificaciones: una lectura que, tras la catástrofe de las izquierdas y la euforia postideológica, rechaza el actual orden de la verdad y acepta estar en el lado del error en el intento de reabrir la contradicción y reactivar el conflicto.

Fuente: il manifesto, 28 de octubre de 2025

Pasolini y el equívoco hegemónico

Una derecha que lleva tiempo en busca de identidad y todavía desorientada por el gran consenso electoral y el rápido ascenso al poder —de los establos a las estrellas— disfruta del éxito de las jornadas de Atreju [festival cultural de la derecha italiana]. La atención de la prensa, el desfile de estrellas y semiestrellas de la televisión y el periodismo, junto con el efecto mediático de la ofensiva lanzada contra algunas figuras simbólicas de la izquierda —Gramsci y Pasolini— parecen haber dado finalmente a la derecha esa dignidad cultural tanto tiempo ansiada y envidiada. Cuál es el proyecto y cuáles son los objetivos culturales no está, sin embargo, claro. El mismo deseo de “hegemonía” en el que se han detenido tantas veces los responsables melonianos parece frágil, motivado más por una mezcla de deseo de gloria y venganza que por un proyecto político concreto. 

Precisamente por eso, nos hace sonreír un poco el exceso de entusiasmo de Giorgia Meloni por la inclusión de la gastronomía italiana en el patrimonio de la Unesco. Más allá de las justas satisfacciones, se obtiene de hecho una idea de cultura estéril, frívola, basada en medallas que exhibir y no en la capacidad de penetrar en la sociedad, de plasmar el sentido común y, en definitiva, de transformar el país. Se ha visto también esto hace unas semanas, con motivo del congreso Pasolini conservador, en el que el escritor corsario fue elevado a trofeo junto a aquellos autores de derecha enumerados penosamente por algunos de los ponentes.

A la derecha italiana le parece, en efecto, que la cultura no es más que esto, un álbum de cromos del que presumir, quizá para dar nombre a calles o escuelas. La idea de que pueda ser un lugar problemático que hay que interrogar, capaz de substraerse a la corrupción del presente, está fuera del horizonte de esta derecha. Y quizás incluso fuera de sus capacidades. Al éxtasis por la atención mediática y por los reconocimientos simbólicos finalmente obtenidos se corresponde, de hecho, una total incapacidad ético-política, una imposibilidad de traducir palabras y pensamientos en realidad concreta.

Se ha visto esto también en el reiterado intento de reclutamiento de Pasolini, de quien también en Atreju se han debatido pasos y tomas de posición con cierta resonancia en la tradición de la derecha. Por lo demás, es difícil negar que en sus escritos hay una profunda crítica a la modernidad. Pero, ¿cómo se traduce esta actitud en la derecha? Pasolini estaba interesado en oponerse a su tiempo. Veía en el pasado una fuerza revolucionaria de la que los marxistas italianos eran herederos. Aun admitiendo algún vínculo con el pensamiento antimoderno, ¿de qué manera pretenden Fratelli d'Italia y los jóvenes de Gioventù retraducir su querella antagonista para batirse contra el presente?

La única idea de conservación que realmente funciona en el partido de Giorgia Meloni es, en realidad, la que defiende las posiciones privilegiadas de las clases más acomodadas, la que cristaliza las relaciones sociales y condena a las clases populares a un destino marcado. Es la idea que se substrae a cualquier acción contra las desigualdades, contra el desmantelamiento de la industria italiana, contra el capital financiero. La paradoja de la hegemonía meloniana, efectivamente arraigada en amplios sectores de la sociedad, es que no es cultural. Es la negación de la cultura entendida como espacio de crecimiento individual y colectivo. No tiene nada realmente gramsciano: orienta los sentimientos, juega con las frustraciones, con el malestar, pero sin ninguna intención de transformar el sentido común en buen sentido.

