terça-feira, 28 de maio de 2024

Élections européennes : pourquoi les Verts sont-ils en perte de vitesse ?

À deux semaines des élections européennes du 9 juin, les Verts français — mais aussi leurs alliés européens — sont en chute libre dans les sondages. Après le beau succès de 2019, le vent aurait-il tourné pour les listes écologistes ?

Marie Toussaint, tête de la liste Europe Écologie Les Verts (EELV, Verts/ALE), plafonne à 5% des intentions de vote, selon un sondage Toluna-Harris Interactive publié mercredi (22 mai) — soit le score minimum pour entrer au Parlement. 



Écrit par Clara Bauer-Babef 

Les Verts français auront-ils de sièges au Parlement européen, lors de la prochaine législature (2024-2029) ? La question mérite d’être posée, alors que Marie Toussaint, tête de la liste Europe Écologie Les Verts (EELV, Verts/ALE), plafonne à 5% des intentions de vote, selon un sondage Toluna-Harris Interactive publié mercredi (22 mai) — soit le score minimum pour entrer au Parlement. 

Une projection d’autant plus décevante, que Yannick Jadot avait récolté 13,4% des voix en 2019, arrivant troisième derrière le Rassemblement national (RN, Identité et Démocratie) et Renaissance (Renew).  

Pas de quoi s’alarmer cependant, pour l’eurodéputé écologiste David Cormand. « En 2019, les sondages étaient très bas, et les résultats des élections avaient été différents », explique-t-il à Euractiv.

« À deux semaines du scrutin, nous ne sommes pas dans une logique d’inquiétude, mais dans une logique de combativité », ajoute-t-il.

Les Verts sont-ils toujours attractifs ?

« En 2019, l’intérêt pour l’environnement et le réchauffement climatique était élevé », estime de son côté Christine Verger, vice-présidente de l’Institut Jacques Delors.  

Alors que l’Europe traverse ces dernières années une interminable série de crises (pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, inflation, hausse des prix de l’énergie…), les priorités des Européens semblent avoir changé.

Problème, « les Verts n’arrivent pas à trouver des thématiques transversales », ajoute Mme Verger. « Et la question de l’environnement a été reprise par les autres partis depuis déjà un certain temps. »

David Cormand assure au contraire que l’écologie est la grande absente des débats entre les candidats, et veut croire que les Verts sont les seuls à se saisir sérieusement de cette cause. « Soit l’écologie est devenue une ennemie, soit elle a été abandonnée », regrette-t-il. 

Un décrochage européen 

Les Verts français ne sont pas les seuls à être en perte de vitesse dans les sondages.

Leurs alliés allemands et néerlandais sont respectivement à 15% et à 3% des intentions de vote, d’après l’agrégateur de sondages Europe Elects. En 2019, les Allemands avaient obtenu 20,7% des suffrages et les Néerlandais 10,9%. 

« Les Verts ont bien souvent comme caractéristiques d’être assez dogmatiques et de ne pas être prêt au compromis », analyse Christine Verger, soulignant qu’au niveau européen « il faut faire des compromis sinon, on n’avance pas ». 

Pour M. Cormand, il est pourtant nécessaire pour les Verts de ne pas franchir certaines limites, et de se distinguer sur certains sujets de leurs collègues du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) — auquel est rattaché la liste PS-Place publique —, et de ceux du groupe de La Gauche (GUE/NGL), auquel est rattachée La France Insoumise (LFI).

« Sur les questions de fédéralisme européen, sur les questions d’écologie, sur les questions de droit des migrants, il y a des différences fondamentales entre ces trois groupes », explique-t-il.

Ainsi, si le groupe S&D a voté en faveur du Pacte sur l’asile et les migrations, adopté à Bruxelles en avril dernier, alors que les Verts et le groupe de La Gauche s’y sont opposés.  

« Qu’en est-il de nos valeurs d’humanité et de solidarité ? […] Il vaut mieux ne pas avoir d’accord qu’un mauvais accord, un accord qui serait un véritable échec civilisationnel », avait déclaré Saskia Bricmont, eurodéputée écologiste belge, à l’issue du vote.

Autre argument avancé par David Cormand pour expliquer les mauvais résultats de son parti, la faible couverture médiatique de la campagne électorale, qui semble être confirmée par une étude de la Fondation Jean Jaurès publiée jeudi (23 mai). 

«  La médiatisation des élections européennes de 2024 connaît un repli important  », peut-on lire dans ce rapport, avec une couverture de la campagne «  30 % moins visible en volume que sur la même période en 2019  ». 

Pour l’eurodéputé, « [Emmanuel] Macron et [Jean-Luc] Mélenchon ont nationalisé la campagne » et l’omniprésence du RN dans les médias « démobilise l’électorat progressiste ».

À deux semaines du scrutin, la bataille s’annonce donc ardue pour Marie Toussaint et ses colistiers, dont font notamment partie David Cormand, Mounir Satouri, Mélissa Camara, Benoît Biteau ou encore Caroline Roose.  

 

[Édité par Laurent Geslin - photo : Parlement européen 2024 - source : www.euractiv.fr] 

Sem comentários:

Enviar um comentário