quarta-feira, 14 de dezembro de 2016

Du disco à la techno : petite histoire de l'underground en Iran

Avant la Révolution islamique de 1979, l'Iran jouissait d'une scène musicale foisonnante, mixant culture orientale et occidentale. Aujourd'hui, la jeunesse fait revivre l'underground, la musique, la fête et compte bien se faire entendre – par tous les moyens.



7 janvier 1978 : la révolution iranienne gronde. En 1979, le pays devient une république islamique et la dynastie Pahlavi, à la tête du pays depuis plus d'un demi-siècle, tombe. Mais avant cette date fatidique et dans les seventies, la monarchie iranienne investissait dans la culture et les arts, afin d'occidentaliser le pays. C'est ainsi que dès la fin des années 1960, les mélodies pop et disco émergeaient dans le pays, influençant la musique iranienne traditionnelle. « Dans les années 1970, l'Iran misait beaucoup sur la musique et dépensait beaucoup d'argent dans ce domaine », explique Kasra V, qui habite aujourd'hui en Angleterre et vient de sortir son nouvel EP, Windows, dans lequel il explore les racines de la musique de son pays natal et plus particulièrement ce genre du sud de l'Iran qu'on appelle le Bandari.
Avant la Révolution Islamique, l'Iran était un pays où la culture, tous mediums, disciplines et origines confondus, rayonnait. Dans les années 1970, Farrokhzad Fereydoun, un musicien, scientifique et présentateur télé ouvertement gay, ainsi que Kourosh Yaghmaei jouissaient d'une grande notoriété. Les artistes comme Shohreh ou Ebi collaboraient avec de grands orchestres dont l'univers sonore mêlait pop psychédélique, folk et rock du Moyen-Orient. Les plus grands artistes de la décennie 70, Googoosh, Dariush, et Farhad Mehrad créaient des morceaux très intimes. « C'était même à la limite du pathos », plaisante Kasra. D'autres étaient plus politiques, comme Fahrad dans son titre, Jomeh par exemple. Mais la plupart du temps, ils partageaient les mêmes leitmotivs que les musiciens occidentaux à l'époque : l'amour, la perte et l'importance de vivre l'instant présent. 


Après la révolution, la musique, les arts et les spectacles ont été drastiquement surveillés, afin de mieux servir la nouvelle République Islamique, ses lois et ses diktats. De fait, la censure a été renforcée dans tous les domaines pour que l'influence occidentale se dissipe jusqu'à disparaître tout à fait. De nombreux artistes ont choisi de quitter le pays pour poursuivre leur carrière, d'autres sont restés en Iran et se sont adaptés, tant bien que mal aux réformes politiques. Googoosh, l'une des plus grandes pop stars iraniennes, n'est pas retournée dans son pays natal depuis la révolution. À l'exception de la chanteuse Shiva Soroush, la loi interdit aux femmes de performer seules : elles doivent être accompagnées d'un groupe, exclusivement composé d'hommes.
Certaines de ces restrictions touchant les arts et la musique, persistent et continuent de freiner les élans de la scène musicale contemporaine iranienne, aujourd'hui. L'électro reste l'exutoire d'une certaine jeunesse, bien que la club culture locale soit inexistante - l'alcool, la fête et tout ce qui contribue à l'essor de cette scène étant prohibé. Néanmoins, une certaine scène nocturne et underground existe. Elle est juste difficile à trouver. « Ce n'est pas autorisé, mais les gens s'organisent quand même », confie Kasra, qui évoque son passé à Téhéran. « C'est comme partout dans le monde. La jeunesse a l'irrépressible désir de danser et de kiffer, de se laisser aller. »


La culture DIY et la musique électronique ont été les deux piliers friables mais essentiels à l'émergence d'une scène underground. Car pour se faire entendre et vivre heureuse, la jeunesse iranienne se cache. Les soirées se déroulent donc dans les appartements et en petit comité. « Tout ce qui se passe se passe en cercle restreint. Les soirées se passent toujours dans des lieux sûrs », poursuit Kasra. Même si certains événements ont plus d'ampleur qu'on ne l'avait prévu. « La dernière fois que je me suis rendu à l'un d'entre eux, on était plus de 400 : tous prévenus par sms. » 
Et comment ces fêtes obtenaient-elles la permission de s'organiser ? « Elles ne l'obtenaient pas », répond Kasra. « C'est une grande ville, tout dépend d'où se tient la fête. Ce n'est pas comme à Londres, où ton voisin devient dingue si le volume de ta télé est trop haut. Les gens ont de beaucoup d'espace à Téhéran. La plupart du temps, si tu connaissais tes voisins, qu'ils étaient sympas, ça passait. »
Toute forme de musique « officielle » enregistrée et de performance live se doit d'être approuvée par le Ministère de la Culture. Mais récemment les restrictions s'amenuisent sous l'impulsion d'une administration de plus en plus libérale. « J'ai entendu que, récemment, certaines personnes ont essayé de détourner les contraintes en faisant des sons plus ambient, techno, sans aucun mot », explique Kasra. La musique électronique est loin d'être exempte de censure, mais elle s'en sort peut-être mieux que d'autres genres musicaux. 


L'instrumental passe mieux : la musique sans paroles a bien plus de chance d'être approuvée par le Ministère de la Culture. Du coup, la musique électronique prend le pas sur tous les autres genres. « Presque tout le monde a le câble », explique Kasra. « Les programmes de National Geographic ont toujours utilisé du Kraftwerk et Vangelis pour leur bande-son, et Oxygen de Jean Michel Jarre servait de générique à l'émission la plus populaire du pays sur la technologie. J'écoutais ce genre de choses sans trop m'en rendre compte. »
Récemment, l'intérêt des artistes iraniens pour la musique s'est décuplé et mondialisé. Des producteurs tels que Sote et Siavash Amini s'essayent à des sonorités de plus en plus insolites et expérimentales, et le récent documentaire Raving Iran a dévoilé une nouvelle facette du pays. Le film suit l'histoire de deux DJ iraniens de Téhéran qui se rendent au Lethargy Festival en Suisse pour essayer de se faire un nom dans l'électro mondiale. Le documentaire met en lumière les problèmes auxquels doivent faire face les musiciens électroniques iraniens dans leur propre pays, et dessine les contours d'un genre musical qui a été institutionnellement étouffé en Iran.
Si à l'époque de Kasra, internet était encore d'une lenteur quasi impraticable - « ça prenait 8 ou 9 heures pour télécharger un fichier de 100mb », raconte-t-il - aujourd'hui, des sites comme Beatport et Resident Advisor sont accessible dans le pays, et la culture de la cassette pirate a laissé place au format mp3, comme partout dans le monde.
Les musiciens iraniens créent de la musique incroyable et, heureusement, elle commence à jouir d'un succès de plus en plus large. Ça prend du temps, et ça prendra encore du temps, mais en même temps que les restrictions musicales se libéralisent, les gens continuent à prendre des risques, à expérimenter et à s'aventurer en terre inconnue. C'est DIY, et c'est fait avec le cœur. 

[Source : www.i-d.vice.com]

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