La hegemonía de la derecha es, de hecho, la que cultiva no la cohesión sino la desintegración, no la mejora sino la conservación, no la nueva civilización sino la destrucción de todos sus proyectos. A la hegemonía política de la derecha, de la que se deriva el éxito electoral de Giorgia Meloni, corresponde, de hecho, la subordinación a los modos de existencia importados de Estados Unidos, es decir, al neoliberalismo más burdo, que ve al ser humano como un objeto de explotación y al Estado como cámara de compensación entre los intereses particulares de las élites nacionales y el capital financiero internacional. La museificación de la cultura, su reducción a un estandarte que arrebatar a la izquierda, es funcional a esta sumisión, a esta regresión del sentido común que ha permitido a la derecha triunfar en un país en descomposición.


Fuente: Il manifesto, 20 de diciembre de 2025

Carta desde Lima: ir y venir en el Metropolitano

Un trayecto en autobús se convierte en una aventura en la que el pánico cunde entre los viajeros al ver ratones. 

Escrito por Enrique Planas 

Por la mañana, un hombre intenta vender un cachorro de pitbull. Otro le promete a su abogado pasar por su consultorio y resolver ese asunto urgente hoy mismo. La mujer de los bultos grita que es momento de comprar mercadería, que no encontrará esa oferta en ningún otro lugar. La estudiante queda con su amiga en pasar la noche en el cierrapuertas de esa fascinante tienda de departamentos. Todas las conversaciones al teléfono, a viva voz, convierten el bus del Metropolitano en una especie de Wall Street rodante. Consultas legales, tratos por cerrarse, oportunidades de compra y venta que estimulan ese ruido de voces que a nadie importa, concentrados como estamos en evitar la mirada del vecino. 

Pero el bus se detiene. Pocos metros delante, una mujer ha caído de espaldas en el punto exacto donde este toma una cerrada curva antes de alcanzar la estación Plaza de Flores. Lleva un polo con el apellido de un candidato a alcalde que fracasó en su intento hace años. Tiene la gordura propia de quien se alimenta de cualquier cosa con pocos dientes. Dos hombres han corrido a socorrerla, pero por su peso, solo pueden moverla lo suficiente para que las ruedas del Metropolitano no la alcancen.  

Las alarmas al interior del bus se activan: los pasajeros preguntan qué sucede, describen a la mujer caída, especulan que ha sido atropellada, señalan a nuestro chofer como un criminal. Alguien que debe gustar de los documentales médicos diagnostica con rapidez un caso de epilepsia. Los celulares han sido desactivados porque el teléfono malogrado empieza a expandir sus líneas.  

Poco después, los malabaristas que esquivan a diario los autos sobre la avenida República de Panamá responden al pedido de ayuda de los socorristas. Para sobrellevar esta ciudad, la de ellos es la profesión más adecuada: conocen el arte de manipular lo que les lanza la vida, no temen vivir sueltos en el aire y saben mantenerse, pese a todo, en equilibrio. Los malabaristas intentan sacarnos de nuestra actitud de rebaño protegido detrás del vidrio. Hacen gestos, se llevan un pulgar al oído y el meñique a la boca, animando a quienes tienen celular que hagan algo útil. ¿Para qué tienen teléfono si no pueden llamar una ambulancia?, preguntan. Pero nadie responde. Sus llamadas de atención hacia nosotros crecen con la justa rabia de quien no se resigna.  

En el momento en que alguien reaccione y se le ocurra hacer la llamada, ya será tarde. La mujer ha sido recogida y solo queda en la vereda un fluido orgánico que nos acusa por nuestro autismo. El bus reanuda su marcha.  

                                                    **** 

De noche, de regreso del trabajo, una compañera del diario y yo aguardamos en la estación la llegada del bus. A esa hora, la cola es caprichosa, se repliega sobre sí misma para hacer más compacta la espera de muchos. Deberá llegar más de un transporte para podernos acercar a la rampa de acceso. Por fin, terminado un aburrido baile de pasos cortos, subimos envueltos por un monocorde zumbido.  

