terça-feira, 1 de maio de 2018

Joann Sfar, dessinateur et réalisateur

Joann Sfar est un dessinateur, romancier, illustrateur, musicien, producteur et cinéaste français juif né en 1971 à Nice. Ses albums de bande dessinée (BD) de la série Le Chat du rabbin l'ont rendu célèbre. Cet auteur talentueux a aussi réalisé Gainsbourg, vie héroïque. Son œuvre prolifique aborde des questions religieuses, philosophiques et spirituelles. Joann Sfar a créé des dessins ironiques dans lesquels il exprime notamment son indignation face à l'antisémitisme. Le 2 mai 2018, OCS Choc diffusera "Le Chat du rabbin", film d'animation réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux.




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Joann Sfar est né en 1971 à Nice dans une famille juive :  son père André, né en Algérie, alors française, était avocat et avait lutté contre la résurgence du néo-nazisme, et sa mère Lilou, d'origine ukrainienne, est chanteuse pop. Orphelin de mère à l'âge de quatre ans, Joann Sfar grandit sou l'autorité bienveillante de son père et son grand-père, ancien résistant, médecin dans la brigade Alsace-Lorraine, puis rabbin. "Mon grand-père maternel et mon père, qui avaient une vision opposée de l'existence. Toute la famille juive ukrainienne de grand-père a été déportée. Pendant la guerre, il était le médecin de la brigade Alsace-Lorraine. Son titre de gloire, c'est d'avoir sauvé la main droite d'André Malraux, qui, pour le remercier, lui a accordé la nationalité française. C'était un type très cultivé, très caustique, qui, dans son enfance, avait fait des études pour être rabbin mais était d'un anticléricalisme total. Les seules choses qui l'intéressaient dans l'existence étaient l'amour, la science et la littérature. Quand j'étais petit, il disait une phrase que j'aimais beaucoup : « Quand on voit ce qui s'est passé, soit Dieu n'existe pas, soit c'est un sale con. » Mon côté fouteur de merde, je le tiens de lui", a relaté Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011).

Joann Sfar est scolarisé en école juive.


"Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien", écrit Joann Sfar dans Comment tu parles de ton père. "Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes". "C'est un juif méditerranéen, très beau, excellent pianiste, champion de ski nautique, brillant avocat niçois, aujourd'hui à la retraite. Un séducteur, mais en même temps un homme très traditionaliste, très attaché à la religion. Son exploit à lui est d'avoir été le premier à faire mettre en prison des néonazis, dans les années 1970. Ce qui m'a valu pendant mon année de CM2 d'aller à l'école entre deux gendarmes, parce que ma classe avait été saccagée par les gens qui voulaient l'intimider. On avait des coups de fil la nuit, on recevait des cercueils... Ça ne l'impressionnait pas, au contraire. À 13 ans, le jour de ma bar-mitsva, je me suis fait attaquer et voler dans la rue. Mon père m'a engueulé parce que je n'avais pas été capable de frapper mes agresseurs, et mon grand-père m'a félicité de ne pas avoir pris de risques. Ça résume beaucoup de choses sur mon enfance. Je les aimais tout autant tous les deux, mais je n'ai jamais choisi entre l'ironie et le coup de poing dans la figure. Je suis capable des deux", a dit Joann Sfar à Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011). "Ma République idéale, c'est Nice où j'ai grandi : on était toujours fourrés ensemble, Blancs, Noirs, juifs, musulmans, on se sortait les pires vannes racistes du monde, mais il ne nous serait pas venu à l'idée de ne pas se fréquenter !", a déclaré Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011).

Joann Sfar aspire à une carrière dans la bande dessinée. Il suit des études de philosophie à Nice, puis à l'École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, dans l'atelier de Pierre Carron.
 En 1994, l'Association, jeune maison d'édition fondée par Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et Mokeït, publie les premières planches de Joann Sfar. Une nouvelle génération s'épanouit en se distinguant de l'école classique franco-belge.

Cet auteur travaille au sein de l'atelier Nawak, puis de l'atelier des Vosges à Paris. Et y initie des collaborations artistiques. "Il y a un effet de génération avec l'arrivée de Christophe Blain, Marjane Satrapi, Lewis Trondheim, David B., qu'on travaillait dans le même atelier, qu'on a amené un style, un goût un peu neuf. Mais ça ne correspond pas à une « école » artistique ! On est tous trop individualistes, trop différents. Même quand on a collaboré pour des albums, c'était pour le plaisir, pas pour rédiger des manifestes. On n'a jamais prétendu être « alternatifs ». Moi pas, en tout cas. J'ai juste demandé autant de sérieux pour la bande dessinée que pour la littérature. C'est réussi, puisqu'on a maintenant les mêmes maladies que la littérature : surproduction, critique indigente... En ce moment, la BD ne va pas très bien, les gros éditeurs ont perdu une partie de leur identité, l'édition indépendante s'est tuée elle-même en coupant les branches qui poussaient le mieux...", s'est souvenu Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011). 
Il crée des séries pour adultes et jeune public : Petit Vampire, Sardine de l'espaceLe Chat du rabbin, Donjon, Klezmer, Carnets...

Le Chat du rabbin
En 2002, Dargaud a publié le premier tome de la série Le Chat du rabbin, mise en couleurs par Brigitte Findakly. Ce chat est inspiré de celui de Joann Sfar qui l'a appelé "Imhotep, comme l'architecte des pyramides".
 "Le chat du rabbin adore se blottir dans les bras de sa maîtresse, Zlabya. Après avoir dévoré le perroquet de la maison, il se met soudainement à parler. Mais le rabbin lui interdit alors de voir sa maîtresse car il ne dit que des mensonges.Le rabbin commence à enseigner à son chat la Torah afin de le remettre dans le droit chemin. Ce dernier demande donc naturellement à faire sa Bar-Mitsva. Mais un chat parlant a-t-il vraiment le droit de faire sa Bar-Mitsva ?"

