sexta-feira, 2 de junho de 2017

Critique de « Bons baisers de Bruges », film de Martin McDonagh (2008)


Écrit par Bertrand Mathieux 


Film de Martin McDonagh
Pays : Royaume Uni, États-Unis
Année de sortie : 2008
Titre original : In Bruges
Scénario : Martin McDonagh
Photographie : Eigil Bryld
Montage : Jon Gregory
Musique : Carter Burwell
Avec : Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, Clémence Poésy, Jordan Prentice, Thekla Reuten, Jérémie Renier

Ray: Maybe that’s what hell is, the entire rest of eternity spent in fucking Bruges.
Ne vous laissez pas berner par son titre français peu approprié : Bons baisers de Bruges n’est pas un pastiche de James Bond mais une brillante comédie noire mêlant humour, tragédie et notes d’espoir avec une élégance toute britannique.

Synopsis du film

Ken (Brendan Gleeson) et Ray (Colin Farrell), deux tueurs à gages britanniques, se réfugient dans un hôtel à Bruges sur ordre de leur patron Harry Waters (Ralph Fiennes). Leur dernier contrat a particulièrement mal tourné, puisqu’un enfant a pris une balle perdue.
Ray, l’auteur du coup de feu en question, est rongé par le remords et ne supporte pas la ville de Bruges, qu’il trouve terriblement ennuyeuse ; Ken, au contraire, est émerveillé par la beauté des monuments et des vieilles demeures.
Les deux hommes tentent tant bien que mal de composer avec leurs humeurs respectives, jusqu’au jour où Ken reçoit un coup de fil de Harry. Celui-ci lui confie une mission particulièrement lourde à assumer…

Critique de Bons baisers de Bruges

C’est un séjour à Bruges qui souffla au metteur en scène britannique Martin McDonagh l’idée du scénario du film qui nous intéresse ici. À partir d’un sentiment partagé entre une sincère admiration pour la beauté architecturale de la ville belge, et un relatif ennui éprouvé au bout de quelques heures passées sur place, il imagina deux personnages ayant une vision opposée de Bruges, contraints par les circonstances à y demeurer quelques temps. Réfléchissant ensuite à ce que pouvaient être les circonstances en question, McDonagh eut l’idée d’un film noir mettant en scène des gangsters en cavale, probablement amusé par le décalage entre les codes communément associés au genre et l’atmosphère paisible propre à la fameuse cité médiévale.
Ce n’est toutefois pas que son cadre géographique qui fait l’originalité de Bons baisers de Bruges (même s’il y contribue) mais avant tout son écriture précise, alliant humour et gravité avec un équilibre que ne laissait guère présager son maladroit titre français (le titre original est simplement In Bruges).
Bons baisers de Bruges
Un plan large sur la ville dans « Bons baisers de Bruges »
La caractérisation des personnages compte parmi les points forts du script ; les protagonistes ont beau être des tueurs à gages, McDonagh les aborde avant tout comme des êtres humains complexes, dont Colin FarrellBrendan Gleeson et Ralph Fiennes expriment toutes les nuances avec le talent qu’on leur connaît. Mais au-delà de leurs qualités propres (qualités d’écriture, s’entend), les personnages – principaux et secondaires – remplissent chacun dans le récit une fonction précise et complémentaire, formant ainsi une mosaïque particulièrement cohérente.
Brendan Gleeson dans "Bons baisers de Bruges"
Ken (Brendan Gleeson) dans « Bons baisers de Bruges »
Du jeune voyou fougueux au caractère enfantin (Colin Farrell) à la figure paternelle incarnée par Ken (Brendan Gleeson), en passant par la jolie escroc paumée (Clémence Poésy), chacun illustre à sa manière la réflexion que le réalisateur nous livre autour des thèmes de la rédemption, de la morale, de la fatalité et de la violence. Une réflexion certes classique mais très bien articulée, et pour laquelle McDonagh n’hésite pas à recourir à une symbolique habile, que ce soit à travers le décor (la mise en scène finale évoquant le tableau Le Jugement dernier de Jérôme Bosch, exposé au musée Groeninge de Bruges), des objets (la balle perdue, symbole d’une violence tragique échappant au contrôle de l’être humain) ou encore des personnages (la gérante de l’hôtel où logent Ken et Ray, interprétée par la comédienne néerlandaise Thekla Reuten, représente l’espoir et l’avenir).
Thekla Reuten dans "Bons baisers de Bruges"
Marie (Thekla Reuten) dans « Bons baisers de Bruges » : une image de paix et de bonheur pour Ken (dont on aperçoit le reflet dans la glace)
L’ensemble est si équilibré que même lorsque l’auteur s’amuse avec les codes du genre –This is the shoot out, clame Harry Waters (Ralph Fiennes) vers la fin du film, un peu comme si l’on disait « c’est la scène du baiser » dans une comédie romantique -, l’effet produit apporte une fraîcheur décalée qui ne désamorce pas pour autant la tension dramatique. Au passage, c’est aussi une manière (comique mais pertinente) de souligner la dimension fatidique du récit (la réplique de Fiennes suggère quelque chose qui ne peut être évitée).
Ralph Fiennes dans "Bons baisers de Bruges"
Harry (Ralph Fiennes) dans « Bons baisers de Bruges »
S’il est servi par un excellent casting, le scénario bénéficie également d’une mise en images inspirée : Martin McDonagh utilise fort bien les nombreux atouts du décor, tandis que le chef opérateur danois Eigil Bryld met autant en valeur les visages des comédiens que le précieux patrimoine architectural brugeois. En somme, Bons baisers de Bruges conjugue la forme et le fond pour un résultat à la fois divertissant et intelligent ; un alliage toujours délicat, mais ô combien précieux.
Clémence Poesy dans "Bons baisers de Bruges"
Chloë (Clémence Poésy) dans « Bons baisers de Bruges »
7.5NOTE GLOBALE
Bons baisers de Bruges revisite les schémas traditionnels du cinéma noir (largement inspirés de la tragédie) tout en affirmant un ton et une personnalité qui lui sont propres. Il en résulte un "gangster movie" à la fois drôle, grave, singulier et humaniste, qui séduira bien au-delà des seuls amateurs du genre.

[Source : www.citizenpoulpe.com]

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