“¡Esperen, esperen!”, se escucha una voz, y el chofer detiene las puertas ya preparadas para el cierre. Una mujer empuja una silla de ruedas y con ella divide la masa de pasajeros como hiciera Moisés con las aguas del Nilo. El hombre sentado en la silla viste de mandil blanco, aunque su apariencia lo asemeja más a un miembro del club de los Hell’s Angels, la banda aficionada a las motocicletas de alta cilindrada, casacas de cuero y grasientas cabelleras.  

El público responde como lo ordena el manual: da permiso sin chistar y libera la zona reservada para sillas de ruedas. El bus reemprende su repetida rutina y el hombre intercambia palabras con su compañera, mientras coloca sobre sus piernas una mochila deportiva. Sin embargo, no pasará mucho tiempo para que ocurra un ligero choque contra la realidad convencional: del pelo rizado del hombre aparece la afilada cabeza de un ratón.  

Los ojos de mi compañera de viaje se abren hasta alcanzar un diámetro imposible. Su respetuosa reverencia para con una persona con discapacidad se ha convertido en miedo y repugnancia. El bus va tan atestado de pasajeros que no puede escapar. La verdad, mi amiga ni siquiera puede moverse. Solo atina a voltear la mirada, intentando descifrar la imagen aunque no pueda entenderla, buscando adaptarse al cambio de su entorno, dar con una respuesta que disolviera su confusión. Entre tanto, otro ratón sale del cuello del hombre y se escabulle con dirección hacia su manga derecha. Luego, la cola de otro roedor florece repitiendo una sucesión de acontecimientos de los que parece imposible predecir sus consecuencias.   

Cuando descubro los demás rostros que nos acompañan en el incómodo silencio, puedo leer en ellos el significado de la palabra “pánico”: un fenómeno que afecta, más allá de nuestra mente, nuestro cuerpo. El ataque de miedo feroz se vive como el desplome de nuestro orden. La crisis se evidencia con palpitaciones, el sudor frío no refresca.  

Felizmente, en situaciones de pánico siempre aparece un héroe. Una señora, de pie a nuestro lado, le dice al hombre: “Oiga, ¿no ve que tiene ratones cayendo de su cabeza?”. Y él, con el gesto displicente de quien se sacude la caspa de los hombros, va cogiendo sus criaturas de la cola, arrancándolos de sus cabellos, para encerrarlos en su mochila, antes de retomar la conversación con su compañera. Nuestro pánico los había interrumpido.



[Fuente: www.letraslibres.com]

Chile: la gente no fue engañada, deseaba a Kast

El desafío para las izquierdas no pasa por «abrirle los ojos» a su sociedad o por «desmontar» los engaños políticos y mediáticos sino por reconstruir instituciones, relatos y formas de vida en las no se deba elegir entre precariedad y autoritarismo.

Gabriel Boric Font, recibe en el Palacio de La Moneda al presidente electo, José Antonio Kast, el 15 de diciembre de 2025.

Escrito por Bernardo Jorquera

Las explicaciones más recurrentes del triunfo del pinochetista José Antonio Kast suelen darse en dos ejes centrales: por un lado, la manipulación y la ignorancia, es decir, el campo comunicacional y la recepción pasiva de la ciudadanía. Por otro, «el voto contra sus propios intereses», como si esos intereses estuvieran hoy totalizados en una conciencia de clase sólida y no fragmentados por las condiciones materiales del capitalismo contemporáneo.