La série comprend les albums suivants, traduits en  allemand, anglais, arabe, espagnol, hébreu, italien, polonais, portugais, russe, suédois ou/et tchèque :
La Bar-Mitsva (2002), préfacé par Éliette Abécassis. Joann Sfar le dédie « en hommage à tous les peintres d’Alger au XXe siècle » ;
Le Malka des lions (2002), préfacé par Mohamed Fellag ;
L’Exode (2003), préfacé par Georges Moustaki ;
Le Paradis terrestre (2005), préfacé par Jean Giraud.
Jérusalem d'Afrique (2006), préfacé par Philippe Val. Joann Sfar y a indiqué que cet album vise à lutter contre le racisme. "Si j'étais en Israël, je serais sans doute d'extrême gauche. En revanche, j'ai du mal à comprendre la manière dont ce pays est décrié ici. La création de l'État d'Israël après la Seconde Guerre mondiale, c'est le constat que l'Europe n'arrivait pas à protéger les Juifs. Je déborde d'amour pour les populations qui habitent là-bas, j'y vais souvent. C'est inextricable comme dans beaucoup d'autres coins du globe. Mais la quête que mènent mes personnages est surtout une réflexion sur les racines, sur l'illusion que tout était mieux avant. La Terre promise pour le futur ou l'âge d'or pour le passé, ça m'emmerde. Seul le présent m'intéresse", a expliqué Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011) ;


Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi (2015) ;
La Tour de Bab-El-Oued (2017).

Élise McLeod et Sei Shiomi mettent en scène La Bar-mitsva du Chat du Rabbin, avec Rémy Darcy, Shiran Azoulay, et Camille Nahum, adaptatrice, au théâtre Michel Galabru en 2004, puis au Théâtre Le Temple en 2005.

Joann Sfar cofonde le studio de production Autochenille Production.


En 2011, Joann Sfar a adapté les tomes 1, 2 et 5 du Chat du rabbin, "critique acidulée des religions, au travers des aventures d'un chat parlant". "Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l'éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d'elle... même à faire sa bar-mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l'aider, son chat commet le sacrilège d'invoquer l'Éternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d'une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale..." Ce film en 3D reçoit le César du meilleur film d'animation.

"Pendant la préparation du dessin animé, on a filmé [mon chat] pendant des heures, avec son air de se foutre de tout, de ne penser qu'à sa gueule... C'était vraiment le Candide de Voltaire que je voulais pour mon histoire. Au départ du projet, j'étais très angoissé. Ce sont les comédiens qui m'ont rassuré. Avec eux, les ressorts narratifs m'ont tout à coup paru très simples : dès qu'ils sont arrivés, maquillés et costumés, j'ai eu des souvenirs de mes lectures enfantines de Molière : Hafsia Herzi, qui joue Zlabya, la maîtresse du chat, c'est la jeune fille à marier du théâtre classique. Son père le rabbin, Maurice Bénichou, on pourrait le trouver dans Tartuffe, en plus tendre. Quant à François Morel, on s'est rencontrés pendant une lecture du Petit Prince. Il faisait toutes les voix, et en particulier celle du renard : ultraséduisant, un peu salaud, égoïste... Personne, mieux que lui, n'aurait pu donner sa voix au chat, en faire un vrai valet de Molière, un Scapin ou un Sganarelle. Après, j'ai choisi de faire un film d'animation, et non un « live », parce que je voulais qu'il y ait une homogénéité entre le chat et les autres personnages, je ne voulais pas le faire tout seul en animation, donc il fallait que tout soit dessiné", a confié Joann Sfar à Télérama (3 juin 2011).

Et d'ajouter : "depuis, dix ans ont passé, pendant lesquels j'ai tourné en ZEP, dans les collèges et les lycées, avec la BD. Ça m'a permis de mesurer les effets du livre. Un jour, une gamine est venue me dire : « Ton bouquin, on voulait pas l'ouvrir, mais ça nous a plu, finalement, parce qu'on a vu que les Juifs et les Arabes sont aussi cons les uns que les autres. » C'est exactement ce que je voulais : dédramatiser la relation entre les musulmans, les juifs, les chrétiens... Quand j'ai commencé la préparation du dessin animé, j'étais devenu très conscient de cette dimension pédagogique. Ça m'angoissait, parce que les « messages » peuvent alourdir un film, voire le foutre en l'air. Par exemple, lorsque le vieil imam regarde le spectateur droit dans les yeux et dit : « Notre Dieu n'est pas haineux, il aime la science. » C'est trop direct, mais je ne pouvais pas laisser la moindre ambiguïté, risquer, sur un tel sujet, de ne pas être compris. Il y a quelques jours, en pleine tournée de promo du film, j'ai laissé échapper : « Il faudrait arrêter de faire comme si la religion c'était sacré. » Brassens disait qu'il faut critiquer les uniformes, mais pas les gens qui les portent. J'adore les Arabes, les Juifs, mais par contre, la religion, ça m'emmerde."

Et de conclure : "Mon film "est plein de défauts ! Comme la BD, comme Gainsbourg (vie héroïque)... Mais j'aime essayer des choses inédites, que je ne maîtrise pas forcément. C'est la maladresse qui est émouvante. Le point faible de mes récits, c'est leur structure. Ils ont quelque chose d'organique, de dilaté... Autant j'ai l'impression qu'avec mes livres j'ai ouvert une petite blessure qui me ressemble, autant je ne sais absolument pas si mes films sont intéressants. Je n'ai aucun recul. J'ai presque hâte d'en avoir quatre ou cinq derrière moi pour y voir un peu plus clair..."

Œuvre variée

L'œuvre de Joann Sfar rencontre un succès croissant critique et populaire et critique, distinguée notamment lors du Festival de bandes dessinées à Angoulême, et par le Prix René Goscinny pour La Fille du professeur (1997).

