quarta-feira, 7 de junho de 2017

D’après une histoire vraie : Polanski d’après un roman

CANNES 2017 : Le maestro nous livre un thriller psychologique (trop) solide sur une femme fragile, adapté du best-seller du même nom de Delphine de Vigan



Écrit par Bénédicte Prot

La 69e avait pris congé avec l’excellent Elle [+] de Paul Verhoeven. Pour conclure sa 70e édition, le Festival de Cannes a présenté, hors-compétition, un film dont le personnage le plus inquiétant se fait appeler L. Il s’agit du nouveau film de Roman PolanskiD’après une histoire vraie, réalisé d’après le best-seller de Delphine de Vigan dont il a conservé le titre (et adapté avec Olivier Assayas), avec dans les rôles principaux, celui de l’écrivaine Delphine et de sa nouvelle "amie" Elle, nègre littéraire pour stars (qui est aussi son double, sa voisine, sa persécutrice...), Emmanuelle Seigner et Eva Green

Le film commence par une séance de signature où un brouillage entre réalité et fiction est opéré d’emblée par les réactions émues des lectrices, de même qu’une dissociation entre la figure de l’écrivaine et la femme. Ce jeu subtil (par ses implications littéraires et psychologiques) sur le motif du dédoublement, déjà au coeur du livre, va se poursuivre et s’amplifier tout au long du film, à la faveur de l’apparition du personnage de L., qui parvient de plus en plus à envahir et manipuler Delphine, sous prétexte de l’encourager à produire le "livre caché" qu’elle porte en elle. 

Ce qui frappe assez rapidement, c’est que la jeune femme sans gêne (qui représente une sorte de "ça" sans barrière morale, qui satisfait ses appétits et addictions sans y réfléchir à deux fois) ne prend même pas la peine de s’immiscer subrepticement : au contraire, elle subtilise assez ouvertement l’identité de Delphine (elle se fait passer pour elle non seulement physiquement, à une conférence, mais aussi par le biais beaucoup plus personnel et normalement inviolable de ses communications électroniques, qu’elle se met à gérer à l’insu de Delphine, en signant pour elle), y compris son identité d’écrivain, puisqu’elle, son autre moi, va même lui souffler la matière de son prochain livre. 

C’est sur la dimension invraisemblable de l’usurpation (trop extrême, trop facile) que repose le film, qui joue assez plaisamment de la crédulité du fragile personnage incarné par Seigner face à la rouerie éhontée de celui d’Eva Green, qui semble presque chercher à être démasquée, tant elle pousse le bouchon : grisée par son impunité, délectée par sa vicieuse audace, elle va jusqu’à la menacer sur le ton de la facétie, après que Delphine se soit cassé la jambe dans ses escaliers par accident (ou pas), de lui "brise(r) l’autre genou". L’ironie de la situation est à son faîte quand Delphine commence à prendre des notes sur L. pour son prochain roman, convaincue que c’est elle qui dupe l’autre. 

Ainsi, si Polanski choisit de ne pas donner de réponse explicite sur ce qui arrive à Delphine, il l’indique en jouant de l’énormité du rapport entre les deux femmes et de l’aveuglement de l’écrivaine prise en otage (une facticité que rendent bien les performances bien coordonnées des deux actrices), multipliant comme le fait L. les indices ostentatoires (jusqu’aux inscriptions sur les T-shirts de Delphine), peut-être à l’excès, comme si l’invisible le cédait faute de substance aux signes visibles, et le mystère à la démonstration consciente, propre mais sans surprise, et surtout sans toute la finesse et les suggestions troublantes dont on sait capable le réalisateur du Locataire et de Rosemary’s Baby

Le grand cinéaste polonais, récemment auteur de The Ghost Writer [+]Carnage [+] et La Vénus à la fourrure [+], n’est pas nouveau dans l’art de l’adaptation littéraire et du brouillage de piste entre invention et réalité, récit et vérité, et il côtoie les auteurs français contemporains depuis un moment, mais on regrette qu’il ait ici adapté si sagement le livre de Delphine de Vigan, sans mettre un peu plus de Roman dans le roman.

Produit par WY Productions (France) et Monolith Films (Pologne), D'après une histoire vraie sera distribué en France par Mars Films et est vendu à l'international par Lionsgate.


[Source : www.cineuropa.org]

Nenhum comentário:

Postar um comentário