Ante ello, es inevitable traer la frase del filósofo Baruch Spinoza: «¿Por qué combaten los hombres por su servidumbre como si se tratase de su salvación?». La respuesta que se sugiere en este artículo no está en un «engaño», ni en la «ignorancia», ni solo en la ineludible manipulación mediática. El propósito de este trabajo es darle un giro a aquellas lecturas que parecen haberse instalado en la región y en el mundo hace una década, lecturas que reaparecen cada vez que existe un golpe en el escenario político y los pueblos eligen a lo que la izquierda suele denominar sus verdugos, formulando una y otra vez las mismas preguntas de: ¿Por qué las clases populares están votando a la ultraderecha? y ¿Por qué las izquierdas no son capaces de ser una alternativa para la clase trabajadora?”

Comencemos cuestionando la tesis del «engaño», la «manipulación» o lo que los viejos marxistas denominan «la falsa conciencia». Para el Lukács de Historia y conciencia de clase, el punto de partida no está en la ignorancia de las masas o en su manipulación (que hoy realizan las grandes empresas tecnológicas por medio de los algoritmos), sino en la reificación, es decir, en una subjetividad en donde las relaciones sociales se ven fragmentadas en un orden natural e inevitable, en el que no aparecen las relaciones de poder y los procesos históricos por los cuales existen las jerarquías y la desigualdad económica. De esta manera, la construcción de una conciencia de clase capaz de ser tomada activamente por las clases trabajadoras no fracasa porque ellas «no entiendan», sino porque no existe una infraestructura discursiva y material capaz de cristalizar en un horizonte emancipador y colectivo las experiencias de precariedad laboral, endeudamiento e inseguridad de futuro.

A partir de lo anterior, es que Mark Fisher, haciendo una lectura contemporánea de Lukács, nos explica en Deseo postcapitalista la forma en que aquella experiencia reificada es utilizada por el neoliberalismo para construir la estructura de un sujeto que se ve a sí mismo como capital humano, como un ser en el mundo totalmente individualizado y desprendido de cualquier colectividad social para enfrentar sus problemas. Así, Fisher describe que en los setenta existió un «descentramiento» de la clase, para luego desaparecer en los noventa. Sin embargo, el autor británico, que escribió en los albores de la llegada del primer mandato de Trump a la Casa Blanca en 2016, advertía diciéndonos que existía «una vuelta a la clase», pero esta vez, en clave identitaria:

¿Cómo podría un desarrollador inmobiliario multimillonario ser un ventrílocuo de las preocupaciones y angustias, de la subjetividad de la clase trabajadora? Es una buena pregunta, pero el hecho es que logró serlo. Hay razones complejas que explican eso. Por un lado, había una razón fantasmática… Parte de la forma en que opera la supresión de la conciencia de clase es a través del reclutamiento fantasioso de los subordinados en la identificación con una carrera (…). Eso se debe en parte a que se alienta a las personas a creer que ya son ricas, solo que aún no tienen dinero.

Así, la vuelta a la clase en forma identitaria o reificada no supone una recomposición de la clase como totalidad social —en el sentido lukacsiano de una posición estructural en la producción de riqueza—, sino su transformación en una matriz discursiva, simbólica y afectiva capaz de movilizar la rabia y el hastío de la precariedad neoliberal hacia élites políticas y culturales, que consideran como un impedimento para el despliegue de significantes que le dan forma a esta matriz discursiva, como la libertad, el emprendedurismo y el progreso individual. Es decir, tal como describe Fisher, la identidad de clase es una base desde la cual movilizar un descontento como un lugar de tránsito y de carrera hacia la perspectiva de ser empresario, «dueño de tu propio tiempo» o «tu propio jefe».

En ese sentido, José Antonio Kast, en su primer discurso como presidente electo, también construyó esa matriz discursiva, simbólica y afectiva bajo la cual la clase constituye una identidad desde donde desplegar un fenómeno de canalización de la rabia y el malestar social, al igual que Trump. El ejemplo más patente de esto, tal vez esté uno de sus discursos más recientes, cuando luego de conocer los resultados que le daban más de 15 puntos de diferencia porcentuales y dos, más de dos millones de votos con la candidata del oficialismo Jeannette Jara, el ahora presidente electo afirmó frente a sus adherentes: «Ganó ese Chile que trabaja, ese Chile que madruga».

