quarta-feira, 9 de agosto de 2017

La Catalogne, c'est le vrai moteur économique de l'Espagne

Nous poursuivons notre enquête sur la Catalogne qui pourrait organiser le 1er octobre un référendum portant sur son indépendance. Après le volet politique (lire La Dépêche d'hier), nous évoquons ici le dossier économique.

Le port de Barcelone, l'un des atouts de la Catalogne, aussi bien industriel, commercial que touristique. 

Seule région avec le Pays Basque à avoir connu une révolution industrielle au XIXe siècle, la Catalogne ne doit pas au hasard sa réputation de moteur économique de l'Espagne. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : avec 16 % de la population totale, la Catalogne représente 20 % du PIB de l'Espagne, 30 % de ses exportations et 50 % de l'activité à forte valeur ajoutée (arts, haute gastronomie, sciences). Aujourd'hui, la région a pris la tête de la reprise dans le royaume : Barcelone table sur une croissance de 2,7 % cette année. Le chômage, même s'il reste élevé, a fortement baissé à 13,2 %, soit 4 points de moins que le taux de chômage de l'ensemble du pays. Seule ombre au tableau : la Catalogne est l'une des régions les plus endettées d'Espagne.

Industrie automobile, services, numérique, grands groupes pharmaceutiques, puissantes banques et tourisme : la Catalogne dispose d'une économie diversifiée et particulièrement dynamique. Cette vitalité est un argument de poids pour les partisans de l'indépendance, persuadés que la Catalogne sera bientôt le Danemark ou la Suisse de l'Europe du Sud.
Le déficit fiscal
Propriétaire d'une entreprise de services pharmaceutiques, Antoni Gelonch considère que l'appartenance à l'Espagne est un frein pour le développement économique de son territoire. « La dépendance de Madrid est un boulet pour notre économie : la fiscalité est injuste, le droit du travail est obsolète et nos infrastructures sont mauvaises ».
Comme de nombreux Catalans, de gauche ou de droite, cet entrepreneur estime que le système fiscal espagnol pénalise la Catalogne. « Chaque année 8 % de notre PIB disparaît ». Ce chiffre, systématiquement brandi par les séparatistes mais contesté par certains économistes, correspond au « déficit fiscal », la différence entre ce que la Catalogne apporte au budget de l'État et ce qu'elle reçoit en échange.
« Je n'ai rien contre la solidarité nationale », précise Antoni Gelonch. « Mais dans le cas de l'Espagne, ce n'est pas de la solidarité mais du gaspillage. Regardez le taux de chômage de l'Andalousie : il est entre 25 et 30 % depuis les années 80, malgré tout l'argent qu'ils reçoivent ! »
Économiste réputé de centre gauche et ancien ministre régional de l'économie, Antoni Castells est convaincu que les choix économiques de Madrid ont toujours été dictés par des logiques politiques.
« L'État ne joue pas son rôle. Il devrait travailler pour l'intérêt de l'Espagne, mais en réalité, il confond les intérêts de l'État avec ceux de Madrid. Il a une vision radiale et centraliste du pays ». Le professeur cite pèle-mêle les millions d'euros engloutis dans des lignes de TGV inutiles qui relient Madrid à toutes les villes de Castille, les aéroports vides et les autoroutes en faillite autour de la capitale espagnole. Ces infrastructures qui, selon lui, en ne répondant à aucune logique économique, restent en travers de la gorge des décideurs catalans qui réclament depuis des années la construction du couloir méditerranéen : une ligne ferroviaire de voyageurs et de marchandises entre le sud de l'Espagne et Barcelone, qui rejoindrait ensuite le réseau français et européen via Perpignan. « C'est une ligne vitale pour notre économie », estime Aleix Sarri, économiste et membre du PDECAT, le parti indépendantiste de centre droit qui gouverne la Catalogne. « Si on était indépendant, on pourrait faire avancer ce projet. On aurait également le contrôle du port et de l'aéroport de Barcelone. Nous aurions un état qui travaille dans l'intérêt de notre économie ».
Beaucoup d'entrepreneurs rêvent d'ailleurs d'une Catalogne « business friendly », dont l'indépendance n'aurait que des retombées positives.
La menace d'une sortie de l'Union européenne et donc de l'euro ne semble pas inquiéter Antoni Gelonch. « 3.000 entreprises internationales sont installées ici, elles auront intérêt à ce que la Catalogne reste dans le marché européen. On ne sortira pas de l'Union ! » Tout le monde n'en est pas si sûr.

Le patronat s'inquiète de l'insécurité juridique

Dans une région qui exporte 70 % de sa production dans le reste de l'Espagne, un retour des barrières douanières en inquiète plus d'un. Patron d'une entreprise de jouets, José Luis Diaz a pour principal client le reste de l'Espagne. « On prend le risque de se couper de notre principal marché ! C'est suicidaire ».
Le patronat catalan a fait part de ses inquiétudes en qualifiant le référendum unilatéral de « coup d'État juridique ». Le « Medef » catalan s'inquiète en réalité de l'insécurité juridique qu'engendrerait une indépendance non négociée avec Madrid. Les grands groupes internationaux présents dans la région se sont bien gardés de donner leur avis. À de rares exceptions près, aucun n'a menacé de s'en aller.
Les indépendantistes y voient la preuve qu'un État catalan n'effraye pas les décideurs. Pour Madrid au contraire, c'est le signe que les entreprises ne prennent pas au sérieux la sécession. Mais sur le terrain économique, c'est sans doute bien l'Espagne qui a le plus à perdre avec un départ de la Catalogne.

[Photo : AFP - source : www.ladepeche.fr]

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