Une quarantaine d'ONG ont perdu l'accréditation leur permettant de poursuivre leurs activités à Gaza et en Cisjordanie. Parmi elles, Médecins sans frontières, forcée de cesser son soutien humanitaire ces prochaines semaines.
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Un Palestinien marche à l'aide de béquilles vers la clinique de Médecins sans frontières (MSF), dans le quartier d'al-Rimal, à Gaza-Ville, la veille du Nouvel An, le 31 décembre 2025. |
Écrit par Laura Perren
Repéré sur New York Times
Au 1er janvier 2026, trente-sept ONG internationales actives à Gaza et en Cisjordanie ont perdu leur accréditation. Israël menace de mettre fin à leurs opérations humanitaires, après leur refus de transmettre la liste de leurs employés palestiniens. Mardi 6 janvier, le gouvernement Netanyahou a sommé l'ONG Médecins sans frontières (MSF) de cesser ses activités dans la bande de Gaza. Une décision lourde de conséquences, qui entrave l'une des opérations humanitaires d'ampleur menée dans l'enclave dévastée.
MSF revendique la gestion de plus de 20% des lits d'hôpitaux restants, assurant les soins liés aux blessures traumatiques et maladies chroniques, ainsi que le traitement de nombreux patients pour malnutrition, en particulier des enfants. En 2025, l'organisation a également distribué près de 700 millions de litres d'eau. Dans un système de santé déjà exsangue, son retrait reviendrait à retirer l'un des derniers piliers encore debout.
«Si nous ne pouvons pas travailler, cela aura des conséquences catastrophiques pour des centaines de milliers de Palestiniens», met en garde Claire San Filippo, coordinatrice des urgences du groupe pour Gaza. Dimanche 4 janvier, MSF a reçu l'interdiction d'acheminer des fournitures dans l'enclave. Deux jours plus tard, les médecins, infirmiers et autres collaborateurs humanitaires n'étaient plus autorisés à entrer sur le territoire. Le compte à rebours est désormais déclenché: l'ONG a jusqu'à fin février pour cesser toute activité et retirer ses derniers employés, comme le rapporte le New York Times.
MSF fait partie des trente-sept ONG qui se sont opposées à la réglementation visant à informer les autorités israéliennes de l'identité de leur personnel palestinien. L'agence humanitaire soutient que cette exigence viole le droit international et le droit à la vie privée des personnes concernées. Pour l'État hébreu, la mesure relèverait au contraire de la sécurité nationale et permettrait d'«empêcher l'infiltration d'opérateurs terroristes au sein des structures humanitaires».
Le gouvernement israélien minimise l'aide humanitaire apportée par MSF
La semaine dernière, le coordinateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires –une unité militaire chargée de faciliter l'aide humanitaire à Gaza– a minimisé le rôle de MSF dans la gestion de la crise médicale. Sur ses réseaux sociaux, il prétend que l'organisme n'a acheminé «que 95 camions d'aide» depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025 et qu'il assure la gestion d'une poignée d'hôpitaux seulement. Une information erronée selon l'ONG, qui affirme soutenir une vingtaine d'établissements médicaux, dont six cliniques mobiles.
Lundi 5 janvier, le ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme, chargé de l'application des nouvelles règles d'octroi des accréditations, a accusé MSF de «faute grave». Il s'appuie sur un rapport gouvernemental de 25 pages qui décrit les activités de l'ONG comme «un prétexte à des activités humanitaires» et l'accuse de promouvoir un «discours anti-israélien extrême». Plusieurs membres de l'organisation humanitaire ont qualifié la guerre menée par Israël de génocide et critiquent la «destruction systématique» de l'enclave et de ses habitants.
Le gouvernement de Benyamin Netanyahou rejette fermement la qualification de génocide, arguant qu'il a toujours cherché à cibler les combattants du Hamas qui agissent depuis des zones densément peuplées de civils. Un argumentaire que contestent fermement de nombreuses organisations de défense des droits humains, rappelant l'ampleur des dégâts causés à Gaza, la mise en place du blocus israélien sur l'aide humanitaire durant près de trois mois l'année dernière, et le nombre considérable de victimes civiles des frappes israéliennes (25.000 Palestiniens ont été tués rien qu'en 2025).
«Témoigner est un principe de MSF, quel que soit l'endroit où nous travaillons, souligne Claire San Filippo. Si les descriptions de ce que nos équipes constatent, voient de leurs propres yeux –la destruction généralisée de la bande de Gaza, les blessés, les morts et les conséquences humaines de la violence génocidaire– sont difficiles à accepter pour certains, la faute revient à ceux qui commettent ces atrocités, et non à ceux qui en parlent.»
En plus du cessez-le-feu fragile et des négociations de paix qui s'enlisent, la Palestine doit désormais composer avec un affaiblissement de l'aide humanitaire. La perspective d'un retrait de MSF illustre une tendance plus large de limitation de la présence des ONG internationales sur le terrain. Une fois encore, les plus durement touchés sont les civils.
[Photo : OMAR AL-QATTAA / AFP - source : www.slate.fr]

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