Parafraseando lo que Fisher dijo de Trump, ¿Cómo podría un empresario de ojos azules y apellido alemán ser un ventrílocuo de la clase trabajadora chilena? Sin duda Kast quiso construir un discurso alejado de lo que pudiera parecer a «élite», aun cuando fuera muy difícil salir de un estereotipo muy instalado en la sociedad chilena. Prueba de ello es que en la franja televisiva intentó realizar piezas audiovisuales para contraponerse a esa narrativa, apelando a valores como el esfuerzo, el trabajo y el sacrificio en relación a su historia familiar. En un spot sostuvo: «El origen de mi familia es sencillo. Agricultores alemanes, ninguno de los dos tuvo educación universitaria. Llegaron a Chile con mucho esfuerzo. Ellos dos trabajaban de sol a sol, por lo que uno trabaja siempre, por sus hijos».

De esta manera, podemos ver que Kast intenta sacarse el estigma de ser de la élite, apelando a una suerte de meritocracia y de esfuerzo de una supuesta familia de inmigrantes que, gracias a su trabajo, pudo progresar. De modo que, al igual que en el trumpismo y el bolsonarismo, se busca presentar como élite a la burocracia estatal, a lo que Kast denomina «los operadores políticos», y a los intelectuales «woke», que constituirían aquella «casta» que, a través de una lógica moralizante, aparece como una dirigencia espuria, ineficiente y desconectada de la gente común. A saber, como una mediación ilegítima entre el individuo y la posibilidad de maximización de su capital humano.

Llegados a este punto, podríamos entender que el éxito de la ultraderecha radica en su capacidad para apropiarse de la identidad de clase y movilizar el malestar social. Sin embargo, una explicación que se detenga únicamente en el éxito de su discurso y en la movilización afectiva que este produce daría cuenta solo de una recepción pasiva, de arriba hacia abajo. Precisamente eso es lo que pone en cuestión Verónica Gago con su concepto de «neoliberalismo desde abajo», en el que las condiciones materiales de la cotidianidad configuran un sujeto neoliberal, profundamente arraigado a la búsqueda de salidas hiperindividualizadas a las condiciones de precarización de la vida.

De esta manera, Gago propone un esquema que opera de forma inmanente en su concepto de neoliberalismo desde abajo, pues son las formas de la vida cotidiana las que reproducen esa lógica en el ejercicio diario de reproducción de la vida. Así, la filósofa argentina plantea esta apropiación de la lógica neoliberal por parte de los sectores populares como una serie de tecnologías, prácticas y afectividades que impulsan el emprendedurismo, la autogestión y la responsabilidad únicamente individual. Precisamente, lo que Gago conecta con la conceptualización del neoliberalismo de Foucault, es decir, como una gobernabilidad que empuja hacia la exacerbación de las libertades individuales.

De allí que, para no caer en una explicación ni moralizante ni solo de reproducción ideológica, sea imprescindible tomar la caracterización que Gilles Deleuze y Felix Guattari hicieron del deseo. Estos últimos, sostienen en El Anti-Edipo que el deseo no es una carencia, ni un error o distorsión provocada, sino una fuerza productiva que atraviesa toda la vida social. Dicho de otro modo: no existe un deseo «puro» y ajeno a una sociedad que luego lo distorsiona. El deseo y la organización de lo social se producen juntos, al mismo tiempo, y se moldean mutuamente. Por eso su frase resulta tan incómoda: «Las masas no fueron engañadas; desearon el fascismo, y eso es precisamente lo que hay que explicar».

Así, los autores advierten que los regímenes autoritarios como el nazismo o el fascismo no incurrieron en una «manipulación» o en un simple «engaño», sino que ciertas condiciones materiales e históricas pueden movilizar a las masas a desear la represión, el autoritarismo o los ajustes económicos severos. El problema para las izquierdas, entonces, no pasa solo por «abrirle los ojos» a su sociedad o por «desmontar» el engaño de la ultraderecha, sino por preguntarse qué determinadas condiciones materiales e históricas posibilitan un deseo reaccionario, que, inclusive, puede tener consecuencias materiales que profundicen la crisis de las clases populares.

De ahí, que Deleuze y Guattari nos inviten a pensar los procesos de ruptura y cambio social no solo como movimiento, reforma o cambio radical de instituciones, sino como desterritorialización del deseo, es decir, un proceso en donde se modifica el sentido del deseo que estaba puesto en instituciones sociales y políticas concretas, borrando o desdibujando los marcos de sentido que antes hacían predecible, segura o monótona la vida social. Así, una desterritorialización del deseo modifica expectativas, afectos, responsabilidades o formas de pertenencia que antes se daban por sentadas en la sociedad.

De esta manera, el último ciclo político chileno, que va desde el inicio de  «La Revuelta Popular» de octubre 2019 hasta el triunfo de José Antonio Kast a fines de 2025, puede pensarse, a la manera de Deleuze y Guattari, como un prolongado ciclo de desterritorialización y reterritorialización del deseo. Así, el estallido social abrió una gran caja de energía social deseante de cambios, escondida por décadas, una potencia colectiva difícil de encauzar que socavó grandes consensos simbólicos, políticos, institucionales y sociales. A ello se sumó la inesperada pandemia del COVID-19, que unos meses después aceleró las incertidumbres y el miedo por el futuro, cultivando un clima de catástrofe y de abismo, que se intensificó aún más por la crisis económica causada por la pandemia.

En ese escenario, el gobierno de Gabriel Boric, en primer lugar, no logró generar una reterritorialización del deseo en certezas materiales y afectivas que a la salida de la pandemia tenían a la sociedad chilena todavía conmocionada por ese periodo difícil, tanto en lo psicológico como en lo económico. En segundo lugar, la Convención Constitucional tampoco fue una herramienta efectiva para conducir esas incertidumbres, pues en la redacción de la propuesta de nueva Constitución política —al margen de todos los errores propios— no existía la posibilidad concreta de ir materializando aquellas conquistas sobre las que se iba avanzando en la discusión constitucional. Lo cual, sumado a la ausencia de un relato común anclado en los sectores populares, abrió el camino para un desprestigio general de su gobierno y para la captura de un relato peyorativo por parte de los medios de comunicación y las derechas.

De esta manera, fue en ese contexto de incertidumbre y de no anclaje que las derechas lograron poco a poco ir reteritorializando nuevamente el deseo hacia certezas más conservadoras y reaccionarias, donde en una vuelta a las significaciones tradicionales como las de familia, nación y orden, lograron representar una promesa tangible y creíble de estabilidad en un momento convulso. En definitiva, un deseo desorientado y sin anclaje o piso que, ante una falta de alternativa de salida emancipatoria o colectiva tangible, se volcó a una reterrotorialización autoritaria que fue aprovechada por diversas figuras de la derecha y la ultraderecha, incluido al propio Kast.

Hasta aquí, hemos descrito cómo el deseo no solo puede tener una potencia emancipatoria en fenómenos sociales como las revueltas, sino que también puede incurrir en una configuraciones autoritarias y reaccionarias gracias a una invocación de las incertidumbres y miedos causados por esa desterritorialización y no anclaje del deseo. Sin embargo, esto solo explica una parte del fenómeno, lo que nos falta es identificar cómo ese deseo adquiere una cristalización simbólica, una coherencia moral y un discurso afectivo capaz de movilizar a un amplio grupo de la sociedad.

En ese sentido, en Bolsonarismo y extrema derecha global: una gramática de la desintegración, Rodrigo Nunes nos ofrece un marco para comprender cómo ese deseo reaccionario es capturado a través de una mediación ideológica y de una gramática que produce una matriz discursiva con la que los sujetos no solo se representan la realidad, sino que también la habitan. En primer lugar, retomando la definición althusseriana de ideología como «la relación imaginaria de los individuos con sus condiciones reales de existencia», el autor sostiene que la ultraderecha no se limita a captar el malestar: lo narra. Es decir, construye una explicación de la crisis cotidiana que viven los sujetos, ofreciendo un relato que ordena culpas, responsabilidades y promesas. De este modo, la ultraderecha formula diagnósticos del abismo contemporáneo mientras que propone soluciones aparentemente simples y prácticas, que parecen surgir naturalmente de ese mismo diagnóstico.

Esa narrativa, que actúa como mediación ideológica, comienza a producir reglas, formas y sentidos que organizan los actos y prácticas cotidianas. Es lo que Nunes, retomando a Wittgenstein, denomina una gramatología: un conjunto de normas implícitas que indican qué puede decirse, qué es legítimo sentir y cómo deben interpretarse los conflictos. De este modo, la narrativa deja de ser solo discurso y se convierte en una forma de vida: moldea relaciones, orienta prácticas políticas concretas y crea comunidades afectivas que se reconocen y movilizan en torno a esa narrativa autoritaria.

En efecto, esta gramática no se queda en el nivel discursivo y se vuelve práctica cotidiana, organizando la forma en que las personas interpretan su propia vida y la de los demás. Así, el discurso de Kast diciendo que «Ganó el Chile que madruga», condensa la narrativa del esfuerzo individual, esa que se traduce en aceptar trabajos cada vez más precarios «porque hay que salir adelante», en asumir la culpa personal por el endeudamiento, en apoyar políticas de mano dura, aunque afecten y tengan consecuencias en los propios barrios donde habitan los sectores populares, o en desconfiar de cualquier forma de acción colectiva, porque es vista como pérdida de tiempo o manipulación política. En este sentido, la gramática reaccionaria no solo explica el mundo:  produce sujetos que actúan, sienten y deciden de acuerdo a ella.

A la luz de lo expuesto, el triunfo de José Antonio Kast deja de aparecer como un simple error electoral o como el resultado exclusivo de la manipulación mediática. Fue, más bien, la cristalización de un proceso en el que la ultraderecha logró articular el malestar generado por años de precariedad con una narrativa moralizante capaz de ofrecer pertenencia, estabilidad y sentido allí donde predominaban la incertidumbre y el desgaste. La pregunta ya no es «por qué las clases populares votan contra sus intereses» sino por qué, en ausencia de horizontes colectivos convincentes, el deseo social encontró en el orden autoritario la promesa más disponible de seguridad y realidad. La tarea que se abre no pasa por moralizar ese fenómeno, sino por disputar sus condiciones, reconstruyendo instituciones, relatos y formas de vida en las que el deseo pueda orientarse de otro modo, sin tener que elegir entre precariedad y autoritarismo.

Referencias:

Deleuze, G. & Guattari, F. (1985). El Anti Edipo. Capitalismo y Esquizofrenia. Paidós.

Fisher, M. (2024). Deseo postcapitalista. Las últimas clases. Caja Negra.

Gago, V. (2014). La razón neoliberal. Economías barrocas y pragmática popular. Tinta Limón.

Kast, J.A. (2025, 30 de noviembre). Capítulo 1, “El Cambio que Chile necesita” [Video]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=XToMa2O4CWs&t=49s

Kast, J. A. (2025, 5 de diciembre). El primer discurso del presidente electo José Antonio Kast [Video]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=_zNEZuTNCMQ

Lukács, G. (1969). La posición del proletariado. En Historia y conciencia de clase: Estudios de dialéctica marxista. Grijalbo.

Nunes, R. (2024). Bolsonarismo y extrema derecha global: una gramática de la desintegración. Tinta Limón.


[Foto: Vía Wikimedia Commons - fuente: www.jacobinlat.com]