Un petit
moment de plaisir, en toute simplicité
Depuis
des semaines, maintenant, la trilogie de E.L. James connaît un succès
fantastique dans les librairies, mais également en version numérique, depuis sa
commercialisation par l'auteure, alors autoéditée. Fifty Shades of Grey est
également devenu un objet de vives discussions dans le monde des bibliothèques
: les usagers veulent le lire, mais les bibliothécaires ne sont pas très chauds
pour le proposer… Complexe.
Depuis
avril et la publication en version poche par Vintage Books, outre-Atlantique,
(filiale du groupe Knopf Doubleday Publishing), le livre se vend très bien. Et
l'auteure britannique, encore inconnue quelque temps auparavant - sinon des
aficionados d'ouvrages autoédités - est devenue une star.
Dans
l'alcôve des bibliothèques
Son livre
raconte les relations sexuelles fantasques, pour dire le moins, entre un riche
millionnaire et une étudiante, tous deux passablement versés dans le sado-maso,
la domination, l'humiliation et autres petites formes de sport en chambre. De
quoi faire dresser les cheveux sur la tête de responsables de bibliothèques,
prétextant notamment que ce livre est tout simplement pornographique et qu'il
ne rentre pas nécessairement dans le domaine des oeuvres à prêter.
Pour Cathy
Schweinberg, directrice de la bibliothèque Brevard County, la chose est
entendue : « C'est très simple : le livre ne répond pas à nos critères
de sélection. Personne ne nous a demandé de l'enlever de nos rayons. Mais nous
en avons acheté quelques exemplaires et nous avons réalisé ce que c'était
réellement. Nous nous étions penchés dessus, parce qu'il était classé en soft
porn ou porno pour mamans. Nous ne prenons pas de porno. »
Dans le
Wisconsin, les livres ne répondraient pas aux normes établies par la
communauté. En Géorgie, les quinze établissements ont refusé tout bonnement de
mettre les livres à disposition du public : la trilogie entre en violation de
la politique des boutiques, qui refusent toute forme d'érotisme. Chapeau bas…
En toute
discrétion...
Les
opposants ont d'ailleurs trouvé une ligne de défense à toute épreuve : le livre
n'est pas un classique, et si l'on trouvera bien Histoires d'O dans
les rayons, c'est parce que le livre est un classique, lui. Le serpent s'étant
bien mordu la queue, impossible donc pour E.L. James, de se faire un nom dans
le panthéon des grands auteurs.
Et puis, il
faut bien protéger les enfants contre ces oeuvres choquantes, aux contenus
sexuels explicites, et diablement explicites. Quand bien même l'éditeur Random
House, qui possède la maison Vintage, a diffusé un communiqué pour protester
contre ces actes répétés de censure. « Nous nous opposons fermement à
la censure littéraire et apportons notre soutien aux droits du Premier
amendement de la constitution des lecteurs, à faire leurs propres choix »,
assure la maison.
Pourtant,
la demande ne cesse d'affluer de la part d'usagers qui, curieux, souhaitent
découvrir ce qu'il peut bien y avoir dans ce texte qui provoque l'engouement
des foules. Pour l'heure, l'éditeur n'a pas communiqué de chiffres de ventes
pour la trilogie, mais assure que des millions d'exemplaires ont déjà été
écoulés.
L'engouement
dépasse les frontières
Entre
temps, Fifty Shades of Grey a donné des idées à une parodie,
Hollywood a décidé de faire confiance pour l'adaptation sur grand écran… et
motivé plus encore les ventes d'ouvrages érotico-coquins, qui assurent des
ventes massives pour les éditeurs. Surtout en version numérique, puisque les
consommateurs restent à l'abri de leur machine : même assise dans un parc, un
maman peut jeter un oeil aux activités de ses enfants, tout en poursuivant de
l'autre sa lecture emplie d'audaces…
Et les
éditeurs se frottent les mains, évidemment. La fiction romanesque érotique
enivre les esprits, et finira probablement par ne plus se cacher. Après tout,
explique Sarah Wendell, du blog Smart Bitches and Trashy Books, c'est une
nouvelle image « plus positive de la sexualité féminine, où la femme
est célébrée, au lieu d'être dénigrée, et explore les différentes pratiques
sexuelles dans l'imaginaire des lecteurs, en toute sécurité et toute intimité ».
L'offre
chez les éditeurs francophones
Dernièrement,
ce sont les éditions Numeriklivres qui ont ouvert une collection SeXtasy.
Christy Saubesty porte d'ailleurs un regard simple : « Le numérique est
assurément une avancée énorme pour les lecteurs assidus et diversifiés dont je
fais partie. En tant que “consommatrice” de textes numériques, je suis bien
consciente de la chance que cela m'offre en tant qu'auteur. Le monde internet
est immense, il n'a pas de frontière. Mes attentes restent plutôt raisonnables,
je pense : réussir à faire passer un bon moment au lecteur et
éventuellement, aider à temporiser une situation délicate (lire un texte
érotique en couple peut apporter quelques bonnes surprises). »
De même,
les éditions Dominique Leroy, depuis maintenant plus d'un an, proposent une
collection E-ros et Bagatelles, des textes courts . « La littérature
classique ne prédispose pas nécessairement à la lecture d'œuvres érotiques,
c'est donc tardivement que ChocolatCannelle a pris en main des œuvres
licencieuses. Depuis, elle en entrepose tant qu'elle peut dans ses
bibliothèques et sur son disque dur... les lit, même ! et les chroniques.
Rédactrice web pour Neoplaisir et Sensuelle, blogueuse plus que de raison, la
cul-ture est son terrain de prédilection, qu'il s'agisse de sexualité,
d'érotisme ou de pornographie, de textes, d'images ou d'objets vibrants. »
Bien
entendu, impossible de passer à côté des éditions de la Musardine, qui ont
récemment mis en place une offre de livres numériques, qui plus est sans DRM,
pour le plus grand plaisir de tous. Une nouvelle érotique était même proposée au téléchargement,
gratuit, pour faire découvrir les pratiques… de lecture. L'offre de la
Musardine s'étoffe depuis le 1er janvier 2012.
« Quant
aux chiffres de vente, le plus parlant est sans doute le pourcentage des ventes
de livres en numérique par rapport à notre chiffre d'affaires édition global, à
savoir 6 %. En 2011, nous avons vendu plus de 20.000 livres numériques
(tous labels et tous réseaux de ventes confondus – Musardine, Media 1000,
Dynamite), alors que nous ne diffusions nos livres qu'au seul format PDF. »
À signaler
aussi, pour ceux qui veulent doucement redémarrer dans le sujet, le blog Livres érotiques gratuits, qui proposent plusieurs titres en
numérique, de la littérature classique et libre de droit, à découvrir. Ou
redécouvrir…
Sources :
New York Times
Telegraph
Numeriklivres
Dominique Leroy
Aldus
New York Times
Telegraph
Numeriklivres
Dominique Leroy
Aldus
Par Clément Solym
[Publié dans www.actualitte.com]

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