quinta-feira, 15 de dezembro de 2016

L'économie de la lettre, ou les avant-gardes artistiques en typographie

Les premières années du XXe siècle constituent sans doute la période la plus enthousiasmante dans le domaine de la recherche typographique et, plus simplement, graphique. Les avant-gardes artistiques d'alors, de la Sécession viennoise au Bauhaus en passant par les constructivistes du mouvement De Stijl, travaillent à l'élaboration d'une économie visuelle qui persiste encore aujourd'hui.

Les monogrammes des artistes de la Sécession viennoise


Écrit par Antoine Oury 

Les premières années du XXe siècle sont une époque-charnière, celle de la Révolution industrielle qui s'immisce dans les foyers de chacun. Sur le plan artistique, la technique moderne donne naissance à de nombreuses avant-gardes, soucieuses de rompre avec la lourde tradition des Beaux-arts. « La lettre, travaillée par les dessinateurs de caractères et les typographes, devient alors un objet d'engouement important », note Roxane Jubert, graphiste-typographe, enseignante, chercheuse et auteure de Graphisme Typographie Histoire chez Flammarion.

Au sein des mouvements d'avant-garde, « des designers, des architectes, des auteurs, des peintres en lettres, des décorateurs ou des peintres » se penchent sur la lettre et ses formes. Très vite se dessine une tendance qui nourrira le graphisme moderne : l'économie visuelle. « Les monogrammes des artistes de la Sécession viennoise, en 1902, témoignent d'un travail sur la géométrie et la structure, avec un caractère qui accueille en même temps le dessin et la composition », explique Roxane Jubert.

Si l'Art nouveau et ses attirances bucoliques font renouer le graphisme avec les motifs décoratifs pour quelques années, surtout en France, les mouvements artistiques majeurs qui suivent prônent une normalisation croissante, qui facilite à la fois l'exécution technique et améliore l'efficacité visuelle des créations graphiques.

Il y aura d'abord le mouvement De Stijl, aux Pays-Bas, impulsé par Theo van Doesburg, concepteur notable de monogrammes. On y retrouve un goût particulier pour la géométrie et l'alignement vertical et horizontal des lettres, notamment dans les travaux du peintre Vilmos Huszár, ainsi pour l'orthogonalité et l'usage des couleurs primaires.

Joost Schmidt, Affiche Staatliches Bauhaus Ausstellung, 1923. L'influence de De Stijl est marquante.


« Au début des années 1920, Theo van Doesburg se rendra au Bauhaus de Weimar : il y visait à l'origine un poste d'enseignant qu'il n'obtiendra pas, mais proposera aux étudiants un cours parallèle basé sur les principes de De Stijl », précise Roxane Jubert, qui signe le chapitre consacré aux avant-gardes dans l'Histoire de l'écriture typographique publiée par l'Atelier Perrousseaux.

 

Ces enseignements prodigués par van Doesburg auront évidemment des conséquences sur les travaux postérieurs. En 1930, Josef Albers met au point une de ses écritures combinatoires : « À partir d'un répertoire de 3 formes de base, le carré, le cercle et le demi-cercle, qui vise à réduire le matériau nécessaire, Albers propose un alphabet d'artiste. »

Présentation de l'alphabet de Josef Albers


C'est la même recherche de normalisation, d'efficacité et d'universalisation de l'écriture typographique qui motive Jan Tschichold, le grand théoricien de la Nouvelle Typographie, un des plus puissants mouvements graphiques du XXe siècle.

Les contributions d'artistes aux recherches typographiques du début du siècle sont nombreuses : Roxane Jubert cite notamment le travail de Fernand Léger pour La fin du monde, filmée par l'Ange N.-D. de Blaise Cendrars, en 1919. « On trouve énormément de lettres dans la peinture de Fernand Léger, qui a même peint une toile nommée “Le Typographe”. On y retrouve de nombreuses lettres en pochoir, mais une certaine rigueur en même temps, des formes dessinées, mais une géométrie très importante », explique Roxane Jubert. Autre participation notable, celle d'André Breton pour Clair de Terre, en 1923, qui dessine lui-même les lettres en réserve de la couverture.


Ces expériences — qui concernent aussi bien l'alphabet latin que le cyrillique — influenceront considérablement les graphistes du XXe siècle, d'autant plus que ces différents mouvements connaîtront une intense diffusion de par leur internationalisme intrinsèque.


[Source : www.actualitte.com]

Nenhum comentário:

Postar um comentário