Cet auteur conçoit des billets dessinés dans la presse généraliste (Mon cahier d'éveil dans Charlie Hebdo, Télérama, Le Huffington Post).
 Il illustre des livres classiques - Candide de Voltaire, Le Banquet de Platon -, et écrit des romans, dont L’homme arbre.

Joann Sfar a dirigé des collections chez Bréal Jeunesse et chez Gallimard (« Bayou »).

En 2003, sa série Petit Vampire fait l'objet d'une adaptation télévisuelle.
 En 2010, Joann Sfar se lance dans le cinéma avec le film Gainsbourg, vie héroïqueavec Éric Elmosnino, Lucy Gordon, Lætitia Casta. Ce long métrage obtient le César du meilleur premier film. En 2011, il conçoit une exposition sur Georges Brassens. "C'était très amusant à faire, d'autant que si Gainsbourg est un poète qui me fascine, Brassens est une sorte de maître. Sa vision de la vie me convient", a déclaré Joann Sfar.

Dès 2013, sur France Inter, il tient dans l’émission Downtown la chronique « Vous voyez le tableau ».
 En 2016-2017, l'Espace Dali à Montmartre proposait l'exposition Joann Sfar - Salvador Dali : Une seconde avant l’éveil. "1939, Dalí publie une Déclaration d'indépendance de l'imagination des droits de l'homme à sa propre folie, en réponse aux censeurs. Il emploie dès lors cette liberté d'expression en favorisant les associations d'idées et d'images spontanées qui donnent à ses œuvres une incomparable puissance imaginative. C'est à Joann Sfar, l'un des conteurs contemporains les plus talentueux, connu du grand public pour sa bande dessinée Le Chat du Rabbin et son film Gainsbourg Vie Héroïque, que l'Espace Dalí a donné carte blanche pour imaginer le scénario d'une rencontre artistique avec celui que Brassaï appelait « l'explorateur aussi hardi que lucide de l'irrationnel ».


"Artiste formé aux Beaux-Arts de Paris, Joann Sfar, nous propose un chemin dessiné dans ce qu'il s'imagine être le cerveau de Dalí. Il encourage la perdition et l'égarement parmi les figures monstrueuses. Ce qui lui importe, c'est que l'exposition soit aussi excitante qu'un conte de fées. L'exposition est une invitation au « voyage immobile » d'un peintre et de ses modèles évoluant entre rêve et réalité, au fil de l'écriture en dessin de Joann Sfar. Dans un décor enchanté par les sculptures et objets surréalistes de Dalí et les créations Haute Couture de Schiaparelli qui ont inspiré l'artiste, plus de 200 dessins originaux, croquis, esquisses sont à découvrir. Parallèlement à l'exposition, Joann Sfar publie aux éditions Rue de Sèvres un récit en bande dessinée en hommage à Dalí, Fin de la parenthèse, dont les dessins originaux sont présentés dans l'exposition.

Joann Sfar joue notamment de l'ukulélé. Il a accompagné sur scène Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos. Il a élaboré des pochettes du groupe et le clip de la chanson Tes lacets sont des fées. Il a aussi coréalisé avec Kerascoët le clip Hyacinthe pour Thomas Fersen.

Juifs, judaïsme, antisémitisme

Dans son œuvre prolifique, Joann Sfar aborde des questions religieuses, philosophiques et spirituelles. Joann Sfar s'est fait le chantre d'un judaïsme sépharade, souvent méconnu.

Il a créé des dessins ironiques dans lesquels il exprime notamment son indignation face à l'antisémitisme.
 En janvier 2016, Joann Sfar a publié sur les réseaux sociaux ses dessins moquant le qualificatif "déséquilibré" adopté hâtivement et notamment par les autorités politiques et l'AFP (Agence France Presse), et repris par l'ensemble des médias, dès qu'un Juif est victime d'une agression antisémite par un individu doté de toute sa conscience, responsable de ses actes jusqu'à preuve du contraire. GÉNIAL. En juin 2016, une "adaptation de la BD "Le Chat du rabbin" a été dégradée dans la médiathèque de Lannion, ciblée par des actes antisémites à répétition. Joann Sfar s'est insurgé contre des dégradations antisémites commises sur une adaptation de son œuvre "Le Chat du rabbin" dans une médiathèque de Lannion".

"Livres et DVD sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah dégradés, commentaires injurieux dans les WC… Depuis un an, la médiathèque de Lannion (Côtes-d'Armor) est la cible d'actes antisémites et racistes, comme en fait était Ouest-France. La dernière provocation en date a visé une adaptation vidéo de la bande dessinée Le Chat du rabbin. En réaction, son auteur, Joann Sfar, a poussé un coup de gueule sur Facebook. Après avoir partagé l'article de Ouest-France qui rapporte la nouvelle dégradation commise dans la médiathèque bretonne, le célèbre dessinateur s'est fendu d'un long message sur son profil Facebook, sur un ton mêlé de tristesse et de lassitude. « On m'a élevé avec des phrases du genre ils commencent par brûler des livres et après ils s'en prennent aux hommes ».


Et d'ajouter : « Depuis Mohamed Merah, le coup d'envoi du grand massacre d'hommes et de femmes a démarré en France. Dans ce monde où chaque semaine annonce une nouvelle tuerie, la première pensée qui me vient, c'est en plus on défonce des livres. Pardon pour mon apathie. J'arrive face à vous après quinze ans d'interventions en Zep durant lesquelles j'ai vu comme enseigner la Seconde Guerre mondiale devenait un acte périlleux. Vraiment, au point où on en est, je devrais ne même pas être ému, de découvrir que mes livres qui ne parlent que de vivre-ensemble et de rapprochement entre les hommes sont l'objet de déprédations ».


Le "dessinateur profite de ce message pour expliquer ses difficultés à vendre son œuvre Le Chat du rabbin dans certains pays.  « Je ne veux pas nommer les acheteurs, mais sans exception les représentants d'innombrables territoires m'ont dit : "à titre personnel, ça nous plairait, mais il y a rabbin dans le titre, alors ce n'est pas pour nous". La bonne nouvelle que retient Joann Sfar consiste au fait que « pour la première fois un journal parle » des attaques dont son œuvre est la cible. Il termine son message sur Facebook, « liké » et partagé plusieurs milliers de fois, par une forme d'avertissement : « Les juifs sont un baromètre : quand on commence à cogner dessus, c'est que les libertés ne sont plus là pour longtemps »


Le 3 octobre 2017, dans sa page Facebook, Joann Sfar a publié son avis sur un plan gouvernemental de lutte contre l'antisémitisme :
"Pourquoi je ne parviens pas à me réjouir de l’annonce d’un « nouveau plan de lutte contre l’antisémitisme » ?
Parce que nos gouvernants font chaque jour de petites caresses à chacune des minorités qui subit de plein fouet le retour du fanatisme religieux. Un jour on va faire un câlin aux femmes agressées, un autre aux juifs, comme si ça allait changer quoi que ce soit.
Nos gouvernants refusent depuis des années de s’attaquer au soft power qui encourage de tous les côtés la partition du pays et le retour de catégories religieuses qui tiendraient lieu d’identité principale des citoyens. On me demande depuis son élection pourquoi je ne parviens pas à m’enthousiasmer pour Macron ou son équipe ; ça tient à cette lâcheté, dont l’histoire le tiendra comptable : il refuse absolument de se déterminer face à l’entrisme des fanatiques. Il copie l’attitude de Trudeau et considère que critiquer ce repli sur soi n’est pas la mission d’un gouvernement. La France n’est ni l’Angleterre ni le Canada. On ne peut pas regarder ailleurs lorsque des citoyens s’extraient de notre pacte social.
En France, on attend d’une équipe gouvernementale qu’elle ait un projet de société. L’angle mort du projet Macron, c’est le religieux. Les représentants de ce gouvernement me semblent agir comme jadis le Cadi pour nos ancêtres colonisés : on va faire des compliments à chaque petite communauté pour acheter un ersatz de paix civile. C’est lâche. C’est humiliant. Et ça ne satisfait que ceux qui regardent ailleurs que dans le vrai monde.
Les grands opérateurs de télévision continuent de faire la retape pour des chaînes du câble qui diffusent la parole de Tariq Ramadan et de ses copains. Les dictatures du Golfe inondent depuis plusieurs décennies nos chaînes de télés, nos compétitions sportives, et notre espace public d’une vision du monde incompatible avec une démocratie. À ma connaissance, aucun des trois gouvernants qui se sont succédé depuis une dizaine d’années n’a fait un seul geste face à ces tentatives de convertir notre jeunesse au fanatisme.
La jeunesse française a été abandonnée. Je parle des représentants les plus vulnérables de notre corps social. Un jeune a besoin qu’on lui propose des choses. Des rêves. Des motifs de fierté. Qu’on lui dise simplement « viens, on va trouver une place pour toi ». En Algérie au temps du GIA, les islamistes étaient très forts pour proposer un repas ou de l’aide, ou des soins aux déshérités. En Algérie, au début, on se moquait des barbus et ensuite il y a eu trois cent mille morts.
Comme beaucoup, je suis convaincu que le rejet de la partition religieuse est une mission de la gauche. Je suis également certain qu’abandonner la jeunesse soit à un vide culturel, soit à une influence totalitaire, puisqu’il n’est question de rien d’autre, je suis convaincu que c’est une faute politique et historique. La noblesse et la mission d’un gouvernement se situe avant tout dans cet endroit : la jeunesse, les faibles. Et oui, l’État a pour mission de proposer un projet de vie.
Notre jeunesse a été abandonnée. Puis, dans les prisons, dans les clubs de sports, sur les chaînes de télés et dans les quartiers, on a acheté la paix en laissant des fanatiques s’occuper des jeunes à la place des pouvoirs publics. C’est trop tard, bien entendu. Mais je ne parviens pas à feindre l’enthousiasme lorsque nos dirigeants font semblant de s’attaquer au problème.
Quand Merah a tué, on n’a pas montré les victimes. On s’est laissés hypnotiser par le tueur. On a montré ses photos sur lesquelles il souriait au volant de sa bagnole. On a provoqué une identification immédiate entre le tueur et notre jeunesse.
Rien ne va changer. Le système du sport de haut niveau et de la télévision par câble va continuer d’accepter les pétrodollars. Nos journaux vont persister à faire passer pour de la ferveur religieuse ce qui relève depuis longtemps de l’envie de partition. Et Macron va continuer de dire sa détermination sans que quiconque comprenne ce qu’elle signifie.
Je crois qu’aujourd’hui j’aurais presque plus d’enthousiasme pour un président qui oserait dire : « nous sommes inutiles et nous le savons. Oui il y a un retour de la haine et du fanatisme et de la pensée tribale. C’est un phénomène mondial et notre pays, comme les autres, est marqué par cette résurgence de la Guerre du Feu. »
Ou bien je crois que je pourrais m’enthousiasmer pour un vrai homme de gauche, qui se rappellerait que notre pays a été unifié par l’école, et par la séparation inflexible de l’Église et de l’État. Quelle honte de voir que les organismes d’État censés veiller à la laïcité passent leur temps à défendre les bigots. Lorsque Macron a laissé en place les dirigeants de l’Observatoire de la laïcité, il a eu un geste politique d’une lâcheté rare. On mesure sur le terrain la compromission constante de cette officine avec les défenseurs du fanatisme. Puisqu’ils sont encore en place, nous avons le droit de penser qu’ils représentent l’idée que se fait notre gouvernement de la façon d’agir face aux extrémistes. Ou bien ils considèrent comme modérés ou acceptables les promoteurs d’un mode de vie semblable à celui des saoudiens, ce qui est très inquiétant.
Oui, les tueries de Mohamed Merah ont marqué le début d’un bain de sang dont on ne voit pas la fin. Et à l’époque, la réprobation n’avait pas eu la force qu’elle aurait dû. Des années avant, quand on avait profané une tombe juive à Carpentras, il y avait eu un million de français dans les rues. Pour Merah, on n’a pas vu les victimes. Il y a deux jours, deux jeunes femmes ont été égorgées au nom de guerres préhistoriques à la gare de Marseille. C’était il y a deux jours et on n’en parle déjà presque plus.
On a compris. Ça va être comme ça. Pour longtemps. La gauche est si bas en ce moment. Et caresser les fanatiques dans le sens de la barbe n’a jamais apporté de victoire électorale. Je ne suis pas con au point de terminer cette lettre en disant que je rêve que quelqu’un à gauche se rappelle de la force qu’on peut avoir quand on ne se trompe pas de combat. Je sais que personne ne viendra et que ça n’arrivera pas.
Comme beaucoup je n’attends rien. Bien entendu qu’un politique ne peut pas faire le discours que j’évoquais, en proclamant la certitude de son inutilité. Mais pour ma part, la force d’applaudir m’a quitté pour longtemps.
Bien entendu c’est un calcul économique qui a amené nos dirigeants à accepter les pétrodollars. Évidemment, c’est un calcul électoral qui encourage cette tolérance indigne face aux promoteurs du fanatisme et de la partition. Dans les deux cas c’est indigne. Dans un climat où le danger des politiques extrêmes est si fort, Sarkozy, Hollande puis à présent Macron ont failli à leur mission. Ils font le lit de tous ceux à l’extrême-droite comme à l’extrême-gauche, qui diraient « nous avons des méthodes expéditives, nous allons faire quelque chose ». Quel dommage ! Je crois que ça serait la noblesse d’un gouvernement modéré et responsable, comme prétend l’être l’équipe actuelle, que d’initier un changement total d’attitude.
Notre pays n’est respirable que par son refus de la partition. Notre espace public n’a rien à faire des superstitions des uns et des autres. Notre pays est très atypique, par son goût rageur de la démocratie, mais aussi par sa tradition d’union nationale, de ferveur révolutionnaire, d’envie d’unité et souvent de promiscuité parmi les citoyens. Nous sommes un des seuls pays au monde dans lequel un président pourrait sans risquer d’être ridicule dire « c’est ainsi qu’on doit vivre en France ». Car nos musées, nos théâtres et nos universités ont été construits dans une envie d’universel, et dans le projet de voler le sacré au religieux pour le donner…pardon, j’allais dire pour le donner à Rome.
Pardon, je me suis juste fait plaisir en écrivant quelques lignes. Je sais qu’il ne va rien se passer et que chaque massacre donnera lieu à davantage de haine et de partition. Bonne journée à tous. Je ne suis pas très provocateur, je n’ose pas dire bonne nuit."


Le 2 novembre 2017, Joann Sfar a partagé sur sa page Facebook l'article du Monde En France, l'antisémitisme au quotidien en le précédant de ce commentaire :
"Je ne sais pas si on se le raconte aussi clairement mais les tueries de Merah on marqué un tournant dont la façon dont la communauté juive parle des agressions. Avant ce drame, chacun avait à cœur de faire connaître les agressions lorsqu'elles avaient lieu. Depuis, c'est l'inverse. Pour une raison simple: On a découvert que chaque attaque suscitait des vocations. Je voudrais qu'on rappelle les messages anonymes infects qu'a reçue l'école Ozar Hatorah après les massacres. Je me souviens que le carré juif du cimetière de Nice, celui où repose ma mère, a été profané quelques jours après. On se souvient, tous, enfin, que ces tueries ont été le point de départ d'une recrudescence de ces violences antijuives. Donc oui, de plus en plus, lorsqu'ils rentrent chez eux le pardessus recouvert de crachats, les juifs religieux ferment leurs gueules. Et les juifs qui n'ont pas l'air juifs ne savent plus comment se planquer. On leur a dit que les écoles publiques n'étaient plus pour eux. On ne compte plus ces réunions honteuses durant lesquelles des chefs d'établissements annoncent officieusement aux familles qu'il vaudrait mieux scolariser les enfants ailleurs. Puis il y a eu Merah et les écoles privées sont devenues elles aussi un lieu de danger. Depuis deux ans ce sont les agressions aux domiciles, qui se multiplient. Pourquoi mes mots ? Pour insister sur le fait que contrairement à ce que croient trop de gens, les juifs ne passent pas leur temps à dénoncer, ou à pleurnicher. Au contraire. Sur ces affaires, la plupart des victimes ferment leurs gueules, se font le plus petites possibles, en espérant que l'orage passe, pour ne pas donner des idées à d'autres salopards. Il ne va pas passer, l'orage. Tout le monde a très bien compris. Qu'est-ce qu'on doit faire ? Chaque réponse qui me vient me donne envie de me cogner la tête contre un mur. Je n'ose plus dire aux victimes que je croise que "la solution est l'éducation". Si je dis ça je prends une baffe. Ce n'est pas aux victimes de faire quelque chose ou de trouver des solutions."

Lors de “Vivre ensemble, les Assises Nationales de la Citoyenneté”, premières assises nationales de la citoyenneté organisées à Rennes par Ouest France (19-20 janvier 2018), Joann Sfar a déclaré à ce quotidien : « On se bat depuis des décennies pour que les jeunes gens de ce pays s'entendent bien et s'aiment. Malheureusement on est rattrapé par un retour du religieux, du fanatisme, du racisme
».  Une situation qu'il impute en partie aux pouvoirs publics, « qui ne nous ont pas assez aidés ». Et d'ajouter : « Je fais partie des gens qui se sentent très cocus du vivre ensemble, parce qu'on a connu du vivre côte à côte, mais aujourd'hui il y a du vivre contre »


En avril 2018, Joann Sfar a signé le Manifeste contre le nouvel antisémitisme publié par Le Parisien le 22 avril 2018 et dénonçant l'antisémitisme musulman, une "épuration ethnique à bas bruit". Ce Manifeste a été rédigé par Philippe Val, ancien directeur de Charlie hebdo. Il a été signé par 300 politiciens, intellectuels, artistes, etc. Au 29 avril 2018, il a reçu 33 137 signatures.

« Au cœur de la nuit - Joann Sfar et Javier Mariscal »
« Au cœur de la nuit - Joann Sfar et Javier Mariscal » (Durch die Nacht mit... Joann Sfar und Javier Mariscal) est un documentaire réalisé par Ilka Franzmann. « À Barcelone, le dessinateur et cinéaste Joann Sfar rencontre le graphiste Javier Mariscal pour une promenade très animée. Les deux dessinateurs échangent sur l’univers de Miró, se délectent de design rétro, se laissent inspirer par la voix d’une chanteuse de musique klezmer et admirent le lever du soleil depuis le port ».
« Aux côtés du Français Joann Sfar et de l’Espagnol Javier Mariscal, les rues de la capitale catalane se muent en un « comic-strip » un peu fou ». 

« Il y est question de littérature fantastique et de vampires, de lampes parlantes ou encore de la poésie d’un banc public ». 

« Les deux dessinateurs échangent sur l’univers de Miró, se délectent de designrétro, se laissent inspirer par la voix d’une chanteuse de musique klezmer et admirent le lever du soleil depuis le port ». 

Ils « débattent avec passion de « Chico et Rita », le film d’animation de l’artiste espagnol, traitant des amours contrariées d’un couple de musiciens cubains, mais aussi de l’œuvre surréaliste de Joann Sfar consacrée à Gainsbourg ». 

Ils « retrouvent dans un bar le réalisateur Fernando Trueba, qui leur fait revivre l’époque du jazz à Cuba ». 

« Si le dessin est pour Joann Sfar un moyen de se confronter à la réalité et d’arrêter le temps, c’est avant tout un jeu pour Javier Mariscal ». 

Les « deux artistes confrontent leurs deux approches en enrichissant de leurs traits de crayon la nuit ibérique ».

Politique
Lors de l'élection municipale de 2014 à Paris, Joann Sfar se rend dans les QG de campagne de candidates - Anne Hidalgo (socialiste) et Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) - pour y dessiner des scènes drolatiques.

« Attention, ne t'en prends jamais aux Insoumis car ça déclenche des torrents de messages et ça rend ta page Web inutilisable, c'est un matraquage comme même l'extrême droite n'a jamais osé », avaient prévenu les camarades journalistes de Joann Sfar.


Le 20 avril 2017, lors de la campagne pour l'élection présidentielle, Le Monde a publié la tribune de Joann Sfar « Les méthodes des partisans de Mélenchon sont dégueulasses ». Il y a dénoncé "les attaques dont il a été victime après la publication de ses dessins sur le candidat à la présidentielle". Dans l'un deux, il écrivait dans la bulle : « En ce qui concerne les relations avec la Russie et la Syrie, je vais continuer à aligner mes positions sur celles de Front National ». "L’auteur de bande dessinée Joann Sfar, également réalisateur et romancier, avait prévu de voter Jean-Luc Mélenchon [candidat de La France insoumise (LFI), mouvement d'extrême-gauche] au premier tour de l’élection présidentielle. Il n’en fera rien après la campagne « d’intimidation » dont il dit avoir été victime, sur les réseaux sociaux, de la part de cybermilitants du candidat de La France insoumise. Les comptes Facebook, Instagram et Twitter du créateur du Chat du rabbin ont été l’objet de centaines de commentaires hostiles. Tout est parti de plusieurs dessins de Joann Sfar mis en ligne après le meeting à Marseille, le 9 avril, de M. Mélenchon. Le dessinateur a subi un nouveau déferlement de commentaires virulents après la publication sur Facebook, le 13 avril, d’un texte dans lequel il critiquait la proposition de M. Mélenchon de rejoindre l’Alliance bolivarienne pour les Amériques [ALBA], mais aussi l’étonnement de l’une de ses soutiens, Clémentine Autain, qui, dans une interview à Franceinfo, semblait découvrir le programme de politique étrangère de son candidat] :
"Je ne suis pas dessinateur de presse professionnel. Je suis auteur de fiction. Je pratique le commentaire politique sur mes comptes Facebook, Instagram et Twitter. Il arrive que des journaux en ligne reprennent ces dessins, mais cela reste pour moi une activité récréative, et peut-être aussi une façon de partager mes interrogations sur notre monde.
Depuis des mois, comme le savent les visiteurs de mes pages, j’ai tapé très fort sur Fillon, beaucoup sur Hollande, et j’ai attaqué quand cela m’a semblé nécessaire Marine Le Pen, que je dessine peu, car je crois que ça lui fait de la pub, mais personne ne peut douter de mon engagement contre l’extrême droite.
Torrents de messages
Au sujet de Mélenchon, beaucoup de camarades journalistes et de community managers [« animateur de communauté », sur le Web], ­m’avaient mis en garde : « Attention, ne t’en prends jamais aux Insoumis car ça déclenche des torrents de messages et ça rend ta page Web inutilisable, c’est un matraquage comme même l’extrême droite n’a jamais osé »
. C’est, semble-t-il, un fait avéré parmi les community managers, et même dans les pages Facebook personnelles. Et je crois qu’il y a beaucoup d’autocensure pour éviter ces matraquages.
J’ai fait trois ou quatre dessins sur Mélenchon le jour de son meeting à Marseille. L’un d’eux ironisait sur son prétendu refus du culte de la personnalité ; d’autres, plus sérieux, s’alarmaient de l’alignement de sa politique étrangère avec celle de l’extrême droite, en particulier en ce qui concerne la Syrie. Ce sont ces dessins qui ont mis le feu aux poudres. J’ai vu débarquer sur Facebook, Instagram et Twitter des centaines de pseudos dont je n’avais jamais entendu parler et qui venaient me « désintoxiquer ».
Cela m’a tellement énervé que je me suis documenté sur le programme de Mélenchon, pour qui je m’apprêtais à voter, malgré le mauvais goût que m’a laissé son ancienne campagne de « bruit et de fureur », car je pensais qu’il avait changé.
J’ai alors été un des milliers d’internautes à partager cet extrait vidéo hallucinant où Clémentine Autain – la porte-parole du mouvement Ensemble !, qui soutient le candidat de La France insoumise – découvre en direct le contenu du programme de politique étrangère qu’elle est censée défendre. Ce n’est pas le partage de cette vidéo qui a attiré les trolls, ce sont mes dessins sur la Syrie, publiés trois jours plus tôt.
Le site Arrêt sur images a qualifié de « fact checking » la campagne dont j’ai été victime. Je récuse ce terme. Voici, en effet, en quoi elle a consisté :
– des centaines de profils ont fondu soudainement sur mes pages perso ;
– des tweets personnels vieux de trois ans, auxquels la date a été retirée pour les faire croire actuels, ont été réutilisés. Dès que le pot aux roses a été découvert s’en est suivie une campagne de calomnies pour expliquer que ces tweets sont la preuve que j’ai toujours été un ennemi du camp de Mélenchon, ce qui est faux ;
– des articles et des argumentaires tous semblables ont été publiés sur mes pages pour m’expliquer en quoi l’ALBA n’est qu’une alliance commerciale (certes, mais mon sentiment reste inchangé, cet article du programme s’inscrit dans un mouvement global de rapprochement avec des dictatures) ;
– quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit où l’on poste quoi que ce soit sur Mélenchon, des commentaires sont arrivés immédiatement sur mes pages ;
Rien ne sert à argumenter face à de pareilles attaques concertées.
Depuis, j’ai pu recueillir des explications auprès de journalistes spécialisés au sujet des méthodes des Insoumis. Celles-ci se résument à :
– la création de centaines de faux comptes Twitter ;
– l’utilisation de la plate-forme Discord [prisée des gamers] pour planifier des attaques de « désintoxication » sur les pages professionnelles et personnelles de quiconque critique les Insoumis ;
– la distribution aux militants de fascicules sur lesquels est écrit : « Si on vous dit ça, répondez ça » ;
– la mise en cause personnelle et morale de la personne qui a critiqué la ligne des Insoumis.
Depuis le déclenchement de cette histoire, je reçois des centaines de messages de personnes qui n’ont pas ma célébrité et qui disent avoir été blessées par ce type d’attaque. On me dit qu’aucune de ces méthodes n’est illégale, c’est possible. Mais je les trouve dégueulasses. Et aucun des autres candidats ne les utilise avec cette intensité.
La question que pose cette histoire, c’est la marge de manœuvre de voix individuelles face au rouleau compresseur d’une campagne très manipulée et très au fait des méthodes de harcèlement informatique.
Chaque article publié sur cette affaire m’a valu l’accusation de « vouloir faire ma promo » ou de « pleurnicher dans les jupes de mes amis journalistes ». C’est particulièrement injuste.
Résultat : l’autocensure va continuer, car personne n’a envie de vivre ce genre de truc. Même s’ils ne le diront jamais publiquement, je sais que la plupart des dessinateurs politiques y réfléchissent à deux fois avant de dire un seul mot sur Mélenchon.
Tiens, le pompon : quand j’ai commencé à recevoir des injures antijuives, certains soutiens des Insoumis m’ont attaqué en me reprochant d’en faire état et, en cela, de ternir l’image de leur mouvement. Comme si on ne se doutait pas qu’à s’acharner pendant trois jours sur la page personnelle d’un auteur, on finit par attirer de vrais désaxés.
C’est là que je souhaite en venir : même « célèbre », un auteur reste un individu, sans community manager, sans modérateur, sans appareil de campagne, sans faux comptes, sans collectif sur Discord. On voit bien qu’aujourd’hui, une voix seule ne peut plus dire son désaccord face à une telle organisation.
Rouleau compresseur
Dans un contexte où de plus en plus de sujets sont interdits aux humoristes, il me semble que c’est grave. Le style d’une formation politique ne tient pas seulement dans le contenu de son programme, mais aussi dans les méthodes qu’elle emploie.
L’idée que les dirigeants des Insoumis ne cautionneraient pas ce type d’attaque est un conte de fées. Depuis le déclenchement de tout ça, je n’ai pas lu un mot de leur part pour se désolidariser ou pour calmer le jeu. Le but, c’est qu’on se taise. Un parti qui autorise à cette échelle ce type de comportements risque d’avoir un exercice du pouvoir inquiétant.
Je suis désolé pour les militants sincères qui se sont sentis blessés par mes prises de position. Le rouleau compresseur mis en œuvre par les activistes et divers trolls m’a rendu incapable de répondre individuellement à tous ceux qui auraient souhaité avoir avec moi une discussion apaisée".
Terrorisme islamiste
Le 7 janvier 2015, au siège de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, Chérif et Saïd Kouachi, deux frères terroristes islamistes ont assassiné onze personnes — dont huit collaborateurs du journal — et en blessent onze autres avant de tuer durant leur fuite, un policier déjà blessé et à terre. L'un d'eux crie : « On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo ». L'attentat est revendiqué par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), basé au Yémen. Ces djihadistes sont finalement abattus le 9 janvier 2015  par le GIGN à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), au nord de Paris.

Le 8 janvier 2015, à Montrouge, Amedy Coulibaly, en coordination avec les frères Kouachi, tue une policière municipale et blesse grièvement une autre personne. Le 9 janvier 2015, il prend en otage les clients d’une supérette casher à la porte de Vincennes à Paris et en tue quatre. Il est finalement tué lors d'un assaut du RAID et de la BRI. Il revendiquait agir au nom de l'État islamique.


Le 5 février 2015, Joann Sfar a ouvert son blog en publiant le texte "Si Dieu existe" illustré de dessins ainsi que le dessin Où est le courage ?

"Il paraît que ça a été notre 11-Septembre. Je me souviens très bien où j'étais le 11 septembre 2001. C'était deux jours avant mon mariage. Le 7 janvier, j'étais chez moi. Le 11 janvier était l'anniversaire du décès de ma mère. Ce 11 janvier, on s'est senti très entourés. Nous ? Les dessinateurs ? Les citoyens français ? Les juifs qui se disent que ne pas manger casher est excellent pour la santé parce que ça évite de prendre une balle ? Les Français musulmans qui mesurent comme tout ça va encore leur retomber sur le coin de la figure ?" 
"Je n'ai rien pu écrire ni dessiner à mesure qu'on nous annonçait les assassinats. Et puis sur le coup de 17 heures j'ai écrit quelques mots. Les noms des dessinateurs morts. Une phrase "ils croyaient s'en prendre à des dessinateurs, ils ont aussi tiré sur l'islam". Et comme tout le monde j'ai fait un dessin idiot avec un crayon contre une kalachnikov. Lors de très grands événements, on a le devoir de faire un dessin idiot. Ce sont des moments où être malin peut paraître obscène. Les catastrophes de cette ampleur sont les seuls instants de la vie d'un dessinateur où il a le droit d'être comme la lune, comme Plantu, de tout résumer en un dessin. C'est moche. Le dessin, ça ne sert pas à ça. Cette époque où l'on vous disait "tu as vu son dessin, tu as tout compris à l'actualité", c'est tout ce que je combats. Je crois que le dessin et les mots sont un ruban sans fin. Ils se déroulent et on passe toute la vie à en chercher le sens. Un dessin qui résume, qui simplifie, qui donne le sentiment qu'on a compris de quoi il est question, c'est un dessin que je n'aime pas. S'il me complique la vie, s'il lance une discussion sans fin, alors j'aime le dessin."

"Je n'ai rien à dire. Je n'ai pas de message à transmettre, pas plus que de vision définitive du monde. Je ne me sens aucune mission d'informer. Je suis certain de ne pas être plus intelligent que mon lecteur. Simplement, pardon de parler de mes fesses mais mon nombrilisme atavique m'a souvent incité à les confondre avec le pays, leur amplitude sans doute... oui, je disais que tout ça est en vrac, et que j'ai commencé d'écrire beaucoup. On ne décide pas le moment où l'on a un besoin vital et de son lecteur et de son papier. À chaque fois que j'ai recommencé des carnets, c'est parce que j'étais en travaux. Il y avait des brisures à colmater." "Aujourd'hui, un mois après, j'intègre Le Huffington Post. J'ai besoin d'amis. J'ai besoin de faire partie d'un journal. J'ai besoin qu'on m'envoie au contact du monde. La foule qui s'est levée pour fêter l'anniversaire du décès de ma maman, je veux dire le 11 janvier, je veux dire, tous ces invités qui étaient là, j'ai besoin qu'ils me racontent une histoire. J'écoute, je note. Si vous voulez, je suis là pour longtemps." "Dès aujourd'hui, on va prépublier ici les pages de mon carnet. Je suis déjà en page 140. Je n'écrirai pas régulièrement, je ne suis pas régulier. Mais je suis très reconnaissant qu'on me laisse cet espace pour partager mes questions et mes images. Parfois mes préoccupations entreront en résonance avec l'actualité, sans vraiment que je le fasse exprès." "Je dois aussi vous demander pardon pour l'étalage d'histoires intimes qui émaillent ces pages. En vrai, je ne raconte guère de secrets sur moi. J'ai l'impression de me borner à partager des choses que tout le monde vit. Je ne fais pas la leçon. Je suis en vrac et paumé, comme vous j'imagine. J'ai mesuré, le 11 janvier, comme quatre millions de paumés, dès qu'ils se rassemblent, se sentent mieux. Ces pages servent sans doute à ça: se sentir mieux ensemble. Et aussi, garder la certitude que même si on ne porte pas un grand programme politique, on a le droit de ne pas croire les pessimistes. Le futur n'est pas écrit. S'il est pourri, ça sera de notre faute !"

"Merci à l'équipe du HuffPost de m'accueillir. Le carnet s'appelle "Si Dieu Existe". Je me suis dit qu'avec un titre aussi con, j'allais attirer du monde."


Après les attentats du 13 novembre 2015  à Paris - Bataclan, terrasses de cafés - et à Saint-Denis - grand stade de France -, Joann Sfar a publié douze dessins sur son compte Instagram.


"Le Chat du rabbin" réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux
France, 2011, 1 h 26
avec François Morel (Le chat du rabbin (voice)), Maurice Bénichou (Le rabbin (voice)), Hafsia Herzi (La fille du rabbin (voice)), François Damiens (Le reporter (voice)), Mathieu Amalric (Le prince (voice))
Sur OCS Choc le 2 mai 2018 à 18 h 50
Allemagne, 2014, 52 min
Sur Arte le 10 novembre 2017 à 3 h 10 


Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 8 novembre 2017.



[Source : www.veroniquechemla